06/06/2000 – APPEL URGENT de l’Association France-Erythrée

Le conflit frontalier qui oppose l’Erythrée et l’Éthiopie depuis deux ans a , au cours des deux dernières semaines, totalement changé de nature. C’est à une véritable invasion de l’Erythrée que nous assistons aujourd’hui.

Après avoir envahi le sud-ouest érythréen, occupé la capitale provinciale Barentu et les villages des plaines du Gash , l’armée éthiopienne a envahi cette semaine les hauts plateaux du sud erythréen sur plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur et
tente maintenant de progresser vers Asmara.

Elle pousse devant elle des centaines de milliers de civils qui fuient le retour, neuf ans après l’accession à l’indépendance de l’Erythrée, des troupes éthiopiennes. Après Tukumbia, Barentu et Agordat , ce sont maintenant Tsorona, Senafe et Adi Caieh et les nombreux villages de ces régions que leurs habitants sont désormais forcés d’abandonner.

Selon les autorités érythréennes, près d’un million de déplacés ont été ainsi jetés en deux semaines sur les routes, tandis que l’aviation éthiopienne continue de bombarder des objectifs civils, comme aujourd’hui encore la centrale électrique de Massawa.

Parmi ces déplacés, plus de 200 000 le sont pour la seconde fois.

Lors de l’ éclatement du conflit frontalier en 1998 , ces villageois avaient été déplacés dans des camps, situés en arrière de la frontière internationale, pour échapper aux bombardements éthiopiens.

Ils sont aujourd’hui contraints à un second exode. Parmi ces déplacés, plusieurs dizaines de milliers d’érythréens ou d’éthiopiens d’origine érythréennes, victimes d’ un “nettoyage ethnique” en Éthiopie. Raflés ces deux dernières années dans les rues d’Addis Abeba, brutalement déportés malgré les protestations platoniques de la communauté internationale, et littéralement jetés aux frontières par les autorités éthiopiennes, après qu’on leur ait volé tous leurs biens.

Plusieurs dizaines de milliers d’érythréens ont pu trouver refuge au Soudan ou se sont massés aux frontières du Soudan . La grande majorité marche à pied vers les régions érythréennes non occupées.

Leur détresse est immense, leur dénuement total. Ils n’ont rien, ni eau , ni vivres, ni abris.

Cette catastrophe humanitaire est immense . Elle requiert une action d’urgence .Qu’elle soit provoquée par les ambitions guerrières de l’Éthiopie, qui préfère dépenser des centaines de millions de dollars dans cette invasion meurtrière plutôt que de nourrir la population de ses propres ethnies minoritaires dans le sud de l’Éthiopie – rend évidemment urgente une action politique décidée de la Communauté internationale pour arrêter les envahisseurs et défendre l’indépendance de l’Erythrée dans ses frontières internationalement reconnues.

Mais elle requiert également notre solidarité immédiate avec les populations déplacées. Elles ont besoin de nous . L’Association France – Érythrée lance un appel pressant à toutes les organisations humanitaires et associations de solidarité internationales pour qu’elles apportent d’urgence – Elle appelle les autorités françaises à sortir de leur indifférence, à envoyer des cette semaine des vivres et du matériel sanitaire en Érythrée.

– Elle lance un appel angoissé à l’Union Européenne pour qu’ elle mobilise ses moyens au profit d’un petit peuple courageux, victime d’une catastrophe qui dépasse hélas très largement , par son ampleur en vies humaines anéanties ou brisées, celles survenues ces dernières années au Koweit, au Kossovo ou en Bosnie. Alors que l’Union Européenne ( et ses États membres) participe pour des montants importants à aider les populations éthiopiennes victimes de la disette, la non assistance aux populations érythréennes en danger serait, pour la France et l’Europe, un crime impardonnable.
28 mai 1999

Association France-Erythrée
5 rue Pierre Baudry
92140 Clamart .
Tel. : 02 43 92 23 52/

01 40 46 06 69/
01 46 45 55 72

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Jean-Christophe Goux
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