24/08/2002: Le FMI est-il un danger pour la démocratie a Djibouti? (Hardi Elabeh / GIDEU)

La démocratie a toujours été un espoir de changement pour notre peuple. L’espoir a a toujours été centré sur un changement pratique qui devrait toucher directement la vie des Djiboutiens . Raison pour la quelle la démocratie est avant tout une réforme politique qui doit avoir un impact social pour la population Djiboutien.

La démocratie pour pouvoir s´ancrer efficacement dans la population doit avoir cet effet social qui va démontrer un changement positif et pratique dans la vie quotidienne de notre peuple. Sinon, elle ne sera qu´un slogan, une idée abstraite ou même une astuce des politiciens pour continuer à s´accaparer les richesses du pays.

Le FMI n´a pas bonne presse a Djibouti , car dans le passé cet organisme s´est fait remarquer dans des décisions et des mesures antisociales. Il y a eu souvent des révocations, des compressions d’effectifs dans la fonction publique, en bref une augmentation du chômage avec ses conséquences sociales négatives.

Le FMI est avant tout une “banque” qui emprunte de l’argent pour pouvoir réaliser des bénéfices à des conditions avantageuses. Souvent, cette “Banque” mise sur la récupération de ses emprunts à court terme. Ainsi, elle emprunte l´argent en exigeant des mesures économiques qui n´ont rien à avoir avec le contexte social, ni avec la création d’emplois, ni même avec le développement d´un pays. Par exemple, il privilégie les investissements dans le secteur géothermique capable d´assurer le remboursement, ou bien il cible le secteur minier qui dispose déjà d’infrastructures existantes et que l’on peut (doit ?) “dégraisser” en vue d´optimaliser la production.

Jamais le FMI n´a investi dans la prospection ou la recherche dans le secteur de pêche à Djibouti. Les gouvernements “IOG” se sont distingués en définissant des programmes qui mettaient toujours à l´écart les projets sociaux. Aucun investissement pour l’enseignement, pour la santé ou pour la construction d’infrastructures de communication (routes, chemin de fer ) ou l’électrification des zones rurales etc. . . .

Nous allons sortir d´une guerre qui a dévasté le peu d´infrastructures qui tenaient debout pour assurer un début d’entrée dans la démocratie “sociale”. Le grand dilemme qui nous est posé aujourd’hui est de savoir comment nous passer du FMI ?

Comment pourrons-nous accéder aux capitaux qui financeront les emplois ? Comment “réduire” efficacement le poids de l´État sur le marché de l´emploi ? En Suède, par exemple, seuls 35 % de la population active travaille dans le secteur public. A Djibouti, c´est plus de 60%.

Il nous faudra moderniser la Fonction publique en introduisant une gestion informatisée qui va réduire nécessairement le nombre des postes de fonctionnaires. Alors, comment financer la mise à la retraite et les licenciements d´un grand nombre d’agents ?

Commencer le processus démocratique sans une intervention massive dans des projets à caractère social serait une catastrophe pour le pays. Ainsi, nos partis politiques doivent dès à présent commencer à examiner les alternatives qui s´offrent a Djibouti en dehors du FMI.

Une des alternatives reste la “Privatisation”. Mais laquelle ? C´est la plus grande question, car le FMI a aussi son “plan” de privatisation des entreprises de l´État Et il ne tient aucun compte de l´impact social que nous souhaitons apporter au peuple. L´idée la plus pratique et la plus réaliste consisterait à faire une étude par le canal des économistes Djiboutiens en vue de privilégier un programme de privatisation qui définisse comme priorité, la construction d’infrastructures de communication.

C´est là le devoir de tous les partis politiques ; celui de présenter des plans contradictoires et pratiques pour que le processus des privatisations dégagent réellement des effets positifs. Mal négociées, ces privatisations causeront de grands dégâts sur le plan social. Bien planifiées et privilégiant l´impact social, les privatisations deviendront le moteur de la reprise du développement et de l´intégration de la population djiboutienne.

Ainsi, l´électrification et la rectification du chemin de fer Djibouto-Ethiopien , la connexion et l´harmonisation de l´écartement entre les Autoroutes (Djibouti-Hargeisa) auront une portée sociale car elles créeront des emplois et qu’elles développeront l´intégration du peuple. Il s´agit avant tout de “mettre la population au travail”.

Les privatisations “suggérées” par le FMI doivent faire l´objet d´un débat politique ouvert. Ainsi, les entreprises publiques à privatiser ne seront pas “bradées” au bénéfice de quelques privilégiés spéculateurs. Au contraire, la création des emplois, l´augmentation de la production et l´intégration sociale doivent être absolument la priorité de l’opération.

Nous sommes conscients du “poids” politique d´un organisme comme le FMI, mais il nous faut réduire au maximum son influence et ses effets négatif sur la vie des Djiboutiens. Certes, nous aurons du mal à nous passer du FMI, mais cela n’est pas une raison pour subir passivement ses diktat. Au contraire c´est le moment idéal pour lancer des études au sein de nos partis politiques, de mettre des programmes de recherche et de réflexions en place. Ils contribueront sans aucun doute à rendre possible la démocratie “sociale”.

L´une des armes est la réforme juridique qui doit garantir la protection juridique des investissements privés. Ainsi, nous allons “effacer” l´ombre des “Djiboutisations” des années 1984. Une franche collaboration entre les rassortissants Djiboutiens à l’étranger et le futur parlement doit servir de support à une mission parlementaire qui devront assurer la promotion des privatisations des infrastructures de communications auprès des investisseurs privés potentiels en occident.

Faut-il nous passer du FMI ? Pouvons-nous lancer le processus démocratique sans des investissements privés? Devrons-nous continuer à compter sur l´exportations du sel, sur la pêche pour “attirer les capitaux privés” ?

C´est la plus grande des questions et c’est peut-être le défi des prochaines années à Djibouti.

Harbi Elabeh
gideu@hotmail. com