21/04/07 (B392-A) AFP : Affaire Borrel / après le quai d’Orsay, les juges perquisitionnent à la Chancellerie

PARIS (AFP) – Les deux juges chargées
d’enquêter sur d’éventuelles pressions sur la justice dans le
dossier du juge Borrel, mort en 1995 à Djibouti, ont perquisitionné
vendredi au ministère de la Justice après avoir fait de même
la veille au ministère des Affaires étrangères.

Cette perquisition a pris fin peu avant 22H30, soit douze d’heures après
l’arrivée Place Vendôme de l’équipe menée par les
juges Fabienne Pous et Michèle Ganascia, a-t-on indiqué à
la Chancellerie, sans préciser quels documents ou matériels
étaient visés par les investigations.

Ce n’est pas la première fois que le ministère de référence
de la magistrature est ainsi visité. Un juge parisien avait notamment
déjà perquisitionné place Vendôme en mai 2001 pour
y saisir le dossier disciplinaire d’un magistrat.

Mais ce déplacement spectaculaire, à deux jours du premier
tour de la présidentielle, apparaît comme une manifestation d’indépendance
des juges dans un dossier sensible portant sur d’éventuelles pressions
du politique sur la justice dans une enquête sur l’assassinat d’un magistrat.

Cette perquisition “est la preuve de
l’indépendance de la justice”, s’est félicité le
Syndicat de la magistrature (SM, gauche) expliquant qu’elle avait pour but
de “chercher des documents (…) pour savoir qui a bloqué l’affaire
Borrel (…), qui a fait obstacle à la manifestation de la vérité”.

“Ce n’est pas parce qu’on est en pleine campagne présidentielle
(…) que la justice devrait s’arrêter de fonctionner”, a estimé
l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).

Les deux magistrates, Fabienne Pous, doyenne des juges d’instruction, et Michèle
Ganascia, instruisent une plainte pour “pression sur la justice”
de la veuve du juge, Elisabeth Borrel.

Comme la veille au Quai d’Orsay, où de nombreux documents et
des copies informatiques avaient été emportés, elles
étaient accompagnées par deux greffiers, deux experts informatiques
et trois policiers.

Leur visite de vendredi a concerné le cabinet du garde des Sceaux mais
aussi la direction des Affaires criminelles et des Grâces (DACG), a-t-on
souligné de source proche du dossier.

Le juge Borrel avait été retrouvé mort en 1995, le corps
à demi-calciné, au pied d’un ravin. Djibouti a conclu à
un suicide mais l’enquête française privilégie la thèse
d’un assassinat.

Dans ce qui peut être considéré comme une affaire dans
l’affaire, Mmes Pous et Ganascia enquêtent sur le processus décisionnel
ayant mené début 2005 à une déclaration officielle
du Quai d’Orsay, assurant qu’une copie du dossier d’instruction relatif au
décès du juge Borrel serait “prochainement transmise à
la justice djiboutienne” qui en avait fait la demande.

Quelques jours plus tard, la juge Sophie Clément, en charge du dossier,
refusera cette transmission estimant qu’elle avait “pour unique but de
prendre connaissance (…) de pièces mettant en cause le procureur
de Djibouti”.

La juge Clément a délivré, en octobre 2006, des
mandats d’arrêts contre le procureur et le chef des services secrets
de Djibouti pour une éventuelle “subornation de témoins”
dans l’enquête sur la mort du juge.

Interrogé le 21 mars dernier par les juges Pous et Ganascia, Hervé
Ladsous a affirmé s’être borné à publier un communiqué
préparé par le cabinet du ministre de la Justice, Dominique
Perben, à l’époque dirigé par l’actuel procureur général
de Paris, Laurent Le Mesle.

“Il y a visiblement quelqu’un qui a fait une grosse boulette à
la Chancellerie”, a notamment déclaré M. Ladsous aux juges,
selon le Canard enchaîné.