16/01/09 (B482) Le Monde / Conflit Djibouti-Erythrée : Asmara rejette la résolution de l’ONU

L’Erythrée a rejeté la résolution de l’ONU lui demandant de retirer ses troupes d’ici cinq semaines de la zone frontalière disputée avec la République de Djibouti, dans un communiqué reçu vendredi par l’AFP.

“Sous la forte pression de puissances égoïstes, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté contre l’Erythrée une résolution irréfléchie, injuste et inutile”, affirme le texte du ministère érythréen des Affaires étrangères.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mercredi la résolution 1862, rédigée par la France et donnant cinq semaines à l’Erythrée pour retirer ses forces de la zone frontalière de Ras Doumeira et de l’île de Doumeira, où avait éclaté un incident armé avec Djibouti en juin dernier.

“Toute étude équilibrée de la situation devrait conduire à la conclusion que cette mesure ne peut pas avoir été motivée par la prise en compte honnête du droit”, estime Asmara, soulignant que “l’Erythrée n’a occupé aucun territoire djiboutien”.

L’Erythrée “ne peut évidemment pas accepter une résolution qui lui demande de retirer ses forces de son propre territoire”, ajoute le texte.

De son côté, le ministre djiboutien des Affaires étrangères, Mahamoud Ali Youssouf, “se félicitant de cette résolution”, a souligné que si l’Erythrée ne se soumet pas aux exigences du Conseil, elle risque “des sanctions”, selon un communiqué de l’Agence djiboutienne d’information (Adi, officielle) transmis vendredi à l’AFP.

“Selon les termes de la résolution, ce n’est pas une demande qui a été adressée à l’Erythrée mais plutôt une exigence. Ceci déjà est une forme de contrainte qui est imposée à ce pays”, a ajouté le ministre.

Enfin le ministre djiboutien a estimé que “la non reconnaissance par la partie érythréenne de l’existence d’un conflit frontalier avec Djibouti, est une attitude irresponsable et un comportement qui est nuisible aux intérêts de ce pays, aussi bien sur le plan régional qu’international”.

La tension entre l’Erythrée et Djibouti est très forte depuis une incursion, le 16 avril, de troupes érythréennes vers Ras Doumeira (nord de Djibouti), promontoire stratégique surplombant l’entrée de la mer Rouge. Les deux pays s’étaient opposés à deux reprises en 1996 et 1999 pour cette zone.

Le 10 juin, des échanges de tirs avaient eu lieu entre troupes érythréennes et djiboutiennes à Ras Doumeira, faisant au moins neuf morts côté djiboutien. L’Erythrée n’avait fourni aucune indication sur ses pertes.

Asmara avait nié toute intention hostile envers son voisin, mais le gouvernement djiboutien avait vu dans cet accrochage une volonté délibérée de l’Erythrée de déstabilisation de toute la Corne de l’Afrique.

La frontière entre les deux pays n’a jamais été très précisément définie en dépit d’accords anciens entre les puissances de l’époque: la France et l’Ethiopie en 1897, la France et l’Italie en 1901. Cependant, la “neutralisation” de l’îlot de Doumeira était acquise.

Aujourd’hui l’îlot est occupé par l’armée érythréenne qui entretient déjà un conflit frontalier avec l’Ethiopie.