19/01/09 (B482-B) AfarIssas -> Djibouti en péril: De la nécessité de l’émergence d’une puissante force alternative.

Chers Compatriotes, nous n’avons pas droit au silence, car le despotisme se nourrit du silence et de l’inaction.

Nos interventions sur le net ou sur la voie public confirment le fait que dans leur ensemble, les Djiboutiens ont tendance à mettre, d’un côté ce qu’il est convenu d’appeler “Opposition” et de l’autre, le reste de la population.

Dans cette distinction, “l’Opposition”» est généralement réduite aux partis d’opposition et à leurs responsables. Et tout se passe comme s’il revient à cette « Opposition » seule, et plus précisément aux responsables des partis d’opposition respectifs de « faire partir Guelleh », le reste de la population n’ayant rien d’autre à faire que d’attendre que le boulot soit fait.

Au sein de la population, (dont moi-même), ceux qui se sentent vraiment concernés par la lutte, et qui se décident à faire quelque chose, sont plus souvent tournés vers des actions individualistes du genre : écrire à titre individuel une lettre ouverte à IOG, écrire au Secrétaire général de l’ONU à titre personnel, ou s’adresser chacun de son côté à la communauté international, écrire des lettres ouvertes aux partis de l’opposition pour leur dire ce qu’ils doivent faire et leur relever ce qu’ils ne font pas ou font mal.

Beaucoup d’autres attendent généralement la veille des élections pour se mettre à s’agiter dans tous les sens.

La majorité des Djiboutiens se comporte ainsi comme s’ils ne sont pas directement concernés par la lutte contre le régime despotique, comme s’ils sont des étrangers vivant dans le pays, comme s’ils sont des observateurs neutres de la vie politique nationale, comme s’ils ne sont pas tenus de s’impliquer dans la lutte en cours pour la démocratie dans le pays, comme s’ils ont choisi de se mettre à l’abri de tous les risques, comme s’ils sont là chacun pour indiquer aux leaders politiques la voie à suivre, cette voie étant pour chacun sa propre voie individuelle, ce qu’il pense tout seul, avec la certitude catégorique qu’il a tout seul raison contre tous.

Ces attitudes s’expliquent par plusieurs raisons dont l’une des plus importantes est la marginalisation de la population par certains des leaders de l’opposition. Ceux-ci croient effectivement qu’ils sont chacun une sorte de messie ayant pour mission de sauver le peuple, et le font croire à ce dernier par tous les moyens. Ils sont sensés travailler pour lui. Ils sont convaincus d’être chargés (par qui ?) de penser pour lui et d’avoir le droit de le faire à sa place. Le peuple lui, n’a donc rien d’autre à faire que d’attendre leurs mots d’ordre respectifs, et d’aller voter pour eux le moment venu.

Cette marginalisation est une des raisons essentielles de la faiblesse de l’opposition face au régime en place. Car, et on ne le dira jamais assez, la force de l’Opposition ne réside pas dans la tête et dans le porte-monnaie de ses leaders, si charismatiques soient-ils. Elle réside d’abord dans la force organisée de la masse du peuple, et dans la capacité de cette masse à se mettre en mouvement toutes les fois que cela s’impose, pour exercer la pression nécessaire en vue d’atteindre un but déterminé. Et organiser la masse du peuple pour en faire une force politique d’opposition relève avant tout du domaine des partis politiques d’opposition, et donc des directions de ces partis.

Il est vrai qu’organiser une masse populaire comme celle que constitue à l’heure actuelle le peuple Djiboutien après plus de trente ans de cette dictature n’est pas une tâche facile. Mais c’est une tâche historiquement incontournable. Et l’on est tenu d’en passer par-là, si l’on veut réellement changer le système politique actuel (et donc toute la politique de développement conduite jusqu’à présent), et si l’on veut que la direction politique nouvelle qui prendra en charge le pouvoir d’Etat après l’abolition du régime de dictature n’en soit pas chassée par la réaction néocoloniale trois mois plus tard ! Car, ce n’est pas la « Communauté internationale » qui défendra demain le régime démocratique djiboutien s’il s’agit d’un régime véritablement démocratique.

C’est avant tout le peuple organisé qui le protègera et le défendra, s’il s’y retrouve réellement. Et à condition qu’il soit organisé et qu’il représente une véritable force politique

Ce qui s’est passé ces dernières années est un désaveu de la politique d’opposition conduite dans le pays et à l’extérieur. Ce désaveu appelle une réorientation sérieuse de la pratique oppositionnelle telle qu’elle est aujourd’hui, ou alors l’émergence d’une force alternative bien structurée et suffisamment cohérente pour pouvoir renverser le rapport des forces en le mettant et en le maintenant en faveur de l’opposition démocratique.

Or, toute réorientation de la politique d’opposition dominante est impossible dans l’état actuel de « l’opposition ». Les leaders opposants qui tiennent les devants de la scène politique aujourd’hui sont convaincus depuis que le moment est venu pour chacun d’entre eux de devenir un chef d’Etat ou, à défaut, d’exercer d’une façon ou d’une autre une parcelle du pouvoir, et de le faire avec le moins de risques possibles pour eux. Ils n’ont pas compris qu’il s’agit, avant toute chose, d’abolir le pouvoir despotique, et que c’était là la signification première et le but immédiat de l’insurrection populaire engagée dans la confusion depuis la prise au pouvoir de Guelleh.

Voilà pourquoi ils ont toujours privilégié l’opposition élitiste par rapport à l’opposition de masse, la crédibilité politique extérieure par rapport à la crédibilité politique à l’intérieur du pays, la pression extérieure par rapport à la pression de la masse (qu’il faut organiser), les solutions électoralistes et les « dialogues » par rapport aux situations de blocage politique qui offrent à la masse du peuple l’occasion de se mobiliser pour intervenir sur la scène politique et peser sur cours de l’évolution. Il ne s’agit pas là d’erreurs politiques, mais de choix politiques dictés par des convictions profondes et par une manière de voir, même si, pour certains d’entre eux, ce choix est inconscient. Dans tous les cas, pour ces responsables politiques, il n’y a pas une autre politique d’opposition possible que celle qu’ils conduisent en ce moment. Mais celle-là conduit inexorablement vers une cohabitation voulue ou involontaire avec le régime despotique en place, élections ou pas.

Ce qui s’impose aujourd’hui plus qu’hier, c’est donc l’émergence d’une puissante force alternative regroupant tous ceux qui ne se retrouvent pas dans la tendance dominante de la politique d’opposition actuelle. Il faut penser à la nécessité de l’émergence d’une force alternative et engagée des actions difficiles dans cette direction.

C’est une satisfaction de constater qu’aujourd’hui l’idée fait son chemin dans certains milieux et pourra peut-être se concrétiser un jour.

Mais l’émergence d’une telle force alternative implique un lourd travail de terrain auquel tous les Djiboutiens vivant au pays ou à l’étranger et qui veulent réellement le changement du système politique peuvent (doivent ?) apporter une contribution décisive.

Je ne cultive pas le paradoxe.

Quand on pointe la lune du doigt, l’imbécile regarde le doigt.” Confucius

AFARISSAS
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