15/09/03 (B212) La résistance ? Djibouti: certains clandestins décidés à rester coûte que coûte (AFP Djibouti)

DJIBOUTI, 14 sept (AFP)
– Accoudé au comptoir de son échoppe dans un quartier populaire
de Djibouti-ville, Mohamed, jeune éthiopien en situation irrégulière,
explique calmement qu’il ne quittera pas Djibouti, malgré l’ordre donné
à tous les immigrés clandestins de quitter ce petit Etat de
la Corne de l’Afrique avant lundi minuit.

“Je ne rentrerai
pas en Ethiopie. Il n’y a a pas d’argent là-bas”, explique ce
garçon de 22 ans, arrivé il y a cinq ans à Djibouti,
où il vit avec son oncle.

Fin juillet, les autorités
de Djibouti ont lancé un ultimatum aux immigrés clandestins,
leur intimant de quitter l’ancienne colonie française le 31 août,
avant de reporter l’échéance au 15 septembre.

Samedi, le ministre de
l’Intérieur a écarté la menace des “rafles”
qu’il avait d’abord annoncées, mais a confirmé qu’il ferait
procéder à “des opérations ciblées”
à l’expiration de l’ultimatum.

“Je n’ai pas peur
de la police”, affirme Mohamed. “Mon oncle va me faire faire une
carte d’identité djiboutienne”.

“A Djibouti, la carte
d’identité ça s’achète!”, rigole en écho
Abduselam, un voisin.

“Il y a des clandestins
qui en ont déjà acheté, ça coûte environ
200.000 francs djiboutiens” (un peu moins de 1.200 dollars), poursuit-il.

“Je n’ai pas besoin
de me cacher. S’ils viennent, je leur dirai que je suis moitié Djiboutien,
moitié Ethiopien. Ils me croiront, étant donné que je
parle afar”, assure-t-il, confiant. L’afar est une langue parlée
dans les deux pays voisins.

Si Mohamed a choisi de
rester, c’est aussi pour sa famille en Ethiopie, qui compte sur lui. Tous
les deux ou trois mois, il leur envoie environ 30.000 francs djiboutiens (176
dollars).

Le cas de Mohamed est
connu dans le quartier, mais cela ne semble pas l’inquiéter. “Je
fais confiance aux gens ici”, dit-il.

“Moi je ne le dénoncerai
pas”, assure un jeune Djiboutien, la bouche remplie de khat, la plante
euphorisante qui fait partie du quotidien de Djibouti. Il est venu faire des
achats dans la boutique de Mohamed.

“On est solidaires”,
renchérit Abduselam. “Le ministre a dit à la télé
que les Djiboutiens allaient dénoncer les clandestins, mais c’est pas
vrai, ça marche pas, ça”, affirme-t-il.

Le quartier de Mohamed,
qui hébergeait des milliers d’Ethiopiens et de Somaliens en situation
irrégulière, s’est considérablement vidé depuis
l’ultimatum du gouvernement djiboutien.

Ils seraient 70.000 à
80.000 à avoir déjà plié bagages et repris la
route vers leur pays d’origine, selon le ministère djiboutien de l’Intérieur,
qui estimait samedi que Djibouti s’était vidé de 90% de ses
clandestins.