26/11/04 (B274) RSF : LIBERTE DE LA PRESSE: Xe SOMMET DE LA FRANCOPHONIE / 25 novembre 2004

Burkina Faso / Côte
d’Ivoire : Impunité et médias de la haine au coeur de la Francophonie
Reporters sans frontières demande l’application de sanctions contre
les pays qui violent la liberté de la presse

Cette année, l’ombre
de Norbert Zongo plane sur le sommet de la Francophonie. Le Burkina Faso accueille
en effet la Xe Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays
ayant le français en partage. Six ans après l’assassinat du
journaliste burkinabé le plus célèbre, ce dossier reste
en suspens. Aucun jugement, aucun procès.

Le seul inculpé,
un haut responsable de la garde présidentielle, coule des jours tranquilles
chez lui. Une situation d’autant plus surprenante quand on sait qu’il a été
condamné à 20 ans de prison pour l’assassinat de David Ouédraogo,
le chauffeur du frère du président de la République,
François Compaoré. Cette affaire était devenue le cheval
de bataille de Norbert Zongo. Sans relâche, pendant plusieurs mois,
le directeur de L’Indépendant avait dénoncé ce scandale
et demandé des comptes. Ce travail de journaliste d’investigation lui
a coûté la vie, le 13 décembre 1998.

En janvier 2001, François
Compaoré, frère du président de la République,
largement impliqué par cette affaire, avait été enfin
entendu par un juge d’instruction. Depuis, la procédure est au point
mort.

Pour autant, le président
Blaise Compaoré affirme tout de même sa sérénité.
“Tous les moyens ont été donnés à la justice
pour traiter le dossier”, déclarait-il encore dans les colonnes
de Jeune Afrique/L’Intelligent du 14 au 20 novembre 2004. Selon lui, “la
commission d’enquête indépendante a indiqué des pistes
en précisant qu’elle n’était sûre de rien”, ajoutant
qu’il “faut laisser les juges faire leur travail”.

Quelques centaines de
kilomètres plus au sud, en Côte d’Ivoire, de nouveaux médias
de la haine ont fait leur apparition. Dès octobre 2000, quelques jours
avant l’élection de Laurent Gbagbo à la présidence de
la République, Reporters sans frontières avait dénoncé
la multiplication des articles à caractère raciste et xénophobe
dans la presse ivoirienne.

Depuis, cette situation
n’a cessé d’empirer. Les appels à la haine et à la violence,
les incitations à la guerre, les propos xénophobes sont devenus
quasi quotidiens. Le 4 novembre 2004, à la veille de l’offensive des
forces armées ivoiriennes contre les ex-rebelles, la presse ivoirienne
a connu une vague de répression sans précédent. Saccages,
incendies criminels, pillagesŠ plusieurs quotidiens indépendants
ou d’opposition ont été obligés de cesser leur publication
et leurs responsables contraints à la clandestinité pendant
quelques jours. Les médias d’Etat agissent en soldats, prenant clairement
position pour l’écrasement militaire des ex-rebelles et se comportant
en agents de propagande au service des autorités.

La Francophonie doit agir

L’impunité demeure,
au Burkina Faso et dans d’autres pays francophones. Pourtant, dans la déclaration
de Beyrouth, adoptée à l’issue du précédent sommet
en 2002, les Etats membres s’étaient engagés “à
lutter, à tous les niveaux de la société, contre l’impunité
des auteurs de violations des droits de l’Homme”.

Reporters sans frontières
demande, une nouvelle fois, comme prévu dans la Déclaration
de Bamako signée en 2000, des sanctions contre les pays qui violent
massivement la liberté d’expression. La Francophonie prévoit
un mécanisme de sanction des pays “en cas de rupture de la démocratie
ou de violations massives des droits de l’homme”. Ces sanctions vont
de la réduction des contacts avec l’Etat concerné à sa
suspension. Il est urgent, aujourd’hui, d’utiliser ce dispositif. Cela donnerait
à la Francophonie l’autorité et la crédibilité
qui lui manquent en matière de respect des droits de l’homme.

A l’inverse, ne rien faire
à Ouagadougou, comme lors du précédent sommet de Beyrouth
en 2002, serait un véritable camouflet pour les victimes de violations
des droits de l’homme dans l’espace francophone.

La Francophonie ne s’est
toujours pas complètement débarrassée de ses prédateurs
de la liberté de la presse

En Guinée équatoriale,
au Laos, au Rwanda, en Tunisie et au Viêt-nam, la liberté de
la presse n’existe pas.

Au Laos et au Viêt-nam,
la presse est aux ordres de l’Etat-parti. La censure est implacable et la
marge de man¦uvre des journalistes extrêmement limitée.
Les très rares médias indépendants sont diffusés
sous le manteau ou sur Internet, obligeant leurs responsables à travailler
dans la clandestinité ou en exil.

En Guinée équatoriale
et au Rwanda, le pluralisme de l’information n’est qu’une illusion. Les rares
médias indépendants ont une audience confidentielle et sont
soumis à un harcèlement incessant des autorités politiques
ou judiciaires. Les condamnations à des peines de prison ou à
des amendes exorbitantes sont encore trop répandues.

En Tunisie, malgré
les promesses et les engagements du président Zine el-Abidine Ben Ali,
la liberté d’expression n’est toujours pas garantie. La presse indépendante
est complètement muselée, les journalistes les plus critiques
sont harcelés et la timide ouverture de l’audiovisuel ne permet pas
encore de parler d’un réel pluralisme de l’information.

La Côte d’Ivoire
est le pays le plus dangereux du monde francophone pour les journalistes

En un an, aucun journaliste
n’est mort en Afrique, sauf en Côte d’Ivoire. Six mois après
l’assassinat du correspondant de RFI, Jean Hélène, par un policier
ivoirien, le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer a disparu,
après être entré en contact avec des proches du pouvoir.
Le beau-frère de Simone Gbagbo, épouse du Président,
a été mis en examen pour « enlèvement » et
« séquestration ». Enfin, le 7 novembre, Antoine Massé,
correspondant à Duékoué du quotidien progouvernemental
Le Courrier d’Abidjan, a été tué lors de heurts entre
soldats français, l’armée ivoirienne et des manifestants.

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