12/09/03 (B212) Inquiétude chez les clandestins du camp d’Aour-Aoussa (Djibouti) (AFP)

AOUR-AOUSSA (Djibouti),
12 sept (AFP) – Accroupies sous des abris de fortune de toutes les couleurs,
faits de pierres, sacs en plastiques et bouts de tissus, les femmes du camp
de transit d’Aour-Aoussa (Djibouti), où ont été regroupés
plus de 6.000 clandestins, tentent de se protéger du soleil brûlant.

Situé dans une
plaine rocailleuse sans ombre, le camp a été mis en place il
y a deux semaines. Et, chez les clandestins, l’inquiétude grandit à
quelques jours de l’expiration de l’ultimatum lancé par les autorités
djiboutiennes pour quitter le pays avant le 15 septembre.

Quelque 80.000 d’entre
eux sont déjà partis, depuis fin juillet, selon les autorités
djiboutiennes.

“Les
conditions sont très difficiles ici. Pour l’instant, ils n’ont droit
qu’à deux repas par jour”,
explique Souleiman Elmi,
l’administrateur du camp situé à une centaine de kilomètres
au sud de Djibouti-ville.

“Touchez ce morceau
de pain et voyez comme il est vieux et dur!”
, s’exclame un homme,
un bout de baguette dans la main. “Nous n’avons pas assez à
manger, pas assez d’eau, et pas assez d’abris”
, proteste un autre.

Mais ce qui préoccupe
le plus ces Ethiopiens, Somaliens, Erythréens ou encore Yéménites
et Soudanais, installés à Djibouti depuis souvent plusieurs
années, c’est le sort que va leur réserver l’Office national
d’assistance aux réfugiés et sinistrés (Onars).

“Je ne veux pas retourner
en Ethiopie”, affirme Ali Memene, dont la peur se lit dans les yeux.

Venu à Djibouti
avec ses cinq enfants et sa femme, le petit homme maigre et en guenilles explique
qu’il soutient le front de libération Oromo (OLF), mouvement ethnique
indépendantiste d’Ethiopie.

“Si on me ramène
de force, on va me tuer”
, prédit-il, entouré d’une
cinquantaine d’hommes, qui l’écoutent attentivement.

Pourtant, Ali fait
partie des immigrés clandestins que les autorités djiboutiennes
prévoient de renvoyer chez eux.

Contrairement aux détenteurs
d’une attestation de demande d’asile et aux Somalis du sud à qui l’on
attribue automatiquement le statut de réfugié, peu de clandestins
seront autorisés à rester à djibouti, selon Ahmed Hussein
Affi, directeur de l’Onars.

A la vue de quelques visiteurs
accompagnés par Souleiman Elmi, des hommes se précipitent, et
chacun veut se faire entendre, raconter son histoire. Lorsque le ton monte,
un policier agite un bâton dissuasif.

“Je veux me faire
enregistrer et avoir une attestation”, dit Yusuf Zebib, 25 ans, déserteur
de l’armée érythréenne.

D’après Theophilus
Vodounou, du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés
(HCR), environ 2.000 personnes détiendraient une attestation de demandeur
d’asile, un document précieux dont la falsification a récemment
augmenté.

L’heure du déjeuner
approche, et les gens s’affairent autour de la cuisine collective, plusieurs
grandes marmites réunies en plein air.

“Après le
déjeuner, c’est l’heure du Khat”, une plante euphorisante qui
se mâche des heures durant, très répandue à Djibouti,
explique Souleiman Elmi. “Dès que tout le monde commencera à
brouter, ça se calmera”. Jusqu’au lendemain.