27/06/06 (B356-B) L’équipe de l’ARDHD adresse tous ses voeux à la population djiboutienne à l’occasion de la fête du 27 juin. (Jean-Loup Schaal)

L’indépendance obtenue le 27 juin 1977 avait suscité un formidable enthousiasme et de grands espoirs dans la population djiboutienne.

Le système mis en place d’abord par Gouled, qui avait, quoique l’on puisse dire, une certaine légitimité dans le pays, en raison de son engagement pour l’indépendance, puis de Guelleh (lui, sans aucune légitimité, puisqu’il a volé le poste par la fraude électorale), a déçu progressivement tous les espoirs.

Certains minoritaires ont certes gagné au changement, puisqu’ils se sont enrichis sur le dos du Trésor public et des marchés, au détriment de la grande majorité des autres qui ont vu leur pouvoir d’achat diminuer d’année en année pour arriver en 2006 à l’un de ses niveaux les plus bas.

Même les services qui fonctionnaient à peu près bien, ne sont plus que des épaves agonisantes : système de santé, éducation, distribution d’eau et d’électricité, etc.

Bref l’indépendance commencée sous les espoirs aboutit 29 ans après à un véritable cauchemar et même à l’enfer pour les citoyennes et les citoyens, violés, arrêtés sans raison, torturés, incarcérés arbitrairement. Pire encore, le régime a tué par dizaine des citoyens innocents et honnêtes. Tortures et harcèlement injuste des Gadabourcis, massacres collectifs d’Arhiba I et II, Yoboki (où l’on dit que le Général Z… aurait testé des obus au phosphore contre les civils sans défense), génocides de Guestir, Aicha-Adda et Guerissa ne sont malheureusement que des exemples parmi de nombreux autres.

A titre individuel, les Djiboutiens ont aussi payé cher cette indépendance tant attendue : élimination physique de plusieurs leaders de l’opposition (Cheiko et tous ceux qui ont été victimes d’intoxication suspecte) et des témoins dans différentes affaires louches sur lesquelles plane l’ombre de Guelleh (Attentat du Café de Paris, meurtre du Juge Borrel – Ladiyeh -,etc.., grenade jetée mystérieusement le mois dernier, avenue 13).

Le constat est consternant. Le pays est asservi par une mafia composée d’obligés de Guelleh, qui sous la coupe de quelques patrons comme Ali Guelleh à l’EDD, Yacin Elmi Bouh à l’Intérieur, Haïd à la Banque centrale ou Borreh au Port (et ailleurs) dirigent le pays, promulguent des lois anti-sociales, harcèlent les syndicalistes et tentent de tromper le monde entier (FMI, OIT, etc..)

L’espoir ne peut venir que de la réaction internationale, d’un sursaut de la communauté qui balaiera les complicités secrètes et amicales entre la France et Djibouti, au motif probable de ne pas déterrer certains cadavres encombrants, enfouis dans les placards des Affaires étrangères.

A ce titre, la communication est capitale et notre Association est fier d’avoir participé depuis 1999, à cet immense effort d’information de la communauté internationale. Cet effort paye ! Chaque mois, la consultation du site de l’ARDHD est en progression et surtout, grâce à notre exemple et souvent aussi à nos conseils sous la forme d’un transfert de savoir-faire, de nombreux sites entièrement dédiés à Djibouti ont fleuri et ils sont mis à jour, permettant à chacun d’exprimer sa vision, ses orientations et son analyse.

Au total et en dépit de la censure imposée par le régime de Guelleh qui en plus de ses nombreux “crimes”, est un liberticide convaincu, l’information circule sur Internet. Elle est multi-orientation et elle permet aux lecteurs d’apprécier l’actualité sous des angles différents, ce qui est le meilleur gage d’avoir au final une vision la plus objective possible.

Nous sommes résolument optimistes pour l’avenir du pays, car le régime ne pourra plus tenir longtemps. Ses récentes gesticulades, y compris le soutien contradictoire apporté à la fois aux islamistes extrêmistes vainqueurs de la bataille de Mogadiscio et en même temps aux Américains, forcément opposés au radicalisme politico-religieux, montrent autant l’ambiguité de l’homme et de son système que son profond désarroi.

Les Américains se lassent certainement de supporter ce partenaire instable, encombrant et peu fiable (certains documents critiques émis par le Département d’Etat US en sont l’un des signes visibles). Les Français vont finir par prendre au sérieux les progrés des juges d’instruction en particulier dans l’affaire Borrel et bientôt, il ne sera même plus concevable d’apporter le moindre soutien au dictateur de pacotille.

Le fruit sera mur. Il suffira de le cueillir. Mais il faut, comme nous l’avons dit si souvent, une opposition unie autour d’un objectif essentiel : la fin du système de Guelleh et l’accord pour conduire durant une période de transition, le redressement du pays sur tous les plans : économique, social, politique, éducatif, judiciaire et sanitaire.

Nous avons une grande confiance dans la force et dans la sagesse du peuple djiboutien, qui saura convaincre les hommes politiques qui se sont levés pour le défendre, que le temps de l’union est venu et qu’ils doivent agir pour l’intérêt général durant une période de transition, en mettant en sommeil, leurs intérêts particuliers.

Bonne fête à tous et surtout conservez l’espoir et la détermination farouche pour obtenir le changement auquel vous aspirez en toute légitimité.

Jean-Loup Schaal