28/02/03 (B186) Un lecteur pose des questions sur le passé de certains opposants….. qui lui répondent. Un appel d’ARIKO aux Djiboutiens de Demain (DDD)

Nous sommes toujours surpris
de constater que certains Djiboutiens, qui se réclament, d’une opposition
à Guelleh, préfèrent concentrer leurs critiques sur les
autres groupes d’opposants, plutôt que de critiquer le Gouvernement,
mais surtout de proposer et de construire dans la cohésion et dans
l’efficacité, une nouvelle société et un nouveau régime,
qui respecte les citoyens.

Parfois, comme nous l’avions
écrit, un observateur peu averti pourrait avoir l’impression que certains
opposants (nous parlons de ceux qui le restent encore !) préférent
finalement conserver Guelleh, plutôt que contribuer à mettre
l’un des leurs à la tête de l’Etat.

Bref, la critique se porte
bien dans la Nation djiboutienne ; on pourrait même dire qu’elle est
constante, mais elle est surtout horizontale, au sein même de ceux qui
se disent opposants. En revanche, les démarches et les propositions
constructives sont plus rares …..

Tout cela avec une sorte
de leitmotiv ou de mot d’ordre qui revient souvent : rechercher le passé
de chacun, pour lui resservir ses erreurs ou les erreurs qu’on lui attribue
parfois à tort. Et l’on nous écrit pour nous faire part de cela.
Nous avons choisi de ne publier que les messages significatifs ou ceux qui
posent des questions. Afin de permettre aux personnes éventuellement
concernées, nous les alertons et nous publions leurs réponses.

Il ne faut pas négliger
non plus le fait que la vie politique est troublée par les opposants
repentis, par les faux opposants, par tous ceux qui oeuvrent en faveur de
Guelleh de façon secrète, par les bénéficiaires
aussi, dont certains nous affirment qu’ils n’ont accepté d’intégrer
le sérail que pour mieux l’abattre : ces arguments sont souvent utilisés
pour tenter de convaincre les autorités en charge de l’immigration
au Canada, en Belgique ou en France.

A titre d’illustration,
nous avons choisi de publier ce message anonyme et signé ‘les étudiants
en colère’. Déjà, on peut se poser des questions. Qui
est cet étudiant en colère : un étudiant, deux copains,
un trio ? Probablement pas plus, car sinon, nous en aurions déjà
entendu parler et nous les aurions remarqué dans les manifestations.
Ils auraient communiqué et en tant qu’intellectuels (même si
étudiant ne veut pas obligatoirement dire Intellectuel) ils auraient
émis des propositions constructives, dépassant les critiques.
Donc l’origine est floue ou incertaine.

Certains pourront voir
dans ces questions, le style sournois des proches du régime …. tentant
de décrédibiliser les rares opposants présents actuellement
sur le terrain des idées et de la communication. Le doute excepté,
rien ne nous permet de privilégier cette hypothèse, mais elle
n’est pas impossible. Les questions restent intéressantes car elles
sont fondées.

En revanche, certaines
affirmations sont indapatées : qui pourrait affirmer qu’un Sergent
ou un Lieutenant, pour ne prendre qu’un seul exemple, soit des hauts fonctionnaires
!

Assez parlé, nous
vous laissons la lecture du texte, afin que chaque lecteur puisse se forger
sa propre opinion.

A la fin, trouverez après
les réponses d’Alhoumekani et d’Ariko.

__________________________________
Message de notre lecteur

Dans un premier lieu,
je souhaite un bon courage à l’ensemble des Djiboutiens et à
l’équipe de l’ARDHD, qui met en oeuvre des moyens exceptionnels pour
dénoncer quotidiennement le régime de Guelleh et de ses sbires.

Très souvent, notre
ami Ariko relate les faits que Guelleh a fait subir à de nombreux Djiboutiens
(assassinat, torture et autres….).

Cependant Monsieur Ariko,
je suppose que vous avez assisté de près ou de loin à
ces choses-là, puisque dans le temps, vous étiez un membre de
la famille Guelleh et proche du palais et que vous étiez affecté
à la Présidence.

Alors pourquoi avoir attendu
aussi longtemps pour dénoncer ces choses là ?

Vous et le gouvernement
“autoproclamé” qu’est le GED, vous aviez contribué
à l’édification de ce régime et vous en avez tous bénficié
(financier et autres), car vous etiez tous des hauts fonctionnaires du régime.
Personnellement, je pense que votre divorce avec le régime à
des motivations plus d’ordre pécunier et familial que politique.

En vous lisant (Ariko
et le GED), on a l’impression que vous avez récemment decouvert la
notion de démocratie, des Droits de l’homme et j’en passe.

Comment voulez-vous être
credible aux yeux des djiboutiens alors que vous etiez les soutiens et les
complices de cette dictature qui aujourd’hui vous pourchasse ?

Je pense que vous et le
GED, vous devriez reconnaître vos parts de responsabilité quant
à la mise en place de ce régime et que vous devriez demander
un grand pardon à l’ensemble des Djiboutiens et aux victimes torturées
sur ordres de Guelleh, actes au sujet desquels, vous avez fermé les
yeux. (Je pense, en particulier, à Ali Coubba et à la communauté
des Gadaboursis).

Etudiant
en colère.

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Réponse de Mohamed Alhoumekani

J’ai bien lu votre
message qui devrait passer sur le site de l’ARDHD. Je dois vous dire, et cela
vous étonnera peut-être, que j’ai insité personnellement auprès de ses animateurs
pour qu’il soit publié.

En ce qui me concerne,
je peux vous assurer que ni de près, ni de loin, je n’ai jamais approché
la torture, ni toutes les formes de la guerre sale, par opposition aux combats
réguliers !

Militaire de carrière,
j’étais en poste à Dikil. Je me souviens qu’un jour, il m’avait
été demandé de participer à une opération
douteuse : il s’agissait en réalité de ‘voler’ le bétail
des afars …. Sachez que j’ai refusé de conduire une action qui était
en opposition avec ma conscience et avec mes convictions.

Cela m’a valu une quinzaine
de jours d’arrêts …

Assez vite, constatant
mon refus de coopérer dans des opérations critiquables et compte-tenu
de ma formation d’officier au Maroc, j’ai été affecté
à la Garde présidentielle. C’était en décembre
1994. Ma mission constituait à protéger physiquement le Chef
de l’Etat (Gouled, puis Guelleh ensuite) et cela me prenait à plein
temps! Les arrestations brutales, les extorsions d’aveu sous la torture, les
exécutions sommaires n’ont jamais fait partie de mes attributions….
Il y avait des hauts gradés pour cela …

Tous ceux qui sont
au courant de ma carrière le savent très bien ! Et d’ailleurs,
si j’avais été coupable des faits que nous dénonçons,
sachez bien que Guelleh n’aurait pas manqué de l’utiliser pour me déstabiliser.
Or il n’a rien trouvé d’autres qu’une soi-disant instabilité
caractèrielle : c’est dire qu’il avait peu d’arguments à opposer
à mon parcours professionel de militaire responsable, dévoué
à la défense de la Nation et non des intérêts particuliers.

Juste pour votre information,
le salaire d’un Lieutenant, même s’il n’est pas négigeable, comparé
à celui d’autres travailleurs, n’est pas à la hauteur de ce
que vous pourriez imaginer et je n’ai jamais eu les moyens de constituer même
un petit capital.

Je vais même
aller plus loin et je l’espère avec votre aide, car vous semblez animé
de l’intention sincère de dénoncer les abus et les crimes. Au sein du GED,
nous nous sommes organisés pour aider à la rédaction et au
dépôt des plaintes pour torture, pour viol et pour assassinat, que vous dénoncez à juste titre.
Si vous avez besoin d’un coup de main pour l’ouverture d’un dossier judiciaire
construit et étayé avec des faits précis et des témoignages, il suffit
que vous preniez contact avec moi et je ferai avancer votre dossier, avec
le concours de nos juristes et de nos conseils.

______________________
Réponse d’Ariko

J’ai pris connaissance
des questions que vous m’avez adressées, ainsi qu’au Lieutenant Alhoumekani
du GED.

Permettez-moi de vous
confirmer, cher lecteur, que je n’ai jamais participé ni jamais été
impliqué directement ou indirectement à aucun massacre ni à
aucun acte de torture.

J’imagine que vous réagissez
à la suite de la publication de la lettre ouverte que j’ai adressée
cette semaine, via l’ARDHD, à Monsieur Aden Robleh Awaleh et dans laquelle
j’évoquais les fâcheux problèmes qui se sont déroulés
le 13 septembre 1990 lors de l’attentat du Café de Paris.

Il est effectif que beaucoup
de nos compatriotes Gadabousis ont été torturés sur ordre de
la SDS et de Guelleh. Ce soir-là, Cher ami, j’étais de garde
au palais présidentiel. Effectivement j’ai bien entendu l’explosion,
mais je n’avais aucune idée de ce qui était arrivé.

Le lendemain soir, les
hommes de la SDS m’ont rendu visite au Camp Barkhat Siraj. Ils m’ont interrogé
longuement pour noter exactement ce que je savais ou ce que j’ignorais. Ils
m’ont conseillé (avec leur tact bien connu !) de n’en parler à
personne, sinon je gagnais un séjour à la villa Christophe.

Dans les faits, à
partir du moment où j’étais astreint à garder mon poste
de responsable de nuit pour garder le Palais, je ne savais pas grand chose.

Les hommes de la SDS sont
allés voir Mahdi pour lui dire qu’il serait préférable
que je sois muté à la Résidence secondaire du Chef de
l’Etat à Arta, le temps que cette affaire soit terminée. Ils
n’ont pas été les seuls à m’interroger : j’ai recu aussi
des officiers de la Police criminelle encadrés par le Commissaire Ali
Ibrahim Goudal, qui voulaient absolument faire le point sur ce que je savais
…..

Durant deux semaines j’ai
été effectivement affecté à la sécurité
de la Résidence d’Arta, puis on m’a donné l’ordre de rejoindre
le Camp. A compter de ce jour, la SDS m’a surveillé, sans que je sache
pourquoi. Après trois semaines je suis allé voir Hassan Said
pour lui dire que ces hommes perdaient du temps à me surveiller et
qu’ils feraient mieux de suivre d’autres personnes ou de brouter leur khat
tranquillement dans un mabraze.

Au bout de deux mois et
après que je me sois plaint au Colone Hoche Robleh, la surveillance
a enfin cessé. De toutes les façons, tout le monde avait compris
que je ne savais rien au sujet de l’attentat.

Quatre mois plus tard,
à la surprise générale et en particulier, celle de mes
collègues, c’est le Ministre de l’Interieur Kaire Allale Hared qui
m’a convoqué dans son bureau où il m’a reçu en presence
du Commandant Mahdi, du Chef de Corps Hoche et du Chef de la Sécurité
militaire (le propre frère d’Hassan Saîd.

Le Ministre a été
clair et précis. Comme une mission d’Amnesty international enquêtait
sur les sévices subis par les Gadaboursis, il m’a dit : “Si
des étrangers t’interroges, tu ne dis rien. Tu fermes ta gueule !”

Il faut que vous sachiez
que les tortures et autres exactions étaient sous la responsabilité
des hauts gradés : Hoche Robleh et d’autres.

Si je vous dis cela, c’est
pour vous confirmer que ces actes n’étaient pas confiés aux
sous-officiers, hormis certains affectés au service de la Villa Christophe,
et que je n’y jamais été mélé.

Il est vrai que la population
djiboutienne se méfie de la Gendarmerie à laquelle elle reproche
sa brutalite, mais je n’ai jamais travaillé au sein d’une brigade.

Mais dans un sens, je
suis encore plus dangereux pour Guelleh que mes deux frères d’armes
du GED, parce que je sais beaucoup de choses et que la SDS fait tout pour
me retrouver. Ils savent exactement qui je suis, puisque je ne publie rien
sous le couvert de l’anonymat, mais Allah m’a toujours protégé
de leurs ardeurs meurtrières.

Je souhaite que tu sois
satisfait de ces réponses. Comme toi, je sais bien que les Gadaboursi
ont payé un lourd tribut dans cette affaire et je compatis, mais je
n’ai rien à me faire pardonner, car je n’en porte aucune responsabilité.

Les gens qui vivent à
Tilburg (Hollande) m’avaient posé le même genre de questions,
il y a quelque temps et je leur avais donné une réponse identique.

La SDS a des espions
partout où vivent des djiboutiens et principalement en Hollande (tilburg,
Danahre, Eindoven), en Belgique (Bruxelles), au Canada (Ottawa-Montreal),
en France(surtout parmi les nouveaux étudiants.), au Maroc(Rabat),
en Tunisie(Tunis), en Angletrre(Londres, Wimbledon, le quartier des somaliens
et des djiboutiens.), en Australie (Sydney sur une échelle plus réduite).

 

Sergent Ariko
Hollande – Tilburg.

Message aux lecteurs
: celui qui signe des articles sous le nom DDD “Djiboutiens de Demain”
pourrait-il prendre contact avec moi, ici à Tilburg ou me faire passer
un message via l’ARDHD qui me le transmettra ?