30/08/07 (B410) REUTERS : Le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh a accusé mercredi la justice française de politiser l’enquête sur la mort, il y a 12 ans à Djibouti, du juge français Bernard Borrel. (Sous la plume de Jack Kimball – Info lecteur)

Un juge d’instruction de Versailles a ordonné le 20 août le procès de deux proches collaborateurs de Guelleh pour “subornation de témoins”, en marge du dossier concernant la mort de Bernard Borrel, coopérant français et conseiller technique au ministère djiboutien de la Justice dont le corps carbonisé a été découvert en 1995.

“Les autorités françaises politisent ce cas sans oser le porter en justice (…) S’ils ont des preuves, que cette question soit portée en justice”, a dit Guelleh dans un entretien accordé à Reuters.

Les autorités de Djibouti avaient conclu à un suicide de Borrel, mais le scénario d’un assassinat est désormais retenu par la justice française sur la base d’expertises médico-légales.

Un magistrat français a souhaité cette année interroger le président Guelleh, qui à l’époque de la mort du juge Borrel était directeur de cabinet du chef de l’Etat de l’époque, Hassan Gouled Aptidon. Mais en tant que président en exercice, Guelleh ne peut être contraint à témoigner.

Des mandats d’arrêt internationaux ont été délivrés en octobre dernier à l’encontre de deux collaborateurs de Guelleh: le procureur général Djama Souleiman Ali et le chef des services secrets Hassan Saïd Khaireh.

Leur avocat, Me Francis Szpiner, a fait savoir lundi qu’aucun d’entre eux ne se présenterait au procès, ce qui signifie qu’ils seront jugés en leur absence.

“Le dossier est vide”, a assuré mercredi Guelleh. “Ils (les magistrats) veulent créer des problèmes entre les deux gouvernements”.

PIRATERIE

L’affaire Borrel est sensible en France parce que l’ancien Territoire français des Afars et des Issas (TFAI) abrite l’une des plus grandes bases militaires françaises en Afrique. Elle entraîne en outre de nouvelles tensions entre Paris et un pays d’Afrique francophone.

Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec Paris l’an dernier à la suite de la publication, en novembre, d’une ordonnance du juge français Jean-Louis Bruguière concluant que le président rwandais Paul Kagame, qui dirigeait à l’époque un mouvement de guérilla opposé au pouvoir hutu en place, avait, avec certains de ses lieutenants, planifié l’attentat qui a coûté la vie à son prédécesseur, Juvénal Habyarimana, en avril 1994.

Le président Guelleh a minimisé les risques de voir son pays devenir la cible d’attentats parce qu’il abrite de grandes bases militaires américaine et française.

Des attentats sont possibles, a-t-il dit, “mais nous sommes prudents et vigilants (…)

Q : Pensez-vous que des insurgés somaliens sont capable d’aller dans un autre pays et d’attaquer des Américains ou des Français ?

Je ne le pense pas”.

Il a aussi rejeté l’hypothèse d’un lien entre les rebelles somaliens et Al Qaïda.

Il a souligné que les nombreux militaires déployés en Somalie n’avaient rien trouvé. “Ni Al Qaïda, ni aucun terroriste international”.

Mais le président djiboutien s’inquiète de la recrudescence de la piraterie au large des côtes somaliennes depuis l’éviction de Mogadiscio des milices islamistes au début de l’année.

Le port de Djibouti se situe sur le détroit stratégique de Bab al Mandab.

Mardi, un bateau danois et son équipage sont arrivés à Djibouti après avoir été retenus pendant 83 jours par des pirates somaliens.