21/11/08 (B475) APIC / Erythrée: Nouvelle vague d’expulsions de missionnaires étrangers.

Des évêques érythréens “désappointés” et “angoissés”

L’Erythrée s’en prend une nouvelle fois aux missionnaires étrangers. Ces derniers jours, le gouvernement d’Asmara a expulsé plusieurs religieux italiens: Sœur Donata Moruzzi, des Filles de Jésus Bon Pasteur, qui a travaillé durant 16 ans dans ce petit pays de la Corne de l’Afrique, le Père Flavio Paoli, de la Congrégation des Pavoniani, qui a œuvré durant 15 ans à Asmara, ainsi que don Angelo Regazzo, salésien. Sœur Lucia Andrioletti a été renvoyée le mois dernier.

Trois évêques érythréens, Mgr Menghesteab, Mgr Thomas et Mgr Kidanemariam, ont exprimé leur solidarité aux expulsés. Ils ont fait part de leur “désappointement” et de leur “angoisse” face à cette vague d’expulsions des missionnaires étrangers, qu’ils qualifient d'”une autre tentative d’affaiblir l’Eglise catholique”. Pour les prélats érythréens, cette expulsion est une violation flagrante des lois internationales “et une insulte à notre noble et digne culture”. La religion catholique est présente en Erythrée depuis un siècle et ses fidèles représentent moins de 5% de la population.

Il y a tout juste un an, 14 missionnaires catholiques expatriés avaient déjà été expulsés par un gouvernement qui voudrait confisquer les propriétés de l’Eglise. Pays indépendant depuis 1993, peuplé de près de 5 millions d’habitants, qui sont pour 50% musulmans, à égalité avec les chrétiens. De son côté, le patriarche orthodoxe a été déposé et remplacé par le gouvernement. En 2005 déjà, les autorités d’Asmara avaient averti les Instituts missionnaires, leur demandant de préparer du personnel local pour remplacer les étrangers.

Il s’agit, selon les observateurs, d’une politique visant à éloigner de l’Erythrée tous les Occidentaux et à s’emparer de leurs œuvres et de leurs institutions. L’Erythrée a été placée par de la Commission américaine pour la liberté religieuse dans le monde (USCIRF) sur la liste des pays particulièrement préoccupants (PPP) depuis 2004. JB

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Le comportement du gouvernement érythréen en matière de liberté de religion est depuis quelques années “extrêmement peu satisfaisant” et la situation ne s’est pas améliorée au cours de l’année dernière, constate l’USCIRF dans son rapport 2008 sur la liberté religieuse dans le monde. Le gouvernement érythréen impose de fortes restrictions à la liberté de religion des groupes qui ne sont pas enregistrés. Il viole en outre l’indépendance de certains groupes enregistrés, écrit la commission du gouvernement américain. A la suite d’un décret de 2002 imposant aux groupes religieux l’obligation de se faire enregistrer, le gouvernement a fermé tous les lieux de culte des groupes n’appartenant pas à l’une des quatre grandes institutions religieuses: l’Eglise orthodoxe d’Erythrée, l’Eglise catholique romaine, l’Eglise évangélique (luthérienne) d’Erythrée et l’islam.

Le gouvernement a continué de harceler, d’arrêter, d’emprisonner, de torturer et de tuer des membres des groupes évangéliques indépendants (dont les pentecôtistes), des témoins de Jéhovah, et des membres du mouvement réformiste de l’Eglise orthodoxe érythréenne. Il a cherché à étendre son contrôle sur les quatre groupes religieux approuvés. Il est également intervenu dans les décisions procédurières et administratives de l’Eglise orthodoxe érythréenne en remplaçant le patriarche par son propre candidat. Le gouvernement s’est abstenu d’enregistrer les groupes religieux ayant fait une demande à cet effet en 2002. Il a limité les réunions religieuses et arrêté des personnes pendant des cérémonies religieuses et des réunions de cercles de prière dans des domiciles privés.

Certains rapports font aussi état de reniements forcés en cours de détention. Au cours de la période couverte par le rapport américain, les autorités ont arrêté de nombreux fidèles n’appartenant pas à l’un des quatre groupes religieux approuvés. Selon certains rapports, plus de 3’000 prisonniers religieux sont toujours détenus sans procédure régulière dans des conditions très dures, notamment des variations extrêmes de température et un accès limité – voire nul – à leur famille.

Dans son rapport 2008 sur l’Erythrée, Amnesty International rappelle à son tour que le gouvernement ne reconnaît que quatre religions (à savoir l’islam, l’Eglise orthodoxe érythréenne, l’Eglise catholique et l’Eglise luthérienne), tandis que les groupes religieux indépendants, comme les évangéliques, sont interdits depuis mai 2002. En raison de cette politique restrictive, des centaines de membres de minorités appartenant à des Eglises interdites par le gouvernement en 2002 ont été arrêtés et placés en détention au secret pour une durée indéterminée, sans inculpation ni jugement.

Nombre d’entre eux ont été arrêtés alors qu’ils célébraient clandestinement des offices dans des résidences privées ou à l’occasion de mariages ou d’obsèques. Leurs lieux de culte ont été fermés. Les biens appartenant à ces mouvements religieux ou destinés à leurs œuvres sociales ont été saisis par les autorités. Quelques personnes critiques à l’égard du gouvernement et appartenant à des confessions autorisées ont également été placées derrière les barreaux.

En mai, le patriarche Antonios (dit Abune Antonios), chef de l’Eglise orthodoxe érythréenne, a été transféré dans un lieu de détention de haute sécurité tenu secret. Ce transfert faisait suite à la nomination, en violation des procédures de l’Eglise, d’un nouveau patriarche favorable au gouvernement. Abune Antonios était en résidence surveillée depuis janvier 2006 pour avoir dénoncé l’ingérence de l’Etat dans les affaires religieuses et le placement en détention de trois prêtres orthodoxes. Agé de soixante-dix-neuf ans et dans un état de santé précaire, il n’a pas été autorisé à recevoir le traitement médical dont il avait besoin pour son diabète. A la fin de l’année dernière, note Amnesty International, au moins 2’000 personnes avaient été arrêtées en raison de leurs croyances religieuses, la plupart appartenant à des Eglises évangéliques.