12/04/05 (B293B) Réaction d’un lecteur à l’article publié par Le Figaro sous la plume de Tanguy Berthemet, sous la forme d’une lettre ouverte.

Bonjour à toutes
et à tous.

Ayant plutôt l’habitude
de lire les infos du pays sur ce site et de n’y envoyer que très rarement
des messages, je ne peux m’empêcher de réagir à la lecture
de l’article signé par l’envoyé spécial du Figaro à
Djibouti pour couvrir la non-élection du Caïd.

Comment ne pas envoyer
une mise au point au sieur Tanguy Berthemet ?

J’espère que le
staff de l’ARDHD me fera le plaisir de faire tout son possible pour qu’il
en prenne connaissance.

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Lettre ouverte

Cher Monsieur Berthemet,

A part rendre visite pour
écouterles délires du dictateur enkhaté, vous êtes-vous
donné la peine de demander aux dirigeants de l’UAD, les raisons exactes
des appels au boycott. Même sans cela, il vous aurait suffit de lire
leurs différents communiqués ?

Et si d’aventure, vous
aviez oublié votre devoir de journalise, il suffisait de préparer
votre voyage en consultant les sites Internet de l’opposition (les bulletins
du MRD, de l’ARD, l’observatoire de l’ARDHD, le site officiel de la LDDH,
etc… dans lesquels sont publiés depuis des années l’éat
précis de la situation précise sur les rapports de forces, les
déclarations, les conditions de l’opposition ou autres alertes ?

Bref, tout un arsenal
mis gratuitement à votre disposition pour construire et diffuser un
reportage digne de ce nom. Le pire c’est que vous semblez avoir été
convaincu par les fantasmes de l’autocrate que vous confirmez dignement dans
vos écrits.

Depuis quand les Afar
et les Issas s’entretuent-ils à Djibouti ?

Il est grave qu’un Journal
aussi reconnu que Le Figaro se laisse surprendre à publier, sans les
vérifier, les divagations et les voeux morbides d’un dictateur !

Bien reçu par les
cadres du régime, auriez-vous ressenti l’impression, un instant, d’être
en vacances, oubliant au même moment votre mission publique d’information
?

Oui, il y a eu effectivement
une guerre à Djibouti, mais elle n’a jamais, mais jamais, opposé
les Issas et les Afar. Elle a opposé des résistants djiboutiens
aux mercenaires somaliens et éthiopiens à la solde de la dictature.
C’est facilement vérifiable ! Simplement, en considérant le
fait que depuis son indépendance, notre pays n’a jamais connu de  »
Guerre civile « .

Je me garderai bien de
supposer vous ayez confondu, ne serait-ce que l’espace d’un instant, Djibouti
avec la Somalie qui n’est pas très éloignée, c’est vrai.

Le seul homme au monde,
qui puisse souhaiter une pareille tragédie pour justifier sa présence
à la tête de l’Etat, ne peut-être que Guelleh en personne.
N’aime-t-il pas déclarer souvent, que sans sa vigilance, les Afar et
les Issas se seraient étripés ?

En cela, IOG a parfaitement
assimilé les leçons des ses maîtres, les colonisateurs
français.

Monsieur Berthemet, décidément
vos articles semblent avoir été écrits sous l’influence
d’une drogue ou d’un euphorisant : avez-vous cédé à la
tentation du khat ? Ne vous en défendez surtout pas, cela arrive souvent
dans le pays et c’est une expérience qu’il faut connaître, à
condition de n’en point abuser et surtout de s’interdire d’écrire dans
Le Figaro avant la disparition totale et confirmée des effets.

Sans la moindre réserve,
vous ecrivez qu’  »en déclarant que les consignes de Boycott ont été
massivement suivies, l’opposition aurait fini par se discréditer définitivement ».

Mais à l’égard
de qui, cette opposition pourrait-elle s’être discréditée
? Guelleh, bien sur, le seul !

Ou et comment avez-vous
mesuré le discrédit de l’opposition ? L’opposition n’est point
divisée, malgré les coups sournois et pervers du tueur déguisé.
Bien au contraire, elle a trouvé son union dans la lutte commune contre
l’asservissement de la population.

Qu’importe, puisqu’inculte
sur le sujet, vous n’avez aucune connaissance, ni de son passé, ni
de son présent. Quant au décès de Monsieur Ahmed Dini
(qu’Allah l’accueile en son paradis) ce fut une perte immense non seulement
pour l’opposition mais aussi pour le pays tout entier.

Mais de là, à
répéter et à rerépéter, comme aimerait
le clamer, le prince mendiant, que l’opposition est déboussolée,
il y a un fossé que j’éviterais de franchir à votre place,
car vous sautez à pieds joints dans le vide où l’on vous risque
de vous oublier.

Ajouter ensuite que des
prétendues « rivalités ethniques » pourraient dégénérer
en « conflits ethniques », c’est vous qui vous décrédibilisez,
et pour longtemps.

Ne vous tracassez pas
M. Berthemet, les Djiboutiens, toutes origines confondues et unies dans la
détresse, ne vous donneront jamais la moindre raison d’écrire
un jour sur cette funeste prédiction.

Sachez que, personnellement,
je suis d’origine Issa. Puisque que vous semblez connaître si bien les
citoyens de Djbouti en terme d’ethnies ou d’appartenances tribales, je peux
vous dire que vous vous trompez largement, ce qui ne serait pas grand-chose,
si vous ne participiez pas activement à la désinformation de
nos amis français qui font confiance au Figaro.

Je n’ai aucune honte ni
aucune fierté de mes origines ethniques. Je suis un Djiboutien, avant
tout et c’est dans cette nationalité que je me reconnais véritablement.
Informé de mes origines, irez-vous jusqu’à affirmer, dans un
prochain article, que je suis prêt à casser de l’Afar, du Yéménite,
du Gadabourci ou … ?. Je respecte tous mes concitoyens, comme vous le
faites avec les vôtres, Bretons, Basques, Corse, etc…

Ce vieux cliché
des Afars opposés aux Issas a fait long feu depuis longtemps. Vous
l’ignoriez ? Depuis des années, les Djiboutiens ne veulent plus entendre
parler de luttes tribales, sauf un ! Toujours le même, le sinistre Guelleh
! Encore lui, dès qu’il s’agit de porter des mauvais coups à
notre pays.

Croyez bien, M. Berthemet,
que je ne permettrai pas de mettre en cause vos capacités professionnelles,
qui sont reconnues par ailleurs, mais acceptez simplement ces conseils amicaux
: préparez mieux vos reportages et informez-vous complètement
avant d’écrire. Les Français disent qu’il faut tourner sept
fois sa langue dans la bouche avant de parler ! Les journalistes n’utilisent
plus la plume de nos jours, alors relancez sept fois votre ordinateur, avant
d’écrire.

Cela vous permettra de
réfléchir au juste équilibre des informations que vous
allez diffuser, surtout lorsqu’elles engagent la survie d’un Peuple, victime
de la torture, des exécutions arbitraires, des viols, des massacres
et de la pauvreté ! Respectez au moins ses souffrances, si vous choisissez
de ne pas les médiatiser !

Posez-vous les bonnes
questions ? Comment a été organisé l’accès au
fichier électoral, sa refonte ? Quel est le niveau d’indépendance
de la CENI ? Quels sont les fondements des revendications déposées
par l’UAD depuis 2003 ? L’UAD a-t-elle été remboursée
de la caution de 35.000.000 de FDJ, qu’elle avait été contrainte
de cautionner auprès du Trésor public, à la veille des
élections législatives ? Etc …

Cela est d’autant plus
regrettable que, fidèle lecteur de votre journal, je lis toujours,
avec plaisir, les articles de Patrick de Saint-Exupéry, autrefois sur
Djibouti, aujourd’hui sur la Côte d’Ivoire.

Comment vous en vouloir
véritablement ? Nous les Djiboutiens, nous ne sommes ni rancuniers,
ni violents. Et tout le monde ne peut pas avoir les qualités d’investigation
et d’analyse de votre confrère, ni signer Saint-Exupéry !

Un
Citoyen djiboutien,
solidaire de toutes les ethnies