22/11/02 (B173 ) Congo “On n’a pas le droit de trucider toute une population”. Interview de l’évêque Louis Portella par Henrik Lindell. Invitation à venir écouter un témoin de la FIDH et de nombreuses associations.

De passage en France, l’évêque Louis Portella dénonce
les exactions des troupes gouvernementales visàvis des populations
civiles dans le Sud du pays et interpelle le président Sassou Nguesso.
Interview exclusive.

La région du Pool, dans votre diocèse de Kinkala, est bouclée
par l’armée. Que s’y passe-t-il ?

Le gouvernement évoque la menace des miliciens ninjas, effectivement
présents dans le Pool. À la fin du mois de mars, refusant toute
idée d’un dialogue, le gouvernement a opté pour une solution
militaire afin de mettre la main sur “Ntoumi”, le chef des ninjas.
Il a mobilisé des moyens très importants en hommes et en armes.
Il disait que le problème serait réglé en quelques semaines.

Aujourd’hui, la cible n’est toujours pas atteinte.

Les rebelles font des opérations de sabotage et rançonnent
des gens et l’armée poursuit ses opérations. Le résultat
: destruction des villages et déplacement des populations. Depuis sept
mois, toute une région est en train d’être détruite. Environ
100 000 personnes, soit 20% des habitants du Pool, ont trouvé refuge
à Brazzaville.

Pourquoi?

Ils nous disent que leurs villages ont été bombardés
par des hélicoptères, puis pillés et brûlés
par les forces publiques. Nous savons aussi que les “soldats”, en
fait des miliciens Cobras intégrés dans l’armée, éliminent
souvent des gens sous prétexte qu’ils seraient “complices”
des ninjas. Toute la région est ainsi déstabilisée. Ceux
qui restent dans les villages non bombardés assurent à peine
leur survie. Ils ne reçoivent aucune aide, puisque les autorités
refusent de donner des visas aux organisations humanitaires. L’armée
gouvernementale est donc responsable de violations massives des droits de
l’homme.

Mais ses soldats obéissent-ils vraiment aux ordres?

J’ai entendu des chefs militaires se plaindre du manque de discipline des
troupes. Il est vrai aussi qu’on ne sait pas toujours d’où viennent
exactement les ordres.

L’impunité est totale !

Des jeunes soldats peuvent assassiner des civils sans craindre la moindre
sanction. Tenezvous le président Denis Sassou Nguesso, “démocratiquement
élu”, pour responsable de cette situation? Oui. D’autant plus
qu’il a vraiment un pouvoir extraordinaire. Tout le monde dans le Pool pense
que le président n’a qu’à siffler pour que les hostilités
s’arrêtent.

Moi, j’interpelle Denis Sassou Nguesso parce que c’est mon devoir d’évêque.

Je l’assume puisque tout le monde, même les diplomates étrangers,
se tait par peur de représailles !

Avec la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH),
des organisations comme Survie et mes amis spiritains français, j’ai
l’intention d’alerter l’opinion publique internationale.

Les humanitaires doivent faire leur travail !

Il faut arrêter ses opérations militaires meurtrières
qui ressemblent plus à un plan pour casser l’élan vital du Pool
qu’autre chose. Il faut mettre les choses sur la place publique et alerter
l’Onu.

On n’a pas le droit de trucider toute une population !

PROPOS RECUEILLIS PAR HENRIK LINDELL
N° 3036 DU 14 NOVEMBRE 2002

” Sassou Nguesso n’a qu’à siffler pour que les hostilités
s’arrêtent ”

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URGENT

Congo-Brazzaville : un témoin parle.

Les organisations soussignées estiment que la continuation des exactions
dans la région du Pool (sud-ouest du Congo-Brazzaville) met gravement
en danger la population. Nous invitons la presse à écouter un
témoin privilégié, Mgr. Portella, évêque
du diocèse de Kinkala, qui tient à alerter l’opinion française
et internationale sur cette situation trop peu connue.

Nous soutenons l’initiative de la Fédération Internationale
des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) qui organise à cet effet une
conférence de presse mardi 19 novembre à 10 heures en ses locaux
(17, passage de la Main d’Or, 75011 Paris).

– Agir ici (01 56 98 24 40)
– Agir ensemble pour les droits de l’Homme (04 37 37 10 11)
– Aircrige (06 60 71 53 94)
– CCFD (01 44 82 80 00)
– CIMADE(01 45 55 72 53)
– Frères des Hommes (01 55 42 62 62)
– Secours Catholique (01 45 49 73 00)
– Survie (01 43 27 03 25)