04/05/08 (B446) RSF : extrait du rapport annuel sur les prédateurs de la liberté de la presse.

A l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai 2008, Reporters sans frontières publie sa nouvelle liste des “prédateurs de la liberté de la presse”.

Depuis sept ans, Reporters sans frontières dénonce les “prédateurs de la liberté de la presse” : ces hommes et ces femmes qui s’en prennent directement aux journalistes ou qui ordonnent à leurs subordonnés de le faire. La plupart sont des responsables politiques de haut niveau (chef d’Etat, chef de gouvernement, ministre, monarque, etc.), mais ils peuvent également être des chefs de milice, de groupes armés ou encore de cartels de la drogue. Ils n’ont généralement de comptes à rendre à personne pour les atteintes graves à la liberté d’expression dont ils sont coupables. Cette impunité est l’une des plus grandes menaces qui pèsent aujourd’hui sur les professionnels des médias.

En 2008, ils sont 39 à porter le titre de “prédateur de la liberté de la presse”.

Cinq ont disparu de la précédente liste.
Fidel Castro est de ceux-là. Le “lider maximo” a officiellement cédé le pouvoir à son frère Raúl. Pervez Musharraf, le président du Pakistan, a perdu les élections législatives du début de l’année et, par la même occasion, sa capacité de nuire à la liberté de la presse.

En Ethiopie, la situation semble s’être stabilisée. Les journalistes emprisonnés ont été libérés et le Premier ministre, Meles Zenawi, a été retiré de la liste.

Même chose pour le roi du Swaziland, Mswati III, qui ne s’est plus rendu coupable de violation grave de la liberté de la presse depuis plusieurs années.

Enfin, Charles Blé Goudé, leader des Jeunes patriotes ivoiriens, a cessé ses appels à la violence contre les journalistes étrangers et ceux proches de l’opposition.

Dix nouveaux prédateurs ont, en revanche, fait leur entrée dans la liste. Dans les Territoires palestiniens, la branche armée du Hamas, à Gaza, et les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, en Cisjordanie, se sont rendues coupables de violations graves de la liberté de la presse. Les journalistes qui sont accusés de soutenir le camp opposé sont systématiquement réprimés.

Les Forces de défense israéliennes ont été ajoutées à la liste après avoir recommencé à s’en prendre aux journalistes qui couvrent leurs incursions dans les Territoires palestiniens. En avril 2008, un cameraman palestinien de Reuters a été tué par le tir d’un char israélien. Et en juillet 2007, un autre cameraman a perdu l’usage de ses deux jambes après avoir été pris pour cible par un soldat israélien, alors même qu’il gisait déjà au sol.

Le président du Turkménistan, Gourbangouly Berdymoukhamedov, au pouvoir depuis plus d’un an, n’a pas fait la preuve de son engagement à mener des réformes démocratiques. Les médias restent sous le contrôle absolu des autorités et les prisonniers d’opinion n’ont pas retrouvé la liberté.

En Somalie, les ennemis de la presse sont nombreux. Le groupe armé Al-Shabaab, Mohamed Dhere, gouverneur et maire de Mogadiscio, et Mohamed Warsame Darwish, directeur de l’Agence de sécurité nationale font partie de ceux qui s’en prennent aux journalistes avec le plus de brutalité.

Au Sri Lanka, Gotabhaya Rajapakse, le frère du président, par ailleurs ministre de la Défense, lance régulièrement des attaques virulentes contre la presse, contribuant ainsi au climat détestable qui règne dans le pays. Dans le Nord, Velupillai Prabhakaran, le chef historique des Tigres tamouls, continue d’intimider les journalistes qui critiquent son mouvement.

Enfin, au Népal, si le calme politique est revenu, quelques groupes armés radicaux, notamment dans le sud du pays, font vivre un enfer à la presse. En 2007, pas moins de 90 professionnels des médias ont été agressés, menacés ou contraints de fuir leur ville suite aux menaces de militants armés.

AFRIQUE

Erythrée

Issaias Afeworki, président de la République

Le président de la jeune République d’Erythrée ne cache pas son penchant pour le totalitarisme. Pour lui, la souveraineté de son pays a un prix. Les libertés sont officiellement “suspendues” depuis 2001, après que des voix s’étaient élevées au sein du parti unique pour réclamer une démocratie trop longtemps attendue. Toute velléité de contestation est taxée de “trahison”.

La presse privée n’existe plus. Ne subsistent que les médias d’Etat, dont la ligne éditoriale est digne de l’époque soviétique. Ce petit territoire bordé par la mer Rouge est devenu, en quelques années, une prison à ciel ouvert, dirigée d’une main de fer par une petite clique ultranationaliste rassemblée autour du chef de l’Etat. Au moins seize journalistes ont littéralement disparu dans l’un des 314 centres de détention que compte le pays. Quatre d’entre eux, dont le célèbre dramaturge Fessehaye Yohannes, dit “Joshua”, n’auraient pas survécu à des conditions de détention d’une cruauté inouïe. Après avoir qualifié les prisonniers de criminels de droit commun, puis d’espions, le gouvernement érythréen a décidé de nier purement et simplement leur existence.

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Somalie ——————– 1

Le groupe armé Al-Shabaab

D’abord bras armé des tribunaux islamiques, chassés de Mogadiscio en décembre 2006 par les troupes gouvernementales et l’armée éthiopienne, le groupe des “Jeunes combattants” est devenu peu à peu une redoutable machine agissant sur le territoire somalien. Refusant la ligne “politicienne” adoptée par les dignitaires islamistes exilés en Erythrée, Al-Shabaab a fait sécession et organise des attaques meurtrières contre le gouvernement de transition et ses alliés.

Il dirige aussi une campagne de terreur et d’assassinats ciblés visant les membres les plus éminents de la société civile somalienne coupables, selon lui, de servir les intérêts des “Croisés”. Des dizaines d’enseignants, d’universitaires, de médecins et au moins trois journalistes ont été tués depuis la formation des “Jeunes moudjahidin”, qui emploient souvent des adolescents au-dessus de tous soupçons comme tueurs à gages.

Somalie ————————— 2

Mohamed Dhere, gouverneur et maire de Mogadiscio, et Mohamed Warsame Darwish, directeur de l’Agence de sécurité nationale

L’ancien chef de guerre Mohamed Omar Habeb, dit “Mohamed Dhere”, et le chef des services de renseignements, Mohamed Warsame Darwish, sont les responsables de la sécurité à Mogadiscio. A ce titre, ils sont les principaux commanditaires des nombreux raids musclés, des fréquentes arrestations arbitraires et des tirs délibérés sur les rares journalistes qui continuent d’opérer en Somalie, surtout lorsque ceux-ci dévoilent les exactions de leurs hommes ou donnent la parole à l’opposition.

Agissant en coordination avec le commandant en chef de l’armée éthiopienne en Somalie, le général Gabre Heard, ils outrepassent fréquemment les ordres d’un pouvoir civil clamant son attachement à la liberté de la presse, mais réduit à l’impuissance. Puisqu’ils ont carte blanche pour combattre les insurgés islamistes, pour eux, la liberté de la presse est un danger. Et la loi, leur bon vouloir.

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