13/11/06 (B369) Somalie: les islamistes avancent encore dans le centre du pays Les islamistes de Somalie ont poussé encore leur avancée dimanche, en prenant une nouvelle localité dans le centre du pays, dans une opération qui a fait au moins treize morts, selon des témoins.(Jeune Afrique / Info lecteur)

Les islamistes
ont pris Bandiradley à un chef de guerre allié au gouvernement
de transition, dans la région de Mudug, à 700 km au nord de
Mogadiscio. C’est l’extrême nord de la partie du pays qu’ils contrôlent
déjà, non loin de la frontière éthiopienne et
à moins de 100 km de l’enclave semi-autonome du Puntland, qui a déjà
annoncé qu’elle s’opposerait à leur avance.

La veille,
le fragile gouvernement de transition somalien avait rejeté un accord
conclu entre les islamistes et le président du Parlement somalien,
l’influent Sharif Hassan Sheikh Aden, pour l’ouverture de nouveaux pourparlers
de paix intersomaliens. Le mouvement islamiste en Somalie a entamé
en 2006 une montée en puissance qui lui assure maintenant le contrôle
d’un bon tiers du pays, à commencer par la capitale, Mogadiscio, et
une longue zone côtière.

La Somalie
est en guerre civile depuis 1991. Les institutions de transition, mises en
place en 2004 avec le soutien actif de la communauté internationale,
n’ont pu s’imposer jusqu’ici, d’abord face aux chefs de guerre puis devant
la poussée des islamistes. “Nous avons pris le contrôle
de Bandiradley, après de lourds combats”, a confirmé le
porte-parole des islamistes de la région de Mudug, Mohamed Mohamud
Jama.

“Nous
poursuivons notre avance”, a-t-il ajouté, joint au téléphone
à Bandiradley, où des habitants ont indiqué que les combats
avaient fait au moins 13 morts, cinq islamistes et huit défenseurs
de la ville, fidèles à Abdi Hassan Awale Qeybdiid, un ancien
chef de guerre de Mogadiscio établi sur place. Un officier de la milice
d’Abdi Hassan Awale Qeybdiid a admis un mouvement de “retraite”,
affirmant toutefois qu’il n’était que tactique.

“Ils
ont attaqué nos bases autour de l’aérodrome de Bandiradley et
nous avons battu légèrement en retraite de la zone, bien que
nous n’ayons pas perdu la bataille”, a déclaré le commandant
Said Dhegoweyne, joint lui aussi au téléphone. Il a ajouté
que son camp avait subi des pertes humaines, sans les chiffrer.

Qeybdiid,
un ancien de l’alliance de chefs de guerre de Mogadiscio favorables aux Etats-Unis
et chassés de la capitale par les islamistes en juin dernier, a l’appui
du gouvernement somalien de transition, du Puntland et de l’Ethiopie voisine.
Des escarmouches avaient commencé lundi dernier autour de Bandiradley,
quand les partisans de Qeybdiid avaient attaqué des islamistes qui
arrivaient dans le secteur. Ils avaient annoncé en avoir blessé
deux et capturé sept.

Les hommes
de Qeybdiid ont également perdu dimanche sept auto-mitrailleuses légères
et deux vieux chars de combat, ont précisé deux habitants de
Bandiradley témoins des combats, Mohamed Abdulahi et Ali Idris. Qeybdiid
avait reçu ces tanks du Puntland, selon des habitants de la ville,
mais Mohamed Mohamud Jama affirme qu’ils lui ont été donnés
par l’Ethiopie, que les islamistes accusent d’avoir envoyé d’importants
contingents militaires en Somalie. Addis Abeba maintient n’avoir envoyé
en Somalie que des conseillers militaires, et non des troupes de combat.

La montée
en puissance des islamistes entretient les tensions dans la région
de la Corne de l’Afrique, où la Somalie focalise le contentieux qui
subsiste entre l’Ethiopie et l’Erythrée depuis la guerre frontalière
qui les a opposées de 1998 à 2000. L’Ethiopie, accusée
d’interventionnisme par les islamistes somaliens, accuse elle-même l’Erythrée
d’organiser en Somalie un front commun rassemblant notamment des mouvements
autonomistes éthiopiens, et d’y soutenir militairement les islamistes,
ce qu’Asmara nie en bloc.