27/09/02 Le GED adresse une lettre ouverte à Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française, pour protester contre la venue de Guelleh à Paris. (Texte intégral)

Bruxelles
le 25 septembre 2002

à
Monsieur Jacques Chirac,
Président de la République française,

Monsieur Jean Pierre Raffarin,
Premier ministre et chef du gouvernement,

Monsieur Christian Poncelet,
Président du Sénat,

Monsieur
Jean Louis Debré,
Président de l’Assemblée nationale.


Monsieur le Président
de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale.

Dans quelques jours
M ISMAËL OMAR GUELLEH, reconnu par la France comme Président
de la République de Djibouti, va être reçu à
Paris par les plus hautes instances de l’Etat et du Gouvernement.

Le peuple djiboutien,
l’opposition politique au régime dictatorial en place à
Djibouti et les membres du Gouvernement en exil de Djibouti tiennent
à attirer votre attention sur la situation actuelle et sur ses
conséquences graves pour l’avenir du pays.

La situation de
catastrophe économique, politique et sociale qui prévaut
en République de Djibouti ne saurait être imputable à
une sorte de ” fatalité africaine ” mais elle est la
conséquence directe de tous les détournements d’argent
public dont se rend coupable le régime et son entourage.

Pour la seule personne
d’ISMAËL OMAR GUELLEH, ces détournements ont été
chiffrés par des économistes, à plus de cent quarante
millions d’US dollars, dont plus de soixante millions d’US Dollars par
prélèvement direct sur les Finances publiques depuis qu’il
s’est attribué tous les pouvoirs après la falsification
des élections présidentielles de 1999.

L’opposition djiboutienne
unie et solidaire condamne :

  • toutes les atteintes
    graves aux Libertés politiques, à la Justice, aux Droits
    de l’Homme, ainsi qu’au Droit d’expression. Dans les conditions actuelles,
    l’exercice d’un débat démocratique dans le pays, libre
    et transparent est devenu impossible. Par exemple, l’ouverture annoncée
    au multipartisme intégral se heurte à des oppositions
    et à des conditions qui paralysent son application ….
  • la mise en œuvre
    anticipée, depuis quelques mois, de nombreuses manœuvres
    et opérations qui auront pour effet de fausser le résultat
    des prochaines élections législatives et régionales,
    prévues dans les mois à venir. Nous disposons d’informations
    suffisamment précises et concordantes pour que le doute ne
    soit plus permis.
  • la répression
    des opposants politiques qui doivent s’exiler car ils sont pourchassés
    ! Leurs familles lorsqu’elles restent à Djibouti sont soumises
    à des pressions policières inimaginables : pressions,
    licenciements, interrogatoires, tortures selon les cas et menaces
    à chaque instant d’emprisonnement arbitraire dans l’une des
    prisons du pays, sans motif ni jugement.
  • l’Etat de désastre
    et de crise constaté aux niveaux des administrations, quel
    que soit le ministère et/ou le service concernés, dont
    les fonctionnaires ou assimilés subissent de manière
    récurrente des retards de versements de leurs salaires allant
    jusqu’à neuf mois.

Tout cela provoque
des grèves de plus en plus fréquentes et des manifestations,
réprimées rapidement par les soldats de la Garde présidentielle,
qui n’hésitent plus à utiliser leurs armes. Par exemple,
c’est que grâce à l’intervention rapide des soldats allemands
présents et de l’arrivée rapide des Forces françaises,
que l’une des dernières manifestations ne s’est pas achevée
sur un bilan encore plus dramatique : nous avons déploré
4 morts (au minimum) et de nombreux blessés, parmi les anciens
militaires handicapés qui réclamaient le paiement de leurs
pensions. Une autre manifestation, celle des retraités a aussi
été réprimée par la force des armes chargées
à balles réelles, provoquant de nombreux blessés,
parmi les vieux travailleurs..

Toutes les souffrances,
vécues au quotidien par les différentes couches de la
population, qui subit depuis des années une inexorable paupérisation,
ont créé une montée irréversible du mécontentement.
Le résultat est le souhait largement partagé et clairement
exprimé par la Nation djiboutienne de mettre un terme définitif
au régime dictatorial d’ISMAËL OMAR GUELLEH et de ses quelques
” Mandarins opportunistes ” qui l’entourent. Le peuple veut
instaurer un Etat de Droits dans notre pays, restaurer la Démocratie
et les libertés fondamentales.

Nous condamnons
avec la plus grande fermeté et sans équivoque possible
la politique de ” chantage à la pauvreté ” entretenue
par M ISMAËL OMAR GUELLEH. Il pille et il dilapide les finances
publiques d’un côté et en même temps, il sollicite
en permanence (comme il fera certainement au cours des entretiens que
vous lui accorderez) les aides financières de la République
française et de la Communauté internationale. Il ne fait
aucun doute que ce Président autoproclamé sait que son
régime arrive bientôt à son terme et désormais,
il n’a même plus de raison pour se cacher lorsqu’il détourne
toutes les subventions vers des comptes bancaires ouverts dans des paradis
fiscaux où il entasse une fortune de première importance.

Nous imaginons bien
que la diplomatie française doit se sentir interpellée,
dès lors que le Président Guelleh, (comme il l’a fait
encore dernièrement), pratique une deuxième forme de chantage
: celle qui consiste à remettre en cause la présence militaire
française.

Nul ne peut contester
les liens historiques et amicaux qui unissent la République française
à Djibouti et qui unissent nos deux Peuples.

Permettez-vous de
vous dire alors, avec le plus grand respect que nous portons à
votre pays et à ses institutions, que n’est pas en cédant
au chantage du Président Guelleh et en lui envoyant de nouvelles
subventions, que la France se maintiendra dans la durée à
Djibouti.

Bien au contraire,
ces subventions ne peuvent qu’avoir un effet éphémère
et inverse, car elles sont détournées. Une partie sert
à rémunérer les mercenaires de la Garde présidentielle
et à les approvisionner en armes et en munitions, pour réprimer
les manifestations et les rébellions.

La population de
notre pays reste et demeure fondamentalement attachée au maintien
de la présence française à Djibouti mais exprime,
une fois encore, une grande incompréhension du fait que le pays
des Droits de l’Homme et initiateur de la Francophonie puisse continuer
à cautionner la politique suicidaire et scandaleuse, conduite
à Djibouti par ISMAËL OMAR GUELLEH.

Beaucoup d’indicateurs
nous permettent d’affirmer aujourd’hui que des changements fondamentaux
se préparent dans notre pays.

Quelque soit la
forme que prendront ces changements, nous demandons à toutes
les forces militaires étrangères stationnées sur
le territoire de la République de Djibouti de ne pas intervenir,
en aucun moment ou de quelque manière que ce soit, pour porter
assistance au régime dictatorial d’ISMAËL OMAR GUELLEH,
mais de laisser la Nation djiboutienne seule, responsable et en toute
souveraineté, prendre ses responsabilités et assumer toutes
les dispositions qui seront nécessaires pour restaurer la démocratie
et mettre en place un gouvernement légitime.

Nous sommes conscients,
Monsieur le Président de la République, de l’attention
toute particulière que vous portez à la Nation djiboutienne
et aux respects de ses droits. Nous vous prions de croire, Monsieur
le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président
de l’Assemblée nationale, à la confiance que nous avons
dans la France, amie de longue date et nous vous adressons l’assurance
de nos sentiments les plus respectueux, sachant que vous comprenez les
objectifs et les finalités de notre combat pour que le Peuple
djiboutien retrouve son honneur, ses libertés et ses Droits fondamentaux
et que vous le soutiendrez, au nom de la Justice et de l’Equité,
qui sont une grande tradition française.

pour
le Gouvernement en Exil de Djibouti,
au nom de l’opposition politique
et de la Nation djiboutienne

le
Président Mahamoud Idriss Ahmed