06/06/06 (B353-A) Les milices islamiques s’emparent de Mogadiscio et promettent d’étendre leur influence à tout le pays. Gros revers pour la Maison Blanche qui avait soutenu finanicèrement (militairement ?) les chefs de milice qui ont été défaits dans la bataille. Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis perdent une bataille en Somalie !! (Deux dépêches Reuters, signalées par un lecteur)

___________________ Reuters

mardi 6 juin 2006, 16h53

Les milices qui ont pris Mogadiscio promettent un Etat islamique

MOGADISCIO (Reuters) – Le calme règne à Mogadiscio, au lendemain de la chute de la capitale somalienne aux mains de milices relevant des tribunaux islamiques, au terme de quatre mois de combats sanglants contre une coalition des chefs de guerre qui y faisaient la loi depuis 15 ans.

Les milices islamiques, qui jurent de mettre la main sur l’ensemble du pays, ont dit être prêtes à pousser leur avantage plus au nord en enlevant aussi au camp adverse la ville de Jowhar, 100 km au nord de Mogadiscio.

“Nous poursuivrons la lutte islamique en Somalie jusqu’à ce que nous obtenions un Etat islamique”, a promis le président des tribunaux islamiques de la capitale, le cheikh Chérif Ahmed, lors d’un meeting qui a réuni des centaines de personnes.

“C’est une longue lutte mais nous la poursuivrons jusqu’à ce que tout le pays tombe sous le coup de la charia”, a confié à Reuters un milicien, Fouad Ahmed, en ajoutant: “Nous sommes prêts à répandre notre sang pour le succès de la lutte.”

Mais les partisans des chefs de guerre, que les experts disent financés et conseillés par les Etats-Unis au nom de la lutte contre l’islamisme armé, n’ont pas baissé les bras: des milliers d’entre eux ont participé mardi à un meeting dans un stade du nord de la capitale.

“Nous devons continuer à combattre les terroristes à Mogadiscio. Nous resterons à Mogadiscio. Les tribunaux islamiques ne nous ne délogeront pas”, a déclaré à Reuters en marge de ce meeting un de ces chefs de guerre, Bachir Raghe.

C’est la première fois depuis le renversement du dictateur Mohamed Siad Barré, en 1991, que les chefs de guerre, qui se sont coalisés récemment au nom d’un supposé combat contre le terrorisme, sont chassés de la capitale. Plusieurs d’entre eux seraient même en fuite.

LES TALIBAN DE LA CORNE?

Le Premier ministre intérimaire somalien Mohamed Ali Gedi s’est félicité de leur défaite, parce qu'”il nuisaient à la réconciliation, la stabilisation et à la pacification de la Somalie, et les a invités à déposer les armes.

Mais ils regrouperaient au contraire leurs forces, notamment au niveau du faubourg dit du Kilomètre 4, dans l’espoir de reprendre la capitale. “Nous nous préparons à reprendre notre territoire”, a déclaré un combattant de la coalition, Ali Nour.

Selon lui, celle-ci dispose de près d’une centaine de “technicals” – ces véhicules pick-up surmontés de mitrailleuses avec lesquels les chefs de guerre faisaient la loi depuis la chute de Siad Barré.

Un habitant du Kilomètre 4, Fahran Gouré, a rapporté toutefois que le calme y régnait et que les barrages des forces de la coalition avaient disparu à la suite de l’interventions des “anciens”.

“Les forces de la coalition se sont rapprochées du Kilomètre 4 mais je ne crois pas qu’elles vont affronter la milice des tribunaux islamiques, car les anciens sont intervenus”, a-t-il dit.

“On ressent un gros changement. Il flotte un air de paix. On n’entend aucun coup de feu. C’est calme et les commerces fonctionnent. Les gens vont et viennent librement désormais”, a-t-il précisé.

Les miliciens islamistes ont annoncé qu’ils n’étaient plus qu’à 20 km au sud de Jowhar et qu’ils attendaient des ordres pour capturer capture la ville. Mais, selon un combattant de la coalition, des “anciens” sont là encore intervenus en menaçant d’organiser une farouche résistance armée.

La chute de Mogadiscio a suscité l’inquiétude à Washington où l’on craint l’installation dans la Corne de l’Afrique d’un régime islamiste qui servirait de havre à Al Qaïda, à l’instar de celui qu’avaient installé les taliban en Afghanistan.

______________________________ Reuters

Après la prise de Mogadiscio les milices progressent vers Jowhar

NAIROBI (Reuters) – Au lendemain de la prise de Mogadiscio à la coalition des chefs de guerre au terme d’une sanglante bataille de quatre mois, les milices islamiques de Somalie ont annoncé progresser vers la ville de Jowhar, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale.

“Nos forces sont dans le village de Qalimoy, 20 km au sud de Jowhar. Nous attendons juste des ordres de nos dirigeants pour la capturer”, a déclaré Siyad Mohamed, un chef de milice par téléphone de Balad, ville sur la route Mogadiscio-Jowhar tombée dimanche aux mains des forces relevant des tribunaux islamiques.

“Les tribunaux veulent capturer Jowhar. Les combats peuvent y éclater à tout moment”, a confirmé Ali Nour, un combattant de la coalition des chefs de guerre, que les experts de la région disent soutenus et conseillés par les Etats-Unis au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste.

Nour a toutefois précisé que les chefs de clans de la ville ont lancé une mise en garde aux miliciens islamiques contre toute tentative d’assaut, menaçant de lever eux aussi des miliciens pour leur faire échec s’ils persistaient dans leurs intentions.

Le Premier ministre somalien par intérim, Mohamed Ali Gedi, dont le gouvernement est basé à Baidoa, plus de 200 km au nord-ouest de Mogadiscio, faute d’avoir pu jusque-là s’imposer dans une capitale aux mains des chefs de guerre, s’est félicité de la prise de celle-ci par les milices islamiques.

INQUIETUDE A WASHINGTON

“C’est un excellent pas en avant. Il fallait s’attaquer à eux et détruire ensuite leurs forces afin de rétablir la stabilité dans la capitale (…) car ils n’étaient pas prêts pour un gouvernement, ni pour la paix. Ils nuisaient à la réconciliation, la stabilisation et à la pacification de la Somalie”, a-t-il déclaré à RFI.

Quatre chefs de guerre représentés au gouvernement intérimaire ont été limogés dimanche soir en raison de leur implication dans les combats à Mogadiscio, qui ont fait 350 morts et des centaines de blessés depuis le mois de février.

C’est la première fois depuis le renversement du dictateur Mohamed Siad Barré, en 1991, que les chefs de guerre regroupés dans une coalition qui s’est autoqualifiée antiterroriste sont délogés de la capitale et plusieurs d’entre eux seraient en fuite.

Mohamed Ali Gedi les a invités à déposer les armes, mais ils tentent actuellement de regrouper leurs forces pour tenter de reprendre la capitale, notamment la zone dite du kilomètre 4.

“Nous nous préparons à reprendre notre territoire”, a déclaré Ali Nour, précisant que les forces de la coalition disposaient de près d’une centaine de “technicals”, ces véhicules pick-up surmontés de mitrailleuses avec lesquels les chefs de guerre font la loi depuis la chute de Siad Barré.

La chute de Mogadiscio a suscité l’inquiétude à Washington où l’on craint l’installation en Somalie d’une régime islamiste qui servirait de havre à Al Qaïda à l’instar de celui qu’avaient installé les taliban en Afghanistan.

Certains analystes voient dans l’affrontement entre la coalition et les milices islamiques une guerre par procuration entre les Etats-Unis et le terrorisme islamiste, mais de nombreux somaliens ont pris parti pour les milices parce que Washington est soupçonné d’aider des chef de guerre qui saignent le pays à blanc depuis 15 ans.