31/07/08 (B458) IPS / SOMALIE : La famine menace comme des travailleurs humanitaires sont forcés de partir.

Par Najum Mushtaq

Des agences humanitaires estiment que d’ici à décembre, le nombre de personnes déplacées et affamées dans le besoin d’aide de sauvetage en Somalie atteindra les 3,5 millions — près de la moitié de la population.

Cependant, comme la sécheresse et les conflits concourent pour empirer la crise, l’espace humanitaire pour fournir de la nourriture et d’autres secours essentiels dans cette zone de conflits a pratiquement disparu.

”En mer, les navires transportant de l’aide sont confrontés à la menace des pirates, sur terre (les travailleurs humanitaires font face) au vol à mains armées et aux enlèvements”, déclare Abdullahi Musse, un travailleur somalien pour une organisation humanitaire internationale.

”Ensuite, dans le processus pour atteindre nos entrepôts de même que sur leur chemin vers les bénéficiaires, les camions ne peuvent pas bouger sans les escortes de sécurité et doivent passer à travers d’innombrables postes de contrôle qui ne peuvent pas être traversés sans payer des ‘frais’ aux différents groupes armés. ”C’est une activité à haut risque avec des garanties de sécurité minimes”, affirme Musse.

Au cours de ces quelques derniers mois, même ceci est devenu presque impossible. Pour cette année seule, 20 travailleurs humanitaires, y compris des étrangers, ont été tués. Dix-sept travailleurs humanitaires ont été libérés après avoir été enlevés pour la rançon, tandis que 13 autres sont encore en captivité.

Tous les travailleurs humanitaires internationaux et le personnel de l’ONU sont obligés de quitter à cause des combats continus entre les groupes insurgés islamiques et les forces du Gouvernement fédéral de transition (TFG) soutenues par des troupes éthiopiennes. Les deux parties s’accusent mutuellement pour les attaques perpétrées contre des travailleurs humanitaires et jurent de les protéger. Ajouté à ceci, ce sont des réseaux d’enlèvement professionnels, qui sont encouragés par les grandes rançons payées par les étrangers pour libérer les navires pris par des pirates.

Les agences de l’ONU et neuf organisations internationales maintiennent encore leur présence à Mogadiscio, la capitale somalienne, mais elles comptent exclusivement sur le personnel local. Musse a déclaré à IPS au téléphone, en provenance de Mogadiscio, que des travailleurs somaliens, également, sont maintenant en train d’être ciblés et la fourniture d’aide est complètement en perte de vitesse.

Il y a 250 habitations informelles de personnes déplacées à Mogadiscio et plus de 200 le long de la route à Afogye. L’ONU dit que pour juin, 857.000 personnes ont été déplacées de Mogadiscio et comptent sur l’aide internationale. D’autres régions agricoles dans le sud-centre de la Somalie, le principal théâtre des conflits, sont restées sans pluie pendant cette saison et la pénurie alimentaire est grave.

”L’une des raisons pour lesquelles plusieurs personnes avaient fui Mogadiscio pour installer des camps à Afgoye (45 kilomètres de la capitale) était que cette région était plus accessible aux travailleurs humanitaires que la ville elle-même”, dit-il. ”Plusieurs familles se séparent pour obtenir de l’aide qu’elles ne pouvaient pas obtenir à Mogadiscio. Pendant les deux dernières semaines, des gens frustrés, dans les habitations du corridor d’Afgoye, protestent également au sujet du manque de fourniture d’aide”.

Si l’on ne peut pas augmenter suffisamment l’aide alimentaire et d’autres secours humanitaires dans les mois à venir, Oxfam International voit une grave famine en préparation : ”Si ces conditions devaient continuer et que les agences humanitaires ne peuvent pas fournir de l’aide adéquate, alors la situation pourrait basculer dans la famine dans plusieurs régions de la Somalie, plus tard dans cette année”.

Dans son discours au Conseil de sécurité le 23 juillet, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Somalie, Ahmed Ould-Abdalla, a insisté pour les escortes navales internationales pour les navires transportant des secours du Programme alimentaire mondial (PAM) et pour plus de sécurité pour les travailleurs humanitaires.

”Je compatis avec les ressortissants somaliens qui constituent plus de 95 pour cent des travailleurs humanitaires dans le sud et le centre de la Somalie. Ils risquent leur vie quotidiennement et sont très souvent les victimes innocentes des meurtres ciblés”, a déclaré Abdalla au Conseil de sécurité de l’ONU.

Impasse politique

Malheureusement, ce sens d’urgence dans le secteur humanitaire ne correspond pas aux développements sur le front politique. Avec l’aide des forces éthiopiennes, le TFG contrôle quelques villes dans la région du sud-centre, tandis qu’une variété de groupes islamiques demeurent influents dans une grande partie du territoire. (Le Puntland et les régions du Somaliland dans le nord et le nord-ouest de la Somalie revendiquent un statut autonome).

L’accord de paix négocié par l’ONU à Djibouti entre le Gouvernement fédéral de transition et les responsables de l’Union des tribunaux islamiques (UIC) a divisé cette dernière. Des factions islamiques radicales rejettent l’accord et ont accru les attaques dans les régions du sud-centre.

Les tribunaux islamiques sont maintenant divisés en deux principaux groupes : le groupe de Djibouti présidé par Sheikh Sharif et signataire de l’accord de paix avec le TFG, et le groupe d’Asmara basé en Erythrée et dirigé par Hasan Dahir Aweys, un vétéran de la guerre d’Afghanistan qui est actuellement recherché par les Etats-Unis pour des accusations de terrorisme en raison de ses liens présumés avec al-Qaeda.

”C’est difficile de dire quel contrôle ces deux ont sur Al-Shabab, un groupe, qui est également sur la liste des terroristes des Etats-Unis, et d’autres groupes insurgés de ‘mujaheddin’ (guerriers saints) qui ont mené une guerre pour chasser les forces éthiopiennes hors de Somalie”, affirme Bashir Awale, un journaliste de la radio basé à Mogadiscio.

Bashir indique que plusieurs groupes précédemment inconnus avec des noms islamiques ont récemment émis des menaces contre des travailleurs humanitaires. ”Mais les forces du TFG sont aussi accusées d’empêcher l’aide”, déclare Bashir qui souligne le fait qu’il existe quatre postes de contrôle du TFG dans l’intervalle de quelques kilomètres de route de Mogadiscio à Afgoye et des douzaines et plus à l’intérieur de la ville.

Etant donné la nature volatile et complexe du conflit, le représentant spécial de l’ONU est à la recherche d’une force de maintien de la paix internationale pour stabiliser le pays et fournir une couverture aux opérations humanitaires. Ould-Abdalla croit que dans ”le contexte politique favorable actuel faisant suite à l’Accord de Djibouti, il est temps pour le Conseil de sécurité de prendre des mesures hardies, décisives et rapides”.

Toutefois, lorsqu’il est interrogé pour savoir si les Etats-Unis présideraient une coalition de pays en Somalie pour mettre en œuvre l’accord de paix, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, Zalmay Khalilzad a répondu : ”Eh bien, vous savez que nous sommes assez occupés comme vous le savez, première chose. Deuxième chose, qu’il y a toujours des problèmes avec les Etats-Unis à la tête d’une coalition…”

Accusant les groupes liés à al-Qaeda des attaques contre les travailleurs humanitaires, Khalilzad n’est pas d’accord pour pousser le Conseil de sécurité à agir. Il a affirmé qu’aucun plan pour une force de maintien de la paix ne sera discuté avant le 15 août, lorsque le secrétariat du Conseil de sécurité doit présenter un plan d’avenir pour la Somalie. Une force de maintien de la paix avec un mandat fort pourrait prendre des mois.

”La Somalie demeure l’endroit le plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires”, souligne Musse, ”et pourtant, sa population a le plus désespérément besoin d’aide humanitaire. La résolution de ce dilemme exige une intervention internationale impartiale et immédiate, et elle est nécessaire aujourd’hui”.