25/08/08 (B462) Le Monde / Les insurgés lancent un nouvel assaut à Mogadiscio

Les coups de boutoir de leurs mortiers, de leurs canons sans recul et de leurs combattants donnent à nouveau toute leur puissance. Les insurgés somaliens ont lancé une nouvelle offensive pour s’emparer du pouvoir dans le sud du pays de la Corne de l’Afrique. Jeudi 21 août, à Mogadiscio, les groupes chabab (la jeunesse), qui entretiennent des liens avec des mouvements djihadistes internationaux, ont attaqué la colline de Villa Somalia, le palais présidentiel, une des poches tenues par le gouvernement fédéral de transition (TFG) du colonel Abdulahi Yusuf.

La position est défendue par des troupes éthiopiennes, alliées du TFG, qui pilonnent depuis ce mamelon d’autres quartiers de la capitale somalienne. L’attaque a échoué, mais, en réponse, l’artillerie du TFG et de ses alliés a frappé aveuglément l’éminence voisine du quartier commerçant de Bakara, ses obus tombant jusque dans une mosquée, tuant des civils dans la plus grande confusion.

Villa Somalia a tenu, mais Mogadiscio continue de s’effondrer, tandis que le président Yusuf, en déplacement en Ethiopie, tente de mettre fin à des chamailleries avec son premier ministre, chamailleries qui, en Somalie, se terminent généralement dans le sang.

Lundi, des représentants du TFG avaient signé à Djibouti un nouvel accord partiel avec les représentants d’un mouvement politique affirmant représenter l’opposition somalienne. Mais ce mouvement est désavoué par les responsables militaires insurgés qui mènent une guerre sainte et n’ont aucune intention de se plier à des textes que nul n’est en mesure de les forcer à accepter. Les deux parties signataires ont appelé au “déploiement de toute urgence” d’une force des Nations unies hypothétique, en remplacement du contingent de l’Union africaine de Mogadiscio qui a concentré tous ses efforts pour éviter de se faire massacrer depuis son déploiement en 2007.

SEPT NAVIRES ARRAISONNÉS

Moktar Robow, alias Abou Mansour, porte-parole des insurgés islamistes, a répété, lors d’une téléconférence avec des journalistes somaliens en début de semaine, le point de vue des chabab sur l’avenir des accords et des forces étrangères en Somalie : “Le djihad va continuer, il n’y a pas d’accord de paix, les martyrs vont continuer d’aller au combat.”

Illustration jeudi à Kismayo, le grand port du sud du pays, où deux jours de combats urbains entre des insurgés islamistes masqués et des miliciens locaux ont fait environ cinquante morts. La prise de Kismayo, l’un des objectifs des chabab depuis plusieurs mois, a été longuement préparée par des infiltrations de combattants dans la cité portuaire et des ralliements de représentants claniques. En vingt mois, l’insurrection en Somalie a fait plusieurs milliers de victimes – des groupes somaliens parlent de 8 000 morts – et un million de déplacés. Les acteurs humanitaires sont également devenus des cibles.

Cette poussée de violence s’est parallèlement étendue les jours derniers aux pirates somaliens qui opèrent depuis des zones du nord du pays.

Alors qu’en juin le Conseil de sécurité des Nations unies autorisait les marines de guerre internationales à intervenir dans les eaux somaliennes en cas d’acte de piraterie, les bandits des mers du pays de la Corne de l’Afrique ont lancé une vague d’attaques. Un vraquier iranien, un tanker japonais et un cargo allemand ont été arraisonnés à quelques heures d’intervalle, jeudi, au large des côtes somaliennes, selon le Bureau maritime international.

Sept navires et leurs équipages, un record, seraient actuellement retenus par des pirates somaliens. Ils ont été pris d’assaut essentiellement dans le golfe d’Aden, où passent 48 000 navires par an.

Jean-Philippe Rémy