25/09/07 (B414) LE MONDE Les islamistes lancent une nouvelle offensive à Mogadiscio

Après quatre mois d’une guerre de harcèlement, les insurgés islamistes de Mogadiscio viennent de lancer une nouvelle phase d’assauts contre les forces du Gouvernement fédéral de transition (TFG) et ses alliés éthiopiens. Les combattants des Tribunaux islamiques avaient contrôlé la capitale somalienne au second semestre 2006 avant d’en être chassés.

Depuis le dimanche 23 septembre, des groupes de plusieurs dizaines de combattants mènent des attaques à l’arme lourde dans plusieurs secteurs de la ville. Mardi 25 septembre, ils semblaient avoir pris le contrôle de plusieurs positions gouvernementales. La veille, au moins six personnes avaient été tuées dans les combats.

En mars, une coalition de combattants djihadistes et de milices hostiles au TFG avait déjà tenu une partie de Mogadiscio pendant plusieurs semaines, avant d’être obligée de disparaître à la suite d’offensives de l’armée éthiopienne qui avaient ravagé des quartiers entiers. Depuis, les insurgés, invisibles, frappaient presque quotidiennement les troupes du TFG ou d’Addis Abeba par des attentats ou des assassinats de responsables pro-TFG.

Dans l’intervalle, une conférence de réconciliation nationale, organisée par le TFG sous la protection de l’Ethiopie, a pris, fin août, des engagements qui risquent de ne jamais être tenus. Réunis à Asmara sous la houlette des Erythréens, ennemis jurés de l’Ethiopie, les “opposants” au TFG – d’anciens responsables des Tribunaux islamiques et des députés – ont formé une Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie (ARS).

Jeudi, les responsables de l’ARS avaient déclaré s’apprêter à chasser les troupes éthiopiennes de Somalie. Dès dimanche, l’offensive commençait à Mogadiscio. Lundi, les responsables de l’ARS ont annoncé, depuis Asmara, la nomination à la tête de leur organe militaire de cheikh Yusuf Mohamed “Indahaade”, ancien responsable de la défense des Tribunaux islamiques. Mais cette articulation entre les “politiques” installés en Erythrée et les combattants de Mogadiscio paraît fragile. Les insurgés semblent ne répondre qu’aux chefs djihadistes les plus radicaux, sur le terrain.

L’un d’eux, cheikh Hassan “Turki” Abdullahi Hersi, a accordé depuis la brousse somalienne un entretien à la chaîne Al-Jazira. Le reportage montre des combattants somaliens et étrangers s’entraînant au tir sur une cible qui porte le nom de George Bush. A Asmara, le chef de l’ARS, cheikh Sharif Cheikh Ahmed, s’est aussitôt inscrit en faux contre cette représentation en forme de mini-internationale djihadiste. “Les Tribunaux islamiques n’ont pas besoin de combattants étrangers, car nous en avons assez en Somalie”, a-t-il assuré.

Jean-Philippe Rémy