23/07/06 (B360) La crise en Somalie : risque d’extension du conflit et même de guerre entre l’Ethiopie et la Somalie. (Deux dépêches (info lecteur) AFP et Nouvel Obs avec Reuters et AP).

______________________________1 – AFP

Ethiopie: Addis Abeba menace d'”écraser” les islamistes somaliens
Par Abraham FISSEHA

ADDIS ABEBA (AFP) – Addis Abeba a menacé samedi d'”écraser” les islamistes somaliens tout en se disant confiant qu’ils n’oseraient pas attaquer, même si leur chef a appelé à la “guerre sainte” contre l’Ethiopie, accusée d’avoir “envahi” la Somalie.

Parallèlement, de nouveaux soldats éthiopiens sont arrivés en Somalie dans une localité située à mi-chemin entre la frontière des deux pays et Baïdoa (250 km au nord-ouest de Mogadiscio), siège du gouvernement de transition somalien qu’Addis Abeba s’est engagé à défendre contre toute attaque des milices islamistes, ont indiqué des habitants de la localité, Wajid, joints par l’AFP.

“Je pense qu’ils (les islamistes somaliens) n’oseront rien faire, car ils savent qu’il y a une force (NDLR: l’armée éthiopienne) capable de faire ce qu’elle a dit, une force capable d’écraser quiconque, au sens propre du terme”, a déclaré sous couvert d’anonymat un haut-responsable gouvernemental éthiopien, interrogé par l’AFP à Addis Abeba.

“L’Ethiopie a fait savoir clairement à plusieurs reprises qu’il y a une frontière qu’ils (les islamistes somaliens) ne doivent pas franchir. S’ils le font, ils seront écrasés”, a insisté cette source.

L’Ethiopie, qui possède une des armées les plus aguerries et les mieux équipées d’Afrique, joue un rôle politique prépondérant en Somalie, pays morcelé par 15 ans de guerre civile.

Addis Abeba a déjà ouvertement fait part de son inquiétude sur la progression des islamistes, qui ont pris le contrôle en juin de Mogadiscio et d’une partie du pays après avoir défait des chefs de guerre soutenus par les Etats-Unis dans le cadre des opérations antiterroristes. Washington accuse les islamistes d’abriter des membres d’Al-Qaïda.

Vendredi, le chef des islamistes somaliens, cheikh Hassan Dahir Aweys, a appelé les Somaliens à la “guerre sainte” contre l’Ethiopie, accusant l’armée d’Addis Abeba d’avoir “envahi” la Somalie.

“Les Ethiopiens ont envahi notre pays et nous devons les forcer à le quitter et cela sera une guerre sainte”, a affirmé dans un message sur une radio de Mogadiscio le chef du Conseil suprême islamique de Somalie (SICS), qualifié de terroriste par les Etats-Unis et qui réside dans sa région natale de Galgadud (centre).

Tôt samedi, environ 250 soldats éthiopiens sont arrivés à Wajid (100 km au nord de Baïdoa) avec de l’armement lourd, selon des habitants. “Les Ethiopiens sont arrivés à bord de 30 véhicules”, a expliqué l’un d’eux, Ahmed Issa. Wajid se trouve sur l’un des axes routiers reliant l’Ethiopie à Baïdoa.

Un représentant de l’administration locale a toutefois démenti, sous couvert d’anonymat, la présence de soldats éthiopiens dans Wajid.

Les gouvernements éthiopien et somalien ont également démenti toute présence militaire éthiopienne en Somalie, pourtant confirmée depuis jeudi par de nombreux témoignages d’habitants.

Le gouvernement de transition avait accusé mercredi les islamistes de préparer une offensive contre Baïdoa, après une incursion de miliciens dans une localité située à une quarantaine de km de la ville.

Les islamistes, qui se sont repliés de cette localité, ont nié toute intention belliqueuse et ont accusé à leur tour le gouvernement de chercher une intervention militaire éthiopienne.

Les islamistes, qui veulent instaurer la loi coranique (charia) en Somalie, et le gouvernement de transition, impuissant à établir son autorité depuis sa création en 2004, ont signé le 22 juin à Khartoum un accord de cessation des hostilités et de reconnaissance mutuelle.

Samedi, le gouvernement de transition somalien a conditionné toute négociation à “une garantie internationale” sur l’application des décisions de tels pourparlers. Le gouvernement a justifié cette exigence par le caractère “imprévisible” des islamistes qui ont violé selon lui l’accord de Khartoum.

___________________________ 2 – Nouvel Obs

Après un échec des pourparlers, les milices islamistes se préparent à affronter les soldats éthiopiens venus soutenir le gouvernement somalien.

Des soldats éthiopiens ont débarqué samedi 22 juillet sur une base aérienne de Somalie tandis que les islamistes qui tiennent Mogadiscio refusaient de poursuivre des pourparlers avec le gouvernement intérimaire, accroissant le risque de voir le pays basculer dans la guerre.

Des témoins ont signalé ces derniers jours des mouvements de troupes éthiopiennes mobilisées pour défendre le gouvernement intérimaire retranché dans sa base provinciale de Baïdoa, dont s’approchent des miliciens islamistes.

A Wajid, dans le sud-ouest de la Somalie, habitants et représentants de l’aide humanitaire ont rapporté que des soldats éthiopiens avaient soustrait l’aéroport local, durant la nuit, au contrôle d’hommes armés au service des autorités locales.
Deux hélicoptères ont ensuite débarqué des troupes éthiopiennes sur la base samedi après-midi, ont-ils dit.

Au bord d’un conflit armé

Des diplomates craignent que la Somalie ne soit au bord d’un conflit armé d’envergure, les miliciens islamistes ayant resserré leur étau sur Baïdoa cette semaine.

Les dirigeants islamistes, qui prêchent la guerre sainte, ont engagé la population somalienne à se préparer à un affrontement contre les troupes éthiopiennes. De son côté, Addis-Abeba menace d’écraser toute attaque contre le gouvernement du président Abdullahi Yusuf, son allié.

L’espoir d’un règlement diplomatique rapide s’est dissipé avec l’annonce de la suspension d’une seconde série de négociations entre le gouvernement et les islamistes à Khartoum, la capitale soudanaise.

“Nous ne négocions pas avec un gouvernement qui reçoit l’aide de l’ennemi de la Somalie”, a dit le cheikh Sharif Ahmed, l’un des dirigeants de l’Union des tribunaux islamiques (UTI), dans une lettre aux délégués islamistes présents à Khartoum.

Le gouvernement n’a fait aucun commentaire jusqu’ici.

Création d’une “Grande Somalie” ?

L’Ethiopie, où prévaut la tradition chrétienne, redoute l’avènement d’un Etat islamique à sa frontière et, plus encore, une aspiration possible à la création d’une “Grande Somalie” qui engloberait la région éthiopienne de l’Ogaden, où l’ethnie somalie est majoritaire.

Selon des analystes, l’Ethiopie, puissance dominante de la Corne de l’Afrique, a envoyé près de 5.000 soldats en Somalie et masse d’autres troupes sur la frontière commune pour dissuader les islamistes de tenter de nouvelles avancées.

De source proche du gouvernement somalien, on reconnaît la présence de soldats éthiopiens sur le territoire national.

“Ils sont là, mais pas en aussi grand nombre qu’on le dit. Croyez-moi, si les islamistes attaquent, ils arriveront”, a-t-on dit de même source. “Notre armée nationale n’est pas encore sur pied et ils ont beaucoup de miliciens, il nous faut donc une assistance.”

Mouvements de troupes

Selon plusieurs habitants de Baïdoa, d’autres soldats et blindés sont arrivés d’Ethiopie dans la nuit pour protéger le parlement, le palais présidentiel et l’aéroport de la ville.

“Dix autres véhicules militaires éthiopiens sont arrivés cette nuit avec environ 300 soldats”, a déclaré Abdirizak Adan, ancien milicien. “Les soldats éthiopiens ont changé d’uniforme, ils portent maintenant les mêmes vêtements que les soldats de l’armée gouvernementale somalienne.”

Le gouvernement a décrété un couvre-feu à Baïdoa il y a trois jours, a rapporté Adan.

Selon des habitants, une cinquantaine de pick-up équipés d’armes lourdes ont quitté Mogadiscio, bastion des islamistes qui en ont pris le contrôle le mois dernier en en chassant des chefs de guerre appuyés par les Etats-Unis.

Les miliciens, qui ont reçu l’appoint de rebelles érythréens et éthiopiens, font route vers Baïdoa et Buur Hakaba, ville située à une distance de 60 km.

Les informations sur les mouvements de troupes n’ont pu être confirmées de source indépendante.