13/12/02 (B176) Nos interviews (presque) imaginaires. Dès l’annonce sur l’ADI de la création de l’UMP, nous avons demandé une interview à Monsieur Alain Juppé pour recueillir son sentiment, en tant que Président du nouveau parti français du même nom.

Nous :
Bonjour, monsieur le Premier Ministre. Nous tenons d’abord à vous remercier
de nous recevoir dans votre Mairie de Bordeaux.

Alain Juppé
:
mais c’est tout à fait normal. Vous savez l’attention que
je porte à la situation des Droits de l’Homme dans le Monde et particulièrement
en Afrique ….

Nous : la
nouvelle est tombée hier …. L’UMP fraîchement créée
en France et que vous présidez a déjà fait des émules
en Afrique …. A Djibouti, on apprend que vous avez ouvert une annexe.

A.J. : je
vous corrige. On ne peut pas parler d’annexe. L’UMP de Djibouti n’est pas
une émanation de l’UMP que je préside. C’est une entité
libre et indépendante qui est manipulée par notre grand Ami,
le Président Ismaël Omar Guelleh. Un homme de devoir qui a donné
sa vie pour l’asservissement du Peuple djiboutien et pour la réussite
économique de ses affaires personnelles.

Un bel exemple sur lequel
nous devons tous méditer, au sein de l’UMP historique, que je préside.
Je suis fier de constater que des dirigeants africains ont choisi librement
de donner le nom de notre parti français à des rassemblements
plus ou moins homogènes de partis politiques divers, mais n’ayant qu’une
seule obligation : soutenir les candidats du Président en exercice et assurer leur succès électoral par tous les moyens.

Nous : Le
Président Guelleh n’est pas un exemple de démocratie …

A.J. : c’est
tout à fait vrai et pourtant c’est faux. Vous connaissez le dicton
” on ne prête qu’aux riches .. “. Eh bien, il est dans cette
situation. Richissime au-delà de toute imagination, il fait obligatoirement
des envieux. Les délateurs s’attaquent à lui en permanence.

Nous : c’est
bien beau, mais lorsqu’il est entré dans les coulisses du pouvoir,
on ne peut pas dire qu’il était riche. Donc il a acquis sa fortune
sur le dos des Djiboutiens …

A.J. : vous
avez peut-être raison. Encore qu’il faille vérifier ce point
de façon approfondie pour acquèrir de telles certitudes. Mais l’homme représente une réussite
incontestable. Il réussit tout et c’est déjà largement
suffisant.

Je vais vous donner trois
exemples :

  • l’immobilier
    à Djibouti est en plein développement
    : deux Palais
    présidentiels, un futur ranch présidentiel dans le Day, une
    belle villa pour le premier Ministre, de nouveaux bâtiments pour l’Armée
    américaine. Bref ça bouge sur le front de la construction
    et ce sont les meilleurs architectes qui interviennent. On parlera dans
    l’avenir du style guelléen, comme on a parlé du style stalinien
    ou d’autres …
  • le calme et la
    sécurité dans la rue.
    Plus aucune manifestation de
    l’opposition depuis des années. Les seules manifestations populaires
    n’ont qu’un but : lui montrer l’attachement et l’admiration de la population
    en particulier lorsqu’il a des difficultés d’ordre judiciaire.
    Chirac aimerait bien que l’on en fasse autant pour lui. Tous les enfants
    sans domicile fixe ont trouvé un refuge dans les commissariats ou
    à Gabode. Bref Guelleh et son adjoint le Maire de Djibouti ont réussi
    à nettoyer la ville en quelques mois.
  • les privatisations
    à un rythme soutenu.
    Vous savez comme il est compliqué
    de privatiser des services publics en France. Regardez le mal que nous avons
    pour privatiser EDF, France Télécom, en raison de la réticence
    des fonctionnaires français. Eh bien lui, Guelleh, sur simple décision,
    il lance un vaste programme de privatisation qui trouve preneur immédiatement (pour le tout)
    et il encaisse le produit de la vente, évitant ainsi à cet
    argent de s’éparpiller au sein d’une population non avertie qui en
    ferait un mauvais usage.

Nous : c’est
intéressant, mais vous ne pensez pas Monsieur le Premier Ministre,
que vous poussez le bouchon un peu loin ?

A.J. : Il
faut savoir reconnaître les mérites individuels. Aux grands maux,
les grands effets.

Même si, au fond
de moi-même, je désapprouve totalement et inconditionnellement
les manières de Guelleh, son autoritarisme et surtout les violations des Droits humains
, l’homme de logique administrative (ancien de l’ENA) que
je suis, se doit de reconnaître que ça marche à la baguette
à Djibouti et que Guelleh a réussi à faire taire les
constestateurs de sa politique économique et sociale et les opposants,
qui se rallient à son mouvement par cars entiers.

C’est un objectif que je me suis fixé en France au nom de l’UMP, mais je n’y arriverai probablement pas, car nous ne savons pas faire taire les opposants en France. En tout cas l’UMP s’enorgueillit d’avoir suscité des vocations en Afrique et même si nous les désapprouvons totalement, nous les soutiendrons contre vents et marées, à l’image de ce qu’ont fait les Gouvernements français depuis des années à Djibouti.

L’UMP c’est désormais la marque des gagnants. Guelleh l’a compris et je suis sur que les candidats de l’UMP remporteront haut la main les élections du 10 janvier sous l’oeil bienveillant et partial des observateurs de la CENI

Nous : Merci
Monsieur le Premier Ministre. C’est assez consternant car rien n’a changé. Il n’y a donc rien à ajouter.