29/03/07 (B388-B) REUTERS / Violente opération anti-insurgés à Mogadiscio (Info lectrice)

MOGADISCIO (Reuters)
– Chars et hélicoptères ont pilonné des positions rebelles
à Mogadiscio, où l’armée somalienne et ses alliés
éthiopiens ont lancé une opération d’envergure pour mettre
fin à une insurrection sanglante.

Onze personnes au moins ont été tuées, mais des habitants
s’attendent à un bilan beaucoup plus lourd en évoquant des scènes
de carnage choquantes même à l’aune des violences locales.

“Des patients arrivent toutes les minutes, c’est trop !”, a déclaré
par téléphone à Reuters un médecin de l’hôpital
Madina.

“Nous avons reçu 50 patients avec des blessures dues à
des armes et trois sont morts ici, dont un garçon de dix ans.”

Plusieurs hélicoptères de combat éthiopiens ont procédé
à des tirs de roquettes pour la première fois dans les combats
qui gagnent en intensité depuis quelques mois à Mogadiscio,
ont rapporté des journalistes de Reuters.

Les forces gouvernementales et éthiopiennes affrontent des islamistes
évincés de Mogadiscio au tournant de l’année et des miliciens
de clan qui contrôlaient naguère la capitale côtière
livrée à l’anarchie depuis le début des années
1990.
Dans le chaos, un obus de mortier s’est écrasé sur une mosquée,
tuant un petit garçon et décapitant un adolescent.

“Mes enfants s’étaient réfugiés dans une mosquée
lorsqu’elle a été touchée par un obus de mortier. Mon
fils est mort et ma fille a perdu les orteils d’un pied”, a déclaré
à Reuters, la voix brisée, un policier local du nom de Hashim
Hussein.

Un autre tir de mortier a atteint un réservoir de carburant, provoquant
un énorme incendie dans lequel ont été pris un gardien
et un propriétaire de camions.

Rompant un fragile cessez-le-feu observé depuis le week-end, les soldats
éthiopiens et somaliens ont déclenché des attaques à
l’aube dans la zone de Ramadan, bastion de l’insurrection dans le nord de
Mogadiscio, autour du principal stade de football et dans d’autres parties
de la ville.

TRÊVE DE COURTE DUREE

“Je n’ai jamais rien vu de pareil”, a dit un habitant terrifié,
Hussein Haji. “Dès que les Ethiopiens font usage de leurs gros
canons, toutes mes fenêtres et mes portes se mettent à vibrer.”

Explosions et tirs d’armes à feu ont retenti dans les rues de l’aube
à midi, ce qui a renvoyé les habitants chez eux.

“En début de matinée, les forces gouvernementales et éthiopiennes
nous ont attaqués à l’hôtel Ramadan”, a dit par téléphone
à Reuters un islamiste engagé dans les combats.

La station de radio privée Shabelle a rapporté que onze personnes,
en majorité des civils, avaient été tuées jeudi
par des balles perdues. Elle a fait état de deux chars détruits.

“Les forces éthiopiennes, qui rencontrent maintenant une forte
résistance, continuent à pilonner des objectifs sélectionnés
chez les insurgés, a-t-elle dit. Deux hélicoptères de
combat se sont mis à bombarder des positions tenues par les rebelles
dans la capitale.”

Des journalistes de Reuters, bloqués par les combats dans leurs immeubles,
ont vu des hélicoptères ouvrir le feu et une épaisse
fumée s’élever tandis que des tirs et des explosions se succédaient
à travers la ville.

Les forces éthiopiennes avaient négocié le week-end dernier
un cessez-le-feu avec le clan Hawiye, majoritaire dans la capitale, après
une semaine durant laquelle une vingtaine de personnes ont été
tuées. Des corps de soldats ont été traînés
dans les rues et un avion, apparemment touché par un missile, s’est
écrasé.

Ces combats étaient les plus violents depuis l’éviction de l’Union
des tribunaux islamiques (UTI) de Mogadiscio, qui a permis de transférer
dans la capitale le gouvernement intérimaire du président Abdullahi
Yusuf.

Il s’agit de la 14e tentative de rétablissement d’un pouvoir central
en Somalie depuis 1991.

L’Union africaine a dépêché 1.200 “casques verts”
dans le pays, mais ce contingent a aussi été pris pour cible
par les insurgés. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
a estimé jeudi à 57.000 le nombre de personnes qui ont fui Mogadiscio
depuis février, dont 12.000 la semaine dernière.