17/09/08 (B465) AFP / L’aide à la Somalie sous la menace des pirates

Seule assurance contre les attaques de pirates, la protection militaire des cargos d’aide alimentaire internationale, vitale pour les Somaliens, est menacée d’interruption à brève échéance faute de nations volontaires pour s’en charger.

Cette aide de l’ONU, vitale pour 3,2 millions de Somaliens sous perfusion humanitaire après 17 ans de guerre civile, est acheminée à 90% par mer et est de plus en plus dépendante des escortes navales étrangères, face aux pirates qui pullulent dans la région.

Mardi, la frégate canadienne Ville de Québec a ainsi appareillé du port kényan de Mombasa et attendait le départ du cargo du Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) le Golina, direction Mogadiscio.

Son chargement de 5.000 tonnes de vivres viendra soulager une partie des 40% de la population somalienne qui selon l’ONU auront besoin d’une aide humanitaire d’ici la fin de l’année, soit une augmentation de 77% depuis janvier 2008.

Les raisons de cette situation font consensus au sein des agences humanitaires de l’ONU et ONG travaillant en Somalie: violences sans cesse croissantes dans le pays, hyperinflation des produits de première nécessité s’élevant à 400% ces six derniers mois, et une nouvelle sécheresse.

La communauté internationale s’est certes mobilisée pour assurer la sécurité de la réponse humanitaire d’urgence: la France a entamé l’escorte militaire des cargos du PAM en novembre 2007, suivie par les Pays-Bas, le Danemark et le Canada. Les pirates ont alors renoncé à attaquer ces navires.

Mais le directeur du PAM pour la Somalie, Peter Goossens s’alarme d’une interruption très prochaine, même momentanée, des escortes. Car la relève des Canadiens n’a pas été trouvée.

“Il nous reste deux semaines avec les Canadiens, jusqu’au 27 septembre. Pour l’instant, nous n’avons aucune proposition concrète pour nous aider”, a-t-il expliqué par téléphone à l’AFP.

“C’est inquiétant. Pour la plupart des pays qui éventuellement seraient partants pour nous aider, cela prendrait du temps. Leurs bateaux devraient arriver jusqu’en Somalie. (…) Donc, d’ores et déjà, je crains que nous ne soyons confrontés à un vide” propice aux pirates, a-t-il ajouté.

Inutile de compter sur le transport routier: seuls 15% de l’aide du PAM pourraient être acheminés par la route en raison de l’état déplorable du réseau routier. De plus, des hommes en armes attaquent régulièrement les convois routiers: six chauffeurs somaliens travaillant pour le PAM en Somalie ont été tués depuis début 2008.

L’aéroport de Mogadiscio est lui sous la menace permanente d’insurgés équipés de missiles anti-aériens.

“La situation en Somalie est si grave qu’il serait irresponsable de notre part de stopper nos cargos. Mais les risques sont énormes”, prévient-il.

Ces risques, Peter Goossens ne les connaît que trop bien: des pirates somaliens donnant l’assaut à bord de vedettes rapides, armées de mitrailleuses lourdes ou de lance-roquettes.

Ils négocient ensuite la libération des marins et des bateaux contre des rançons rarement inférieures à 1,5 million de dollars, selon Andrew Mwangura, responsable du bureau kényan du Programme d’assistance aux marins.

En 2005, le PAM avait dû suspendre temporairement son activité maritime en Somalie après l’attaque de deux de ses cargos par des pirates. En 2007, au moins trois des cargos affrétés par l’agence onusienne avaient été attaqués.

Depuis, les actes de piraterie se multiplient au large de la Somalie: le Bureau maritime international (BMI) en a répertorié pas moins de 24 au cours du premier semestre 2008. Et depuis juillet, 12 navires ont été détournés par des pirates, selon la même source.

“Le plus grave, ce n’est pas tant que nos bateaux puissent être interceptés. Le plus grave, c’est que nous ne trouvions plus de bateaux qui acceptent d’aller en Somalie à cause des pirates”, avertit Peter Goossens.