19/03/06 (B342-A) Face à la « guerre antisubversive » lancée par IOG, comprendre Djibouti et ce qu’il s’y passe pour un homme, c’est le réduire à l’humain. C’est alors que tout se défait dans la lumière. (par Bouh Warsama).

En toute existence il y a un temps qui est celui d’observer pour tenter de comprendre, celui de se taire, mais vient forcément ensuite celui de parler et d’écrire. Le premier et le second ne sont plus ; malgré les menaces et tous les risques encourus qui pèsent sur ceux qui osent, nous sommes dans le troisième temps. Ce temps là ne peut être marqué à des signes plus clairs et à des devoirs plus pressants.


Dessin Roger Picon (5 segments)
Tant sur le fond que sur la manière, ce à quoi on assiste à Djibouti sous Ismaïl Omar Guelleh n’est rien d’autre qu’une stratégie politico-militaire qui a fait ses preuves en d’autres lieux et qui consiste à gagner une guerre (non déclarée comme telle) en contrôlant les populations, par le quadrillage, par des milices de quartier et des actions ourdies, combinées et financées par le pouvoir à partir des aides internationales détournées ; par des hiérarchies parallèles et au moyen de la guerre psychologique. 


Pour bien comprendre ce qu’est une « guerre totale » – telle que pensée et imposée par les « Conseillers » étrangers d’Ismaïl Omar Guelleh – il faut se replonger dans l’idéologie et les doctrines militaires du passé colonial qui ont été construites exclusivement en réaction aux échecs.

L’idéologie – telle qu’on la comprend – met en oeuvre une doctrine militaire pour lutter contre les évolutionnaires. Contre ces républicains opposés à la pensée unique et que l’on accusera ouvertement sur le plan international d’être des révolutionnaires et semeurs de troubles opposés à un hypothétique « ordre public » afin de tenter de justifier l’injustifiable des actions menées par le pouvoir en place contre eux et de mystifier l’opinion publique internationale.

« L’ordre doit IMPERATIVEMENT régner à Djibouti »

Pour diverses raisons et ce, quels qu’en soient les moyens employés pour y parvenir. Là où l’on vous parlera d’aides financières et d’intérêts nationaux il faut y lire intérêts d’ordre privé…masqués maladroitement.

Les travaux – dont Djibouti est un terrain d’application – ont donné naissance par le passé aux théories de la guerre antisubversive ou « psychologique ».

Ces « conseillers » étrangers qui agissent exclusivement dans l’ombre du pouvoir en place ont théorisé et programmé la répression en zone urbaine avec un découpage de la ville de Djibouti, un fichage détaillé de tous les opposants, des syndicalistes mais aussi des « amis » du pouvoir. Aussi surprenant que ceci pourrait paraître rien n’y échappe ! Car le pouvoir sait que les « coups bas » viennent d’abord de l’intérieur du système lorsque le navire prend l’eau de toutes parts comme c’est le cas actuellement.

A cela s’ajoute l’organisation et la gestion des rafles périodiques (y compris de nuit) programmées pour maintenir la « pression » et rassurer les communautés étrangères quant à la paraît-il «Sécurité des biens et des personnes étrangères » qui serait une priorité d’IOG alors qu’il s’en est toujours joué jusqu’à fomenter des attentats qui firent des morts et des blessés.

Opérations de grandes rafles menées dans l’urgence suivant la méthode du «on surgit, on frappe fort …, on ramasse, on incarcère et on triera ensuite ». Avec extorsion de renseignements, institutionnalisation de la torture. Séances de tortures durant lesquelles le « coupable » du moment avouera TOUT et surtout ce qu’il ignore mais doit impérativement avouer.

Et s’il/elle n’est pas coupable, peu importe ! Car on va créer une psychose de la terreur au sein de la population et générer néanmoins une « cohésion par cette même terreur » suivant le principe « On est effrayé, alors on se soumet à l’autorité qui tient le bâton ! ».

Sous les ordres d’IOG, les tortionnaires l’ont compris : les coups bien dosés et répétés lors des séances de tortures des jours entiers, l’alternance d’incarcération puis de libération suivie d’une nouvelle incarcération font plus de mal et détruisent bien plus psychologiquement un être que la cruauté virulente et expéditrice. Et si les victimes réussissent à fuir le pays vers l’exil, ceci n’en sera que mieux car cela fera un « opposant » de moins ; donc un soucis de moins à gérer dans le pays !.

Cette guerre qui ne veut pas dire son nom et que l’on maquille en « maintien de l’Ordre » à Djibouti vise à contrôler la population en détruisant psychologiquement les forces évolutionnaires tout en terrorisant la population. Ceci sert d’exemple.

L’un des théoriciens, spécialiste dans ce que l’on dénomme globalement comme étant la guerre subversive écrivait en un temps :

« Mieux vaut enlever à l’adversaire un homme important par jour et le faire fuir ensuite du pays que de monter avec de gros moyens une opération de « nettoyage » par trop visible qui dans le meilleur des cas tuera dix fois plus, mais qui neuf fois sur dix, tombera dans le vide le plus absolu, sous l’oeil ironique des populations. Avec le risque d’alerter l’opinion publique internationale et les médias étrangers qu’il est préférable de contourner plutôt que d’affronter….. ».

Ajoutons à cela que nulle presse étrangère ne pourra s’émouvoir de quelques arrestations – y compris de syndicalistes – alors que le sujet n’aura d’intérêt qu’à partir de quelques centaines de mort en un lieu et en un laps de temps très court. C’est seulement à cet instant là que le journalisme étranger et d’investigations entrera dans le jeu de l’information pour dénoncer sur le plan international ce qui doit l’être. Ce risque là, IOG met tout en œuvre pour l’éviter car il connaît la puissance de la presse et des médias.

Terreur de masse et achat de quelques consciences

A Djibouti et sous influence de « Conseillers » fut développé – dès 1977 – le deuxième pilier de cette « guerre antisubversive » fondée sur la constitution d’une hiérarchie parallèle politico-militaire chargée de l’application du contrôle des populations avec parcellisation et embrigadement d’une partie de celles-ci – en achetant les consciences miséreuses à coups de sacs de riz et de demi bottes de khât – allant jusqu’à définir des autorités tutélaires supervisant des réseaux de « sympathisants financés » pour chaque quartier.

Cette doctrine – appliquée suivant une méthode militaire – repose donc sur le contrôle des populations et la terreur de masse pour éviter tout mouvement contestataire à l’égard du pouvoir en place. Il est vrai que ce « savoir faire » technologique et méthodologique aura connu un tel succès dans certains pays d’Amérique latine – notamment sous Pinochet – qu’elle sera importée, dès le début des années soixante dix à Djibouti.

Paradoxe – Discours humanistes et coups de bâtons

Personne n’est dupe quant à certaines « indépendances » africaines accordées aux pays d’Afrique sub-saharienne francophone. Derrière un discours humaniste et émancipateur on s’est empressé de créer des réseaux françafricains pour conserver la main mise sur d’anciennes colonies. 

De gouverneurs français, on est passé à des gouverneurs locaux « mandatés » par Paris.

La prédation économique et les « petits arrangements » ont pu soit continuer soit être créés par l’intermédiaire de dictateurs inféodés à l’ancienne puissance coloniale : Bokassa en Centrafrique (ancien sergent chef de l’Infanterie coloniale ayant combattu en Indochine et en Algérie), Eyadéma au Togo (ancien sous-officier de l’Infanterie coloniale), Bongo (proche des services secrets français et mis en place directement par Foccart lors de la guerre du Biafra), ou bien Ismaïl Omar Guelleh (ancien enquêteur de la Police puis inspecteur des Renseignements Généraux français des TFAI qui trahira tous les bords et devenu depuis un spécialiste du chantage politique dans l’affaire Bernard Borrel ).

On oublie trop souvent que cette bouffonnerie tropicale a atteint des sommets pour la France avec Bokassa 1er, le dernier empereur…. français.

Et l’on sera frappé de constater que la méthode mise en place est bien souvent la même qui aura lieu dans les pays d’Amérique Latine quelques années plus tôt et …plus tard.

On est confronté aux mêmes logiques et aux mêmes techniques : élections falsifiées à outrance ou coup d’état imposant un dictateur-kleptocrate qui est aux ordres. Comme plus tard en Argentine, ou au Chili, la résistance n’a pas fait long feu devant le régime de terreur mis en place vis à vis des opposants : élimination des opposants ou des présidents choisis par les peuples dits autochtones (Olympio au Togo) et contrôle des populations.

Il y a là une fabrication des élites militaires locales (africaines) selon ce modèle au Rwanda, Burundi, dans l’ex Zaïre.

Cette technologie militaire fut enseignée aux élèves officiers africains à l’instar de Bagosora (planificateur du génocide au Rwanda) qui fut par ailleurs – il convient de le souligner – l’un des élèves de École supérieure de Guerre de Paris dans les années quatre-vingt.

Surprenant que des officiers africains – triés majoritairement sur le volet parmi les tortionnaires à « l’expérience » reconnue – continuent encore de nos jours d’être formés à École supérieure de Guerre ou État Major français.

Quel que soit son rang, le militaire qui a ainsi perdu l’honneur n’a plus rien à perdre.Quant à elle École Supérieure de Guerre n’a rien à gagner à former de tels hommes !.

Pour ce qui concerne Djibouti, la vocation première de ce système politique est de quadriller les populations depuis le groupe familial jusqu’au Palais de l’Escale par la corruption et le clientélisme. Le tout coiffé par un parti unique et l’oligarchie maffieuse groupée autour des familles Guelleh et Haïd.

Dans cette optique, le quadrillage des populations, l’élimination des opposants politiques, la mise en place de dictateurs soutenus par l’armée, la « garde prétorienne » et la police politique n’a rien à envier aux pratiques staliniennes. On y retrouve la même organisation politico-administrative du parti unique, le recours à l’élimination des opposants, l’institutionnalisation de la torture, participent d’une même méthodologie dont les deux piliers sont la doctrine de « guerre antisubversive » et celle des « hiérarchies parallèles ».

« « Secteurs opérationnels », cela signifie « quadrillage ». « Recrutement en grand nombre », cela signifie « mobilisation populaire ». « Réduction du temps de formation », cela signifie « milices ». « Offensive médiatique », cela signifie « guerre psychologique ». »

Ce corpus doctrinaire a évolué à Djibouti vers la constitution de la doctrine de « la guerre totale ». C’est une doctrine qui vise à broyer l’homme, à le nier, à le transformer en un noeud de peurs, en une boule de nerfs, afin de le priver de tout libre arbitre. C’est une doctrine qui fait de l’homme un instrument.

La guerre totale d’IOG repose sur six grands principes :

  • le déplacement de populations à grande échelle comme c’est le cas dans la capitale pour les chasser le plus loin possible ; loin de la capitale et de ses quartiers…touristiques ;
  • le fichage systématique ;
  • la création de milices d’autodéfense dans chaque quartier sous le couvert de fausses associations et supposées ONG. Financées à partir des aides internationales détournées ;
  • l’action psychologique en créant une cohésion par la terreur ;
  • le quadrillage territorial ;
  • les hiérarchies parallèles ;
  • le chantage exercé sur la France dans l’affaire de l’assassinat du Juge Bernard Borrel.

Pour conclure, à plus de 6000 km de Djibouti on aurait tort de s’inquiéter de ce qu’il s’y passe car …au fond… « TOUT VA BIEN » !