14/09/03 (B210) Scènes effroyables à la Gare de Djibouti où des malheureux, en état de grande faiblesse, sont partagés entre la peur des rafles promises par le Ministre de l’Intérieur et la peur d’être controllés en chemin, sans billet et de risquer d’être molestés ou jetés par la portière.(AFP – Djibouti)

Djibouti: les clandestins
éthiopiens partent avec le dernier train régulier

DJIBOUTI, 14 sept (AFP)
– Le sifflet du train à destination de Dire Dawa, en Ethiopie, a retenti
plusieurs fois et les voyageurs qui somnolaient à l’entrée de
la gare ferroviaire de Djibouti, des immigrés clandestins éthiopiens
préférant le départ à l’expulsion, se réveillent
brusquement. Il est près de 4h00, dimanche matin (01h00 GMT).

Anissa, 18 ans, arrivée
à Djibouti à l’âge de 10 ans, n’a “pas d’argent”,
dit-elle.

Pourtant, elle espère
bien trouver une place dans ce dernier train régulier vers l’Ethiopie
avant l’expiration de l’ultimatum fixé aux clandestins pour quitter
l’ancienne colonie française avant lundi, minuit.

“Ce sont principalement
des habitants illégaux qui veulent retourner en Ethiopie”, explique
Ismaël Adosh, employé du Chemin de fer Djibouto-Ethiopien, en
désignant les quelques 150 passagers maintenant rassemblés autour
des grilles d’accès au perron.

Un par un, ils présentent
leur ticket, acheté 3.000 francs djiboutiens (environ 17 dollars),
avant de hisser leurs bagages dans les wagons.

“Mais il n’y a plus
grand monde maintenant, comparé au mois d’août”, ajoute
Ismaël.

Il se souvient de la nuit
du 17 août où “plus de quatre mille clandestins” sont
montés dans huit trains gratuits, arrivés les uns après
les autres.

Aux grilles d’entrée,
une femme harangue Ahmoud, un collègue d’Ismaël, qui laisse passer
ou refoule un à un les voyageurs.

“J’ai payé
mon ticket comme tout le monde, laissez-moi monter!”, crie une commerçante
djiboutienne qui voyage régulièrement entre les deux Etats voisins
de la Corne de l’Afrique.

“Il faut d’abord
laisser la place aux invités”, rétorque Ahmoud, en désignant
les clandestins sur le départ.

Au même moment,
une Ethiopienne force le barrage et court vers le train.

“C’est gagné
pour elle”, rigole Ismaël, en expliquant que “de toutes façons,
les immigrés clandestins sans ticket seront autorisés à
monter cette nuit, car c’est là le dernier train prévu pour
l’Ethiopie avant l’échéance de lundi à minuit”.

Ahmoud confirme, mais
rappelle que “les étrangers en situation irrégulière
ont plusieurs fois eu l’occasion de monter à bord de trains gratuits
au mois d’août”.

Comme Anissa, certains
ont attendu le dernier moment pour quitter Djibouti, où le travail
est “mieux rémunéré” que dans leur pays d’origine,
pour toucher leur dernière paie, explique-t-elle.

“Je travaillais comme
+boniche+”, ajoute Anissa, qui a appris un peu de français à
Djibouti. “Pour ce travail payé ici entre 7.000 et 8.000 francs
djiboutiens, on ne touche que l’équivalent de 500 francs djiboutiens
en Ethiopie”, souligne-t-elle.

Il est 4h00, le train
part.

Des commerçants
et des clandestins se mettent à courir sur le perron. Certains réussissent
à prendre le train en marche, quelques-uns grimpent même sur
le toit.

Dans la cour de la gare,
quelques clandestins, dont Anissa, sont restés, leurs bagages amoncelés
près d’eux.

“Ils n’ont pas de
ticket et n’ont pas osé partir, ils ont peur des contrôleurs
en marche”, explique Ahmoud.

“De toutes façons,
il est possible que le gouvernement annonce d’autres trains d’ici lundi à
minuit”, confie-t-il, comme pour leur donner un peu d’espoir.