23/08/03 (B209) Le délicat choix des clandestins de Djibouti: partir ou rester (AFP du 8/08/03)

DJIBOUTI, 8 août
(AFP) – Les immigrés clandestins venus d’Ethiopie ou de Somalie pour
travailler à Djibouti sont confrontés à un choix très
délicrat: regagner leur pays, suivant ainsi l’appel des autorités
djiboutiennes, ou rester dans la clandestinité.

Le ministre djiboutien
de l’Intérieur a donné jusqu’au 31 août à tous
ces clandestins attirés par “l’Eldorado djiboutien” pour
quitter ce petit pays de la Corne de l’Afrique, seul îlot de stabilité
dans une région déchirée par la guerre et la famine.

Passé ce délai,
des rafles anti-clandestins seront organisées
dans ce petit Etat peuplé de quelque 500.000 habitants qui jouit d’une
relative prospérité due à la présence de bases
militaires française et américaine.

Le délai d’un mois
du ministre djiboutien de l’Intérieur Abdoulkader Doualeh Waïs
laissé aux clandestins pour plier bagages et partir “librement
et dignement” semble avoir incité de nombreuses familles à
prendre le chemin du retour.

“Nous ne voulons
pas être malmenées par les opérations de rafles et de
refoulement qui peuvent avoir un caractère massif et concerner des
milliers de personnes”,
explique Khadija Bilal, une jeune femme d’une
trentaine d’années au teint clair, qui travaillait comme domestique.

“Pour quatre mille
francs djiboutiens (22 dollars environ), soit deux mille pour les bagages
et deux mille pour le passager, je prendrai le bus jusqu’à Galafi”,
ajoute-t-elle.

Le poste frontalier djibouto-éthiopien
de Galafi est situé à quelque 215 kilomètres au sud-ouest
de Djibouti-ville

Elle négociera
ensuite son transport jusqu’à chez elle, en Ethiopie, avec les chauffeurs
de poids lourds éthiopiens, ces transporteurs routiers qui font régulièrement
les navettes entre Addis-Abeba et le port de Djibouti.

“Des dizaines de
jeunes Ethiopiennes ont pris ce chemin, d’autres encouragées par leurs
conjoints sont partis avec leurs enfants et ont pris les trains de marchandises
reliant Djibouti à Dire-Dawa”, la seconde ville d’Ethiopie”,
assure-t-elle.

Mais si de nombreuses
femmes partent, ce n’est pas le cas des hommes. Selon elle, les hommes qui
sont surtout gardiens, marchands ambulants ou travailleurs journaliers, “veulent
rester pour gagner leur vie au risque d’être pris et d’être expulsés
par la force”.

Mulugeta, travailleur
journalier d’une vingtaine d’années, assure ainsi “qu’il n’a pas
peur d’être pris et d’être remis aux autorités éthiopiennes”.

Sa venue à Djibouti
“est comme pour beaucoup d’autres d’ordre économique” mais
elle lui a permis ausssi “d’échapper à un engagement forcé
dans l’armée éthiopienne”, explique-t-il.

Mulugeta a rejoint un
frère gardien et tous deux parviennent à économiser un
peu d’argent qu’ils envoient à leur famille restée en Ethiopie.

Malgré leurs conditions
de vie très précaires et la crise économique à
Djibouti, sous ajustement structurel depuis 1996, la plupart de ces clandestins
tirent profit d’une monnaie forte et d’un franc djibouti convertible et lié
au dollar.

“Des raisons économiques
mais également sécuritaires, liées à la présence
des forces américaines, semblent avoir contraint les autorités
djiboutiennes à agir pour mieux contrôler les frontières
terrestres”, souligne un observateur.