15/06/07 (B399) Nouvel Obs : la veuve du juge Borrel sera reçue à l’Elysée (Info lectrice)

Elisabeth Borrel sera reçue à l’Elysée, mais pas nécessairement par Nicolas Sarkozy.

La veuve du juge assassiné avait demandé une audience au président pour garantir l’indépendance de la justice pour que “soient connus et punis les assassins” de son mari.

Elisabeth Borrel, veuve du juge mort en 1995 à Djibouti, sera reçue à l’Elysée, mais pas nécessairement par le chef de l’Etat, qui “salue son courage” et “veillera à ce que la justice puisse passer en toute indépendance”, selon l’Elysée mercredi 13 juin.

Elisabeth Borrel avait lancé, mercredi à Paris, un appel à Nicolas Sarkozy pour qu’il fasse respecter l’indépendance de la justice dans l’enquête sur les circonstances du décès de son mari, après la publication de documents montrant des interventions politiques présumées dans ce dossier.

Devant la presse, Elisabeth Borrel a lu la lettre qu’elle a adressée à Nicolas Sarkozy. “En votre qualité de Chef de l’Etat Français et Président du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), garant à la fois de la souveraineté de la France (…) et de l’indépendance de l’autorité judiciaire, je vous demande de prendre auprès de moi l’engagement de faire respecter les principes qui seuls permettront l’aboutissement de mon combat pour que soient connus et punis les assassins de mon mari”, a-t-elle déclaré. Les deux avocats de la veuve du juge, Mes Olivier Morice et Laurent De Caunes, étaient présents lors de la conférence de presse.

Demande d’audience

La magistrate a demandé à être reçue par Nicolas Sarkozy auquel elle réclame “l’assurance que l’Etat français demandera à la Cour internationale de Justice de (l’) entendre comme témoin dans la procédure en cours devant elle”.

Par ailleurs, elle a saisi la présidente de la CIJ, Rosalyn Higgins, en lui demandant un entretien.

Soutenue par le SM

David de Pas, secrétaire général adjoint du syndicat de la magistrature (SM-gauche), a annoncé mercredi à la presse avoir demandé à la garde des Sceaux de recevoir Elisabeth Borrel à la Chancellerie.

“Le syndicat de la magistrature a demandé à la garde des Sceaux de recevoir Mme Borrel et ses avocats”, a expliqué David de Pas lors d’un point presse organisé à Paris par Elisabeth Borrel et ses avocats, en précisant qu’aucun ministre de la justice n’avait reçu cette magistrate depuis la mort de son mari en 1995 à Djibouti.

Le représentant de ce syndicat, partie civile dans le dossier Borrel, a également souhaité que “la garde des Sceaux fasse en sorte que ses services adoptent un langage moins ambigu sur les circonstances de la mort de Bernard Borrel”, et disent clairement que ce juge “a été assassiné”.

Indépendance de la justice

Le SM s’est également inquiété de l’absence de réaction de la Chancellerie, alors occupée par Pascal Clément, après le refus des gendarmes d’assister des juges d’instruction lors de perquisitions réalisées mi-avril au quai d’Orsay et à la Chancellerie en marge de l’affaire Borrel. Il a indiqué qu’il allait écrire au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) à ce propos.

“L’indépendance de la justice n’est pas garantie si l’on tolère que des officiers de police judiciaires (OPJ) décident eux-mêmes de l’opportunité des perquisitions, contre les voeux des magistrats en charge d’une enquête”, a estimé David de Pas.

Le SM, qui ne peut pas directement saisir le CSM, compte malgré tout l’interroger également sur le rôle joué par Jacques Chirac dans l’affaire Borrel.
“Comment est-il possible de garantir l’indépendance de la magistrature lorsque le président de la République, gardien de cette indépendance, est susceptible d’avoir œuvré contre l’intérêt de l’enquête”, s’est-il interrogé.

La CIJ saisie

Djibouti a saisi, le 12 janvier 2006, la CIJ contre la France pour avoir manqué à ses devoirs d’entraide judiciaire en refusant de lui transmettre une copie du dossier d’enquête judiciaire français sur la mort du juge dans lequel des personnalités djiboutiennes sont mises en cause, dont le président Ismaël Omar Guelleh.

Plusieurs documents, saisis par des juges au Quai d’Orsay et à la Chancellerie, suggèrent que l’Etat français a tout fait pour répondre aux exigences des autorités djiboutiennes et sauvegarder ainsi ses intérêts économiques et militaires dans le pays.

Bernard Borrel avait été retrouvé mort en 1995, le corps à demi-calciné, au pied d’un ravin. Djibouti a conclu à un suicide mais l’enquête française privilégie désormais la thèse de l’assassinat.