02/09/07 (B411) JDD : Borrel : Guelleh dans la mire (Info lectrice)

Par Grégory BLACHIER

Deux proches du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh ont été renvoyés en correctionnelle par la justice française, dans le cadre de l’enquête pour “subornation de témoin” dans l’affaire Borrel. Les convocations du procureur général de Djibouti et du chef des services secrets confortent la veuve de Bernard Borrel, qui accuse Guelleh d’avoir commandité l’assassinat de son époux.

Une première victoire judiciaire”: Mardi, l’avocat d’Elisabeth Borrel, veuve du magistrat français Bernard Borrel, retrouvé mort en octobre 1995 à Djibouti, s’est félicité du renvoi en justice de deux personnalités de premier plan. Par ordonnance du 20 août, le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman Ali, et le chef des services secrets, Hassan Saïd Khaireh, ont été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Versailles, dans le cadre de l’enquête pour “subornation de témoin” parallèle à celle qui vise à déterminer les causes et les responsabilités dans la mort du juge.

Le dossier instruit à Versailles concerne des tentatives de pression sur un témoin, Mohamed Saleh Alhoumekani, qui dit avoir entendu, dans la nuit du 19 au 20 octobre 1995, à une conversation sur l’élimination d’un “juge fouineur”. Selon lui, plusieurs officiels, dont Ismaël Omar Guelleh, participaient à cette discussion dans les jardins du palais présidentiel. Le procureur général et le chef des services secrets auraient essayé de pousser le témoin à revenir sur ses déclarations.

Convoqués en 2005 par le juge d’instruction, ils avaient refusé de venir s’exprimer. Il en sera de même cette fois, puisque leur avocat, Me Francis Szpiner, a annoncé dans la journée qu’ils ne répondraient pas à la convocation. “Bien entendu, ni le procureur général, ni le conseiller à la sécurité nationale ne déféreront à cette convocation, parce qu’ils ont expliqué que la coopération judiciaire entre les deux pays étant suspendue, ils ne recevront pas l’autorisation de se rendre”, a-t-il dit sur France Infos, parlant à propos du comportement français de “condescendance”.

Les deux mis en cause seront donc jugés en leur absence.

“La justice française pointe la responsabilité du président” Guelleh

Aujourd’hui, les deux hommes font donc l’objet de mandats d’arrêt internationaux, valant mise en examen. Et l’ordonnance présente d’autant plus de valeur aux yeux d’Elisabeth Borrel et de son avocat qu’ils sont des proches du président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, accusé par la veuve du magistrat d’avoir commandité l’assassinat de son époux. “Ce qui constitue une première victoire judiciaire pour Mme Borrel, c’est que derrière le renvoi de ces dignitaires djiboutiens proches du pouvoir, la justice française pointe du doigt la responsabilité de l’actuel président de la République de Djibouti”, a ainsi commenté Me Olivier Morice.

Après avoir obtenu, sur la foi des témoignages des experts légistes, que la thèse de l’assassinat soit privilégiée, plutôt que celle du suicide, la veuve Borrel et son représentant espèrent donc mettre en lumière la manipulation politique qui est, selon eux, à l’origine de la mort de Bernard Borrel. En juillet dernier, un responsable militaire a déclaré devant la juge Sophie Clément, chargée de l’enquête sur les faits proprement dits, que le juge Borrel, officiellement coopérant français et conseiller technique chargé de refonder le code pénal, enquêtait sur des “trafics” présumés auxquels se livrait Guelleh, alors chef de cabinet du président. Ces investigations étaient menées, selon le militaire, à la demande du ministre de la Justice, lequel sera arrêté peu après la mort du juge.

Le dossier est émaillé d’autres manipulations présumées qui alimentent la position de Mme Borrel. Ainsi les deux juges qui enquêtent sur les contours de l’affaire ont-elles perquisitionné, en juillet, le domicile de Michel de Bonnecorse, ancien M. Afrique de l’Elysée.

Elles cherchent à établir si le pouvoir politique français a exercé des pressions sur la juge Sophie Clément pour que le dossier d’instruction soit transmis aux autorités de Djibouti, ce que la magistrate avait toujours refusé. Avec la mise en examen du procureur de Djibouti, ces éléments accréditent la version des Borrel, celle d’un assassinat politique.

Le président Guelleh, lui, continue de nier toute implication dans la mort de Bernard Borrel.