07/03/09 (B489) L’Express // Meles Zenawi, le despote éthiopien.

Par Kenneth Roth,

Human Rights Watch, que je dirige, dénonce les atteintes aux droits humains dans le monde. Même, et peut-être surtout, les moins médiatisées. Or, dans la Corne de l’Afrique, il existe un pays où sévit l’un des gouvernements répressifs les plus méconnus au monde… Le Premier ministre de l’Ethiopie, Meles Zenawi, a réussi le tour de force de devenir le favori des pays occidentaux, au point qu’il est proclamé “nouveau leader africain” et arrosé de millions d’euros d’aide, tout en dirigeant l’un des régimes les plus intolérants et cruels du continent noir.

Un exemple ?

Après une insurrection, en 2007, dans la région de l’Ogaden, peuplée en majorité de Somalis, les troupes éthiopiennes ont adopté la stratégie “tuer le poisson pour assécher la mer”, étranglant quelques personnes aux abords des villages, avant de mettre le feu aux habitations pour faire fuir les habitants. Les troupes éthiopiennes ont fait preuve de la même cruauté au cours de leurs deux années d’intervention militaire en Somalie, répliquant aux attaques des insurgés en bombardant, dans les villes, des quartiers entiers.

A l’occasion des élections de 2005, le gouvernement a tué des centaines de manifestants qui l’accusaient de fraude électorale. La plupart des membres de l’opposition ont été jetés en prison pour deux ans, sur la base d’accusations montées de toutes pièces. Chacun a compris le message: lors des scrutins locaux de 2008, le gouvernement a récolté 99 % des sièges, la plupart des candidats du parti au pouvoir n’ayant pas d’adversaire.

Une nouvelle loi de Zenawi interdit à toute organisation non gouvernementale percevant plus de 10 % de ses revenus de l’étranger de s’engager dans la défense des droits humains. Cela oblige de fait les militants à fermer leurs associations, car les sources de financement en Ethiopie sont inexistantes ou presque.

La réponse de l’Union européenne a été lamentable.

Fin janvier, Bruxelles condamna mollement la loi limitant le financement des ONG, tout en accordant, le même jour, une aide financière considérable au régime.

L’Ethiopie vit dans la misère. Ses pauvres ont besoin de l’aide internationale. Mais les pays occidentaux doivent tenir compte tant de la répression que de la pauvreté, pour éviter que leur aide ne renforce la mainmise de ce gouvernement autoritaire.