08/01/04 (B228) La LDDH, sous la plume de son Président Jean-Paul Noël ABDI, nous adresse un message et la copie de son Interview publiée sur le Magazine “Réalité” et dans lequel, il confirme qu’il a été nommé Vice-Président de l’UIDH pour l’Afrique de l’Est en remplacement de Me AREF.

Tout d’abord, je transmets
à l’ARDHD tous mes sincères remerciements pour ses actions positives
en faveur de la recherche de la vérité, ses actions positives
de trait d’union, qui m’a permis à participer au Congrès de
l’UIHD.

Je vous serais reconnaissant
de publier à l’attention de vos lecteurs cet interview qui est paru
aujourd’hui dans le journal " Réalité " et dans lequel
je trace notre volonté à faire progresser les Droits de l’Homme
en République de Djibouti.

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Interview de M. JEAN-PAUL ABDI NOEL
Président de la Ligue Djiboutienne des Droits de l’Homme.


Une récente actualité continentale, tenant aux conclusions du
Congrès de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme au cours duquel
notre pays a été distingué, ainsi qu’une prochaine échéance
électorale, nous amènent à poser quelques questions au
Président de la LDDH, M. Jean-Paul ABDI NOEL. De sa participation aux
travaux de ce Congrès aux perspectives d’avenir de son organisation,
en passant par son appréciation de la CENI, le Président de
cette association de défense des Droits de l’Homme nous livre ses réflexions.
Sans excès ni concession.


M. le Président, vous rentrez du IIIème Congrès de
l’Union Internationale des Droits de l’Homme (UIDH) qui vient de se tenir
du 15 au 19 décembre à Ouagadougou au Burkina-Faso. Pouvez-vous
nous parler de l’objectif de cette réunion ?

Tout d’abord, permettez
moi de vous remercier pour vos soutiens constants et appréciables en
accordant très souvent une attention particulière aux défenseurs
des Droits de l’Homme et de nous aider à mieux médiatiser le
combat réel que nous devons tous mener pour la protection, la promotion
des Droits de l’Homme et pour un Etat de Droits effectif dans notre pays.
Nous considérons et encourageons toute l’équipe de votre Journal
" Réalité " de continuer à être les avant-gardistes
du combat pour la Démocratie et pour la Bonne Gouvernance.

Que l’année 2004
soit pour notre peuple une année d’un combat réel afin de mettre
fin à la politique de l’impunité, aux abus de pouvoir insupportables,
aux détournements des Deniers publics et des Biens sociaux, à
la mise en place très rapidement de différentes structures fiables
et transparentes sur tous les processus électoraux, avec la participation
active et directe de tous les Partis politiques, qui sont prioritaires et
sont les premiers essentiellement concernés.

Comme vous le savez, le
IIIème Congrès suivi d’un Forum de l’Union Interafricaine des
Droits de l’Homme (UIDH) s’est déroulé à Ouagadougou
(Burkina Faso) du 15 au 19 décembre 2003. Un certain nombre de Résolutions
et de Recommandations ont été adoptées par les participants.

Les membres du nouveau
Bureau de l’UIDH ont été élus, et j’ai eu l’honneur d’avoir
été élu comme Vice-Président chargé de
la Corne de l’Afrique. Cet honneur, que nous partageons, doit nous encourager
dans notre combat et nous devons tous ensembles avec toutes les Organisations
des Droits de l’Homme de la Corne de l’Afrique et toutes les forces vives
des nos pays voisins nous engager à unifier et à harmoniser
toutes nos actions en faveur de l’intégration régionale des
différents Instruments des Droits fondamentaux et de faire progresser
les Libertés des Citoyens et des Peuples, ainsi que la libre circulation
des Biens et des Personnes au sein de la Corne de l’Afrique.

L’objectif principal est
celui du Congrès, mais le Forum qui a suivi ce Congrès était
très fructueux, tant dans les approches que dans la proposition qui
a été retenue.
En effet, le Congrès portait sur la stratégie à adopter
pour une protection des droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA, tandis
que le Forum situait :

Comment sortir d’une économie
d’endettement pour financer un développement durable et socialement
juste ?

La Mondialisation : Quelle
Alternative ?

L’environnement, ses contours
aujourd’hui en Afrique : Quelle stratégie adopter pour un développement
durable ?

Bien que le régime
djiboutien lui accorde très peu d’importance, la LDDH a été
consacrée lors de cette conférence puisque vous avez été
élu Vice-Président de l’UIDH en charge de l’Afrique de l’Est.
Ceci nous honore et nous aimerions savoir si notre région a toujours
été représentée à ce niveau et pourquoi
des bilans n’ont-ils pas été dressés sur cette partie
du continent africain et particulièrement pour Djibouti ?

Votre question est tout
à fait judicieuse. En effet, Maître Aref Mohamed Aref, en tant
que membre de l’Association des Droits de l’Homme et des Libertés,
avait été élu à ce poste qui pour la première
fois avait mis en relief la sous-région de la Corne de l’Afrique. Cette
nouvelle particularité a permis aux défenseurs des Droits de
l’Homme de l’UIDH de mieux s’investir à défendre Maître
Aref et d’exiger sa libération inconditionnelle de la sinistre prison
de Gabode et sa réintégration d’office au barreau du Tribunal
de Djibouti.

Je profite de cette occasion
pour témoigner au Président de l’UIDH M. Halidou Ouédraogo,
au Professeur Kapet, au Docteur Sow et à tous les membres de l’UIDH,
pour leur combat légitime qu’ils avaient mené en faveur de mon
compatriote Maître Aref, victime des sévices d’un pouvoir foncièrement
dictatorial.

En ce qui concerne le
deuxième volet de votre question, je peux vous affirmer qu’aucun rapport
sur la situation des Droits de l’Homme à Djibouti, encore moins sur
la Corne de l’Afrique ne figure dans le rapport des activités des différentes
régions, ni dans le rapport moral de l’UIDH lors du IIIème Congrès.
Ce qui suppose peut-être que Maître Aref n’aurait pas eu le temps
matériel pour transmettre officiellement son rapport.

Ce congrès d’Ouagadougou
s’est tenu en même temps que la visite à Djibouti d’une délégation
des Nations Unis chargée des Droits de l’Homme. Quel bilan la LDDH
tire-t-elle de la mission de ces deux experts ?

Avant de parler du bilan
de cette visite, je tiens à préciser que les membres du comité
ad-hoc s’étaient réunis pour planifier l’organisation de cette
visite, c’est ainsi qu’un plan de contact a été établi.
La priorité a été donné au contact officiel. Seules
quelques associations devraient rencontrer les deux experts du Haut Commissariat
des Nations Unies pour les Droits de l’Homme au siège de l’Union Nationale
des Femmes Djiboutiennes -UNFD.

L’ancien parlementaire
actuellement Président de la LDDH que je suis a, au nom de son organisation,
refusé de rencontrer les représentants des Droits de l’Homme
à cet endroit. Car, tout en faisant remarquer que lors des dernières
élections législatives, l’UNFD avait, d’une manière officielle
et médiatique, soutenu les candidats de la liste de l’UMP, il était
donc de mon devoir de considérer l’UNFD comme partie prenante, alors
elle n’est pas représentative de la femme djiboutienne dans sa totalité.
Par conséquent, j’ai proposé deux solutions à savoir
: soit les deux experts soient reçus dans les locaux de la LDDH, soit
les membres du comité rencontrent la délégation dans
leur hôtel. Un membre du comité ad-hoc des Droits de l’Homme
de Djibouti dont je ne veux pas citer ici son nom a essayé de justifier
cette décision pour une rencontre au siège de l’UNFD pour des
raisons financières, cette association des femmes mettant gratuitement
ses locaux à la disposition des experts.

Dans cette affaire,
une question se pose : pourquoi, la salle de réunion du PNUD, officiellement
représentant du Haut Commissariat des Droits de l’Homme des Nations
Unies, n’a-t-elle pas été retenue ?

A mon départ, j’ai
chargé officiellement M. Souleiman Ahmed Mohamed par un courrier au
Ministre de la Justice afin que celui-ci rencontre et de remettre le rapport
de la LDDH sur les Droits de l’Homme en République de Djibouti aux
deux experts.

Malheureusement, malgré
les sollicitations de M.Souleiman, la délégation du Haut- Commissariat
des Nations Unies n’a pas estimé nécessaire de nous rencontrer.

Concernant l’objectif
et le bilan de cette mission, ils nous sont totalement inconnus.
Toutefois, lors de mon séjour à Paris, j’ai saisi la Fédération
des Internationale Droits de l’Homme – FIDH en lui demandant de bien vouloir
s’informer sur les résultats de cette mission que je considère
comme une entrave aux travaux des Droits de l’Homme en République de
Djibouti. Chose inouïe car la LDDH, qui avait toujours eu de bonnes relations
avec le Haut – Commissariat, notamment pendant la détention arbitraire
des policiers de la FNP, a été négligée cette
fois-ci.

Vos propositions de
recommandation faites lors de ce congrès portent sur la transparence
de la prochaine élection de 2005. Pouvez-vous être un peu plus
précis ?

Nous avons dénoncé
lors des dernières élections législatives la manière
brutale dont celles-ci se sont tenues dans notre pays en particulier dans
les districts de l’Intérieur.

Nous n’avons pas manqué
de dénoncer le Coup d’Etat électoral plus particulièrement
fort dans le district de Tadjourah. Ces raisons m’ont conduit, lors de cette
réunion de l’UIDH à soumettre une recommandation qui puisse
mobiliser les défenseurs des Droits de l’Homme de notre continent pour
une participation active, en tant qu’observateurs, aux prochaines élections
présidentielles de notre pays. Je n’ai pas manqué de souligner
que le rôle des observateurs, régionaux et internationaux, ne
devait pas se limiter au seul jour du scrutin, mais qu’il faut de leur part
une participation effective et totale couvrant toute la période des
processus électoraux.

Permettez-moi une fois
encore d’encourager à travers votre journal tous les Partis politiques
du pays, auxquels je suggère qu’il ne faut pas attendre une décision
gouvernementale inévitablement tardive pour lancer un appel à
touts les Observateurs et Presses des pays amis et des organisations internationales
pour un suivi au moins dix mois avant le jour du scrutin du processus électoral.
J’entend par là le contrôle et la révision des listes
électorales jusqu’au dépouillement et déclaration des
résultats.

La révision des
listes électorales et la propagande de l’équipe gouvernementale
sur les ondes de la Radio Télévision de Djibouti ( RTD ) financée
par les deniers publics et les biens sociaux sont, par exemple, deux points
importants. Enfin, je dirais simplement que la transparence électorale
passe par la transparence des demandes officielles des Partis politiques auprès
des pays amis et des organisations internationales, concernant l’envoi d’Observateurs
et de Journalistes. Mon souhait est d’encourager tous les Partis politiques
pour que soient entamées dés maintenant les démarches.
Car pour avoir des Observateurs sérieux, il faut permettre à
ces pays et organisations de se préparer à temps pour ces missions.

Vous avez pris part
aux travaux de la Commission Electorale Nationale Indépendante, mise
en place par le régime pour superviser les élections du 10 janvier
2003. Quelles leçons en tirez-vous aujourd’hui ?

La Commission Electorale
Nationale Indépendante – CENI – m’a appris beaucoup de choses.

J’ai appris que :

la CENI manquait de transparence
;
la CENI, par la Loi même qui l’a créée impose le silence
le plus total à tous ses membres ;
la CENI, par les textes qui l’ont créée, est composée
essentiellement de représentants du gouvernement alors que ceux des
Partis politiques se trouvent dans une situation de minorité. On peut
en conséquence s’interroger sur la fiabilité d’un organisme
électoral dont la grande majorité des membres est constituée
de fonctionnaires connus pour leur fidélité au pouvoir en place.

Vous avez été
Rapporteur de la CENI. Pouvez-vous nous fournir une copie du rapport final,
que vous avez rédigé, relatif aux conditions de déroulement
des législatives du 10 janvier 2003 ?

Il n’y a jamais eu de
rapport final officiel. Aucun texte n’a été adopté dans
ce sens par l’Assemblée Nationale. Le rapport final a tout simplement
été soumis au Président de la République avec
" un chèque en blanc " de la Commission Electorale Nationale
Indépendante.

Quelles sont les perspectives
organisationnelles de la LDDH pour la nouvelle année ? Quelles améliorations
attendez-vous relativement au renforcement des droits civiques et à
la promotion des droits de l’Homme ?

Sur le plan organisationnel
la LDDH navigue à vue avec beaucoup de prudence, en fait mon organisation
s’apparente à un Iceberg avec une importante partie immergée.
Même si apparemment il nous est permis de réaliser certaines
de nos activités, il nous paraît prudent de protéger nos
adhérents contre une politique sournoise et foncièrement dictatoriale
du régime qui nous oblige à rester vigilants.

Nous devons dans un proche
avenir penser à augmenter le nombre de nos adhérents en raison
de l’inexistence de toute subvention en notre faveur. Nous avons par ailleurs
décider de participer dans le cadre de la formation à sensibiliser
nos populations ( sur l’ensemble du pays ) sur le processus électoraux
dans l’intérêt supérieur de notre Nation, sur la nécessité
de l’application de l’Accord de paix du 12 mai 2001, surtout en ce qui concerne
la Décentralisation.

Propos
recueillis par Mahdi Ibrahim A. God

Journal
" Réalité " n° 78 pages 4 et 5 du mercredi 7 janvier
2004