23/02/06 (B338-B) ALERTE ROUGE / Appel urgent de L’Observatoire Pour la Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme FIDH / OMCT – Demande d’envoi de courriers pour réclamer le respect des droits syndicaux et la remise en liberté des deux syndicalistes.

APPEL URGENT –

L’OBSERVATOIRE

DJI 001 / 0206 / OBS 016
Arrestations arbitraires / Harcèlement

Djibouti
20 février 2006

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme,
programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de
l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous
prie d’intervenir d’urgence à propos de la situation suivante à Djibouti.

Description des faits :

L’Observatoire a été informé par l’Union des travailleurs du port (UTP) de
Djibouti de l’arrestation arbitraire de M. Mohamed Ahmed Mohamed,
responsable aux affaires juridiques de l’UTP, et de M. Djibril Ismael Egueh,
secrétaire général du Syndicat du personnel maritime et du service de
transit (SP-MTS), deux organisations affiliées à l’Union djiboutienne du
travail (UDT).

Selon les informations reçues, le 20 février 2006, les forces de sécurité
ont arrêté M. Mohamed Ahmed Mohamed à son domicile et M. Djibril Ismael
Egueh sur son lieu de travail, sans aucun mandat ni motif officiel. Ils les
ont ensuite conduits aux bureaux de la Brigade criminelle et des
renseignements généraux.

MM. Mohamed et Egueh étaient revenus la veille d’un séminaire de formation
syndicale en Israël, organisé par l’Institut international de la centrale
syndicale israélienne Histadrut. Ils auraient été interrogés sur leurs
activités syndicales et sur les buts et motifs de cette formation.
Toutefois, aucune information n’a été transmise aux représentants de la
Ligue djiboutienne des droits de l’Homme (LDDH) et de l’UDT, venus
s’informer du sort de leurs collègues et des motifs de ces arrestations.

L’Observatoire condamne fermement ces arrestations, qui s’inscrivent dans le
cadre d’un harcèlement constant à l’encontre des dirigeants et membres de
syndicats depuis plusieurs mois.

Par ailleurs, selon les informations reçues, de nombreuses correspondances
de l’UDT auraient été subtilisées, ou substituées par d’autres, à la poste
de Djibouti depuis août 2005, notamment une plainte adressée par l’UDT au
Bureau International du Travail (BIT), au sujet des licenciements et mises
en pré-retraite abusifs dont avaient été victimes 12 dirigeants et militants
syndicaux du port de Djibouti, dont M. Mohamed Ahmed Mohamed, en septembre
2005 (cf. appels urgents de l’Observatoire DJI 002/0905/OBS 084 et 084.1 et
communiqué de presse du 22 décembre 2005).

En outre, le 22 janvier 2006, M. Hassan Cher Hared, secrétaire aux relations
internationales de l’UDT, secrétaire général du Syndicat des postiers de
Djibouti, et employé de la Poste, a été arrêté sur son lieu de travail par
deux officiers des renseignements généraux.

M. Cher Hared a été interrogé
sur les dossiers de candidatures de plusieurs syndicalistes adressées au
Centre pour la coopération internationale (MASHAV), division du ministère
des Affaires étrangères israélien à Addis Abeba, afin de participer à la
formation précitée. Il a ensuite été informé qu’il risquait d’être poursuivi
pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » et « intelligence avec une puissance
étrangère ». M. Cher Hared a cependant été relâché après l’interrogatoire.

L’Observatoire rappelle que M. Hassan Cher Hared avait été licencié sans
préavis le 25 mai 2005 pour “fautes professionnelles graves, absentéisme et
insubordination”, après une mise à pied de huit jours. Dans sa lettre de
notification, le directeur avait qualifié le militantisme de M. Cher Hared
de “comportement irresponsable”.

Le licenciement de M. Cher Hared faisait
suite, notamment, à ses observations concernant la gestion financière de la
Poste, déplorant des dépenses illicites. M. Hassan Cher Hared avait
également fait des déclarations en faveur des droits économiques, sociaux et
culturels le 1er mai 2005, journée mondiale du travail (Cf. appel urgent DJI
001/0605/OBS 042).

En août 2005, M. Hassan Cher Hared avait été réintégré à
la Poste et affecté à Balbala, dans la banlieue de Djibouti. Toutefois, M.
Hared, bien que rémunéré, n’a pas de poste défini. De plus, sa
ré-affectation est illégale tant qu’aucune décision annulant son
licenciement n’a pas été prise.

L’Observatoire réitère sa vive préoccupation à l’égard de l’ensemble de ces
faits et actes de harcèlements récurrents dont sont victimes les défenseurs
des droits économiques et sociaux à Djibouti, en particulier les
représentants syndicaux.

L’Observatoire souligne que ces faits s’inscrivent
en violation de la Convention (n°98) sur le droit d’organisation et de
négociation collective de l’Organisation internationale du travail, ratifiée
par Djibouti en août 1978, ainsi que de la Déclaration sur les défenseurs
des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations-unies le
9 décembre 1998, en particulier son article 5 selon lequel « afin de
promouvoir et protéger les droits de l’Homme et les libertés fondamentales,
chacun a le droit de communiquer avec des organisations non gouvernementales
ou intergouvernementales ».

Actions demandées :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités djiboutiennes
et de leur demander de :

i. garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de
MM. Mohamed Ahmed Mohamed et M. Djibril Ismael Egueh ;
 

ii. procéder à leur libération immédiate et inconditionnelle en l’absence
de toute charge valable à leur encontre ;

iii mettre fin à toute forme de harcèlement et de représailles à l’encontre
de MM. Mohamed Ahmed Mohamed, Djibril Ismael Egueh et Hassan Cher Hared,
ainsi que contre l’ensemble des membres ou responsables de syndicats et des
défenseurs des droits de l’Homme à Djibouti, afin qu’ils puissent mener leur
activité de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;

iv. se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des
droits de l’Homme adoptée par l’Assemblée Générale des Nations unies le 9
décembre 1998, et plus particulièrement son article 1 qui dispose que «
chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de
promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des
libertés fondamentales aux niveaux national et international », son article
5 sus-mentionné, et son article 11 qui stipule que « chacun a le droit,
individuellement ou en association avec d’autres, d’exercer son occupation
ou sa profession conformément à la loi » ;
 

v. se conformer plus généralement aux dispositions de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme, ainsi qu’aux instruments internationaux
et régionaux de protection des droits de l’Homme auxquels Djibouti est
partie.
 

Adresses :
.

Son Excellence Ismail Omar Guelleh,
Président de la République,
Palais du
Peuple,
BP 109, Djibouti Ville,
République de Djibouti.
Tel / Fax : 00 253
354060 / 47 71.
.

Ismael Ibrahim Hemed,
Ministre de la justice, des affaires pénitentiaires
et musulmanes, chargé des droits de l’homme,
BP 12, Djibouti Ville.
Tel /
Fax : 00 253 35 40 21 / 54 20.
.

Mohamed Barkat Abdillahi,
Ministre de l’emploi et de la solidarité
nationale.
Cité ministérielle,
BP 155-170, Djibouti Ville,
République de
Djibouti.
Tel / Fax : 00 253 35 72 68.

*** Paris – Genève, le 20 février 2006

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Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises
en indiquant le code de cet appel.

L’Observatoire, programme de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les
défenseurs des droits de l’Homme victimes de violations et à leur apporter
une aide aussi concrète que possible.

L’Observatoire a été lauréat 1998 du Prix des Droits de l’Homme de la
République Française.

Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence:

E-mail : Appeals@fidh-omct.org

Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme
17, Passage de la Main d’Or

75 011 Paris, France
Tel et fax FIDH : + 33 1 43 55 20 11 / 33 1 43 55 18 80

Organisation Mondiale Contre la Torture

Case postale 21 –

8 rue du Vieux-Billard

1211 Genève 8, Suisse
Tel et fax OMCT : +41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29