19/08/06 (B363-A) Affaire Borrel – On accepte d’un menteur qu’il fasse illusion pour “amuser la galerie” mais certes pas lorsqu’il a donné ordre d’assassiner la Justice ! (Bouh Warsama)

Le falsificateur de toute vérité qui le dérange et le met au pied du mur fait usage de mots erronés et artificiels pour faire que l’irréel apparaisse réel et agit en sorte que le tangible et l’existant n’apparaissent pas sous leur vrai jour.


Roger Picon

Ismaïl Omar Guelleh dit, par exemple ; «Je n’ai rien à voir dans l’affaire Bernard Borrel» sans s’expliquer car considérant qu’il est en droit de ne pas le faire ; ce en quoi il a tort car donnant le sentiment auprès de l’opinion publique qu’il est au dessus de toutes les lois, djiboutiennes et françaises, bénéficiant de l’immunité la plus totale.

Souvenons-nous qu’en des temps pas si lointains et lors d’une conférence à Paris, il refusa de répondre aux questions dérangeantes posées par la presse française ; il fit retirer aussitôt son micro au journaliste concerné et quitta les lieux.

Aveu sur son état et sur ce que les témoignages multiples confirment dans l’enquête de justice, «implication évidente» serait la désignation la plus correcte et objective qu’il soit.

Avec le temps chacun/chacune s’est fait une opinion bien précise car d’évidence toutes ses tentatives de subornation de témoins, de chantage vis-à-vis de la justice qui souhaite l’entendre à Paris, ses fuites précipitées…, les morts liés à cette affaire et qui se sont succédés depuis octobre 1995, ses menaces multiples et directes à l’encontre des témoins de l’accusation sont autant d’éléments qui ont interpellé les consciences depuis des années et forgé depuis leur opinion.

Quelle soit djiboutienne ou étrangère, l’opinion ne lui accorde plus sa confiance et par là la société djiboutienne l’exclura dès qu’elle sera assez forte et en mesure de le faire. Devançant en cela de plusieurs longueurs Paris et son « intelligentsia » constituée des conseillers élyséens qui ont fait en Ismaïl Omar Guelleh un mauvais « placement » ; misant sur le mauvais canasson dans le grand steeple-chase (coopérant…) de l’après Gouled et qui doivent vraisemblablement aujourd’hui s’en mordre les doigts.

On accepte d’un menteur qu’il fasse illusion pour “amuser la galerie” mais certes pas lorsqu’il a donné ordre d’assassiner la Justice !

De manière générale, hommes ou femmes fuient moins l’idée d’être trompés que le fait de subir un dommage par la tromperie ; encore faut-il que ce dommage soit très relatif. Au fond, à ce niveau, ils/elles ne haïssent donc pas l’illusion, mais les conséquences fâcheuses et hostiles de certaines sortes d’illusions car – en l’espèce – ce n’est point un petit délit couvert par le « diplomatiquement correct », un larcin de quelques millions d’€ ou d’USD ou un dessous de table dont il s’agit mais de la mort d’un homme ; d’un crime prémédité et perpétré dont la victime est la Justice. C’est d’un magistrat dont il est question.

Djibouti ou le désordre institutionnel le plus total

Les mensonges et les manoeuvres dilatoires que n’a de cesse d’accumuler l’Etat djiboutien actuel dans cette affaire sont déconcertants. En s’y prenant bien mal, il tente de mettre la logique en déroute et agace l’esprit critique tout en s’asseyant sur les vérités.

La contestation d’une vérité établie par la révélation de faits nouveaux dans l’affaire Borrel (dont la découverte de trois ADN différents sur les vêtements du juge assassiné) devait naturellement entraîner un temps de réflexion « diplomatique » au plus haut sommet du Palais de l’Escale, même si la vérité paraît incontestable.

Point de cela ! C’est dans un désordre institutionnel le plus total que le Procureur Djama Souleïman Ali est monté au créneau – en lieu et place du président djiboutien – pour nous annoncer dans d’inintelligibles bafouillements qu’il mettait un terme à la convention d’entraide judiciaire en matière pénale passée entre la France et Djibouti le 27 septembre 1986.

Le territoire de la Justice, lorsque le menteur y pénètre, n’est plus le lieu de la recherche mais celui de la tentative de manipulation.

Souvenons-nous que le génocide lancé contre les Afars fut et demeure un crime protégé par le mensonge, accompli dans le mensonge et garanti d’impunité par la remarquable duplicité de ses « donneurs d’ordres ».

Ils ont fourni à leurs complices toutes les armes pour assurer leur défense.

Ils ont permis à Ismaïl Omar Guelleh de pratiquer une stratégie de la dissuasion et du chantage politique international par retournement du vrai en faux.

Dans de telles conditions, le débat est exclu. Comme le furent en un temps passé l’Etat Major des FFDJ, le journaliste d’investigation est malmené par le bonimenteur. Il croit s’engager dans une controverse politique et se trouve précipité dans un conflit dont l’enjeu est exclusivement l’intérêt de quelques-uns au sein du pouvoir et dans sa périphérie s’appuyant sur un tribalisme qui n’a pas lieu d’être mais qu’ils entretiennent.

Il en va ainsi lorsqu’un système tyrannique – en règle générale un Etat, avec les moyens de pression dont il dispose – ordonne à sa propagande de démolir une thèse qui le dérange, de la même manière qu’un chef ordonnait à ses officiers d’anéantir l’ennemi Afar… ; vieillards, femmes et enfants à l’aide de bombes au phoshore.

C’est une pratique courante dans de tels régimes totalitaires. Elle consiste à utiliser les compétences professionnelles de « conseillers » pour qu’ils construisent une nouvelle vision – une re-vision — d’événements historiques en fonction de conclusions préétablies.

C’est ainsi, qu’au gré des changements politiques et des humeurs de l’« Egocrate » les historiens de la période stalinienne réécrivirent l’histoire de la Russie et de la Révolution bolchevique en supprimant des faits ou des acteurs essentiels et en majorant le rôle pourtant insignifiant d’autres personnages.

A l’image de ce que fut l’URSS sous Staline, l’Etat djiboutien institue des formes de laboratoires de désinformation où opèrent des techniciens confirmés – souvent étrangers – qui, sans avoir de connaissances solides sur l’histoire du pays, fabriquent des contrevérités bien approximatives pour ébranler les convictions des profanes capables d’apporter des arguments pour nourrir la controverse. Oui mais voilà, il faudrait à ces profanes et aux journalistes d’investigation de la presse libre le droit de poser des questions qui pourraient déranger et d’obtenir des réponses ; ce qu’il n’ont pas et n’auront pas !.

Cette pratique de l’Etat djiboutien actuel exige des outils qui sont la gomme, le tamis et le laminoir. La gomme efface les faits et les personnages qui dérangent : les faits n’ont pas eu lieu, les personnages n’ont pas existé ou sont décédés ; toujours de « mort naturelle » comme Mohamed Djama Elabeh et tant d’autres. Le tamis assure un filtrage des informations dans lesquelles seules sont retenues celles qui accréditent la vérité officielle glorifiant à l’extrême le tyran en place ; les autres sont détruites, dissimulées, et lorsqu’elles arrivent à émerger on les falsifie.

En effet, si elles ont déjà été livrées à l’opinion publique et qu’elles ne peuvent donc être ignorées, le travail de désinformation consiste à prouver que ce sont de fausses informations.

Le laminoir, enfin, tente de broyer les arguments des contradicteurs et les réduit en charpie, et parfois même les contradicteurs eux-mêmes ; notamment lors de leur passage dans la sinistre prison de Gabode.

La compétence de ces « désinformateurs professionnels » n’est pas en cause : seule leur conscience l’est. L’homme/femme « aux ordres du tyran » est un menteur professionnel fort bien rémunéré ou un imbécile abusé par sa ferveur politique : il n’y a pas d’autre alternative et la première situation est de loin la plus fréquente. Le « désinformateur professionnel aux ordres » a pour mission de détourner ses compétences de leur fonction naturelle, le service de la vérité, pour parvenir à prouver au besoin n’importe quoi.

Le faux devient parfois difficilement décelable lorsqu’il s’agit de vrais documents établis sur de faux événements, c’est-à-dire lorsqu’un organisme gouvernemental tel l’Etat djiboutien dirigé par Ismaïl Omar Guelleh qui dispose de TOUS les pouvoirs, en même temps qu’il ordonne secrètement un meurtre, bénéficie de complicités étrangères destinées à le « couvrir », fabrique de faux témoignages et distribue des « immunités diplomatiques » à tous les « témoins assistés », convoqués par la justice française.

La « diplomatie » est un art subtil, fait d’échanges de masques si rapides qu’on ne parvient pas à saisir le vrai visage de celui qui commande, parle ou qui écrit, de celui qui soutient sa justice et l’émergence de la vérité ou tente de la faire taire … par tous les moyens.