13/01/03 (B180) Les Djiboutiens élisent leurs députés dans le calme (Jeune Afrique)

Les Djiboutiens élisaient
vendredi leurs députés lors des premières législatives
réellement multipartites depuis l’indépendance, en 1977, de
ce petit pays de la Corne de l’Afrique courtisé par les militaires
occidentaux pour sa position stratégique.

Ce scrutin constitue un
important test de popularité, à mi-mandat, pour le président
Ismaël Omar Guelleh, élu en 1999 après avoir été
pendant 22 ans le chef de cabinet et l’homme de confiance du “Père
de l’indépendance”, le président Hassan Gouled Aptidon.

A la mi-journée,
aucun incident n’était signalé. Les bureaux de vote ont ouvert
à partir de 6H00 locales (3H00 GMT), pour une durée de 12 heures.

Les résultats
de ce scrutin de liste majoritaire à un tour doivent être connus
dans la nuit de vendredi à samedi. Plus de 181.000 électeurs
inscrits sont appelés à élire leur 65 députés.
Lors des dernières législatives, en 1997, la coalition au pouvoir
avait remporté tous les sièges.

Jeudi, le chef de l’opposition,
Ahmed Dini, 70 ans, ancien Premier ministre et ex-chef de la rébellion
afar, avait exprimé à l’AFP ses inquiétudes, notamment
quant à la distribution des cartes d’électeurs, et avait affirmé
redouter “un hold-up électoral” de la part du pouvoir.

Le président Guelleh,
un Issa de 55 ans, accompagné de son épouse drapée dans
un boubou rouge, a voté en milieu de matinée au “bureau
numéro un”, au centre-ville de Djibouti.

Ce scrutin constitue
un “test sur ce que nous avons réalisé et sur les espoirs
que nous suscitons”, a-t-il indiqué à la presse.

Interrogé sur
l’organisation du scrutin, il a répondu: “on a tout fait. Il y
a une commission électorale indépendante, des observateurs,
des journalistes et la présence de l’opposition dans les bureaux de
vote”.

Une douzaine d’observateurs
étrangers seulement surveillent le bon déroulement des opérations
de vote.

Concernant l’issue des
élections, M. Guelleh s’est déclaré “optimiste de
nature”. “Nous allons accepter le verdict des urnes et la volonté
du peuple”, a-t-il ajouté, en arabe.

Un peu plus tôt,
M. Dini, portant un long boubou blanc, s’était rendu au bureau de vote
d’un quartier populaire de la capitale.

Dans les bureaux de vote,
souvent installés dans des écoles, deux piles de bulletins sont
disposés à proximité d’une urne transparente: verts pour
l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), la coalition des quatre
partis d’opposition, blancs pour l’Union pour la majorité présidentielle
(UMP), l’alliance des quatre partis qui soutiennent le gouvernement du président
Guelleh.

Dans le quartier Arhiba,
où les Afars sont majoritaires et fief de l’opposition, plus d’une
centaine de personnes attendaient en fin de matinée devant les grilles
d’un bureau de vote.

Abdallah Ali Mahamade,
30 ans, n’a pas pu voter. Il n’a pas reçu de carte d’électeur
et n’a pas pu obtenir d’ordonnance. “Lorsque je me suis présenté,
ils m’ont refusé. Ici, il n’y a pas de justice. L’Etat a peur que tout
le monde vote pour l’opposition”, a-t-il assuré.

Autour de lui, des hommes
et des femmes brandissaient leur cartes d’identité. Eux non plus n’ont
pu voter. Mohamed Hussein Osmane, 20 ans, étudiant en maintenance industrielle
à l’université, voulait lui aussi voter. Pour le première
fois.

“Ils m’ont refusé.
Je ne sais pas pourquoi. Peut-être la fraude. Je vais rester devant
le bureau de vote jusqu’à ce qu’ils m’acceptent”, a-t-il affirmé.

Interrogé par
l’AFP, le ministre de l’Intérieur, Adoulkader Doualé Waïs,
a assuré que “les choses sont vraiment transparentes” et
que “tout le monde a sa carte d’électeur ou une ordonnance pour
voter.

Le multipartisme “intégral”
est entré en vigueur en septembre dernier à Djibouti. De 1992
à 2002, quatre partis seulement étaient autorisés. De
1977 à 1992, le pays a vécu sous le règne du parti unique.