14/03/09 (B490) RTB (Belgique) / Le Yémen demande de l’aide à la communauté internationale.

Malgré la récession, le monde doit accroître son aide au Yémen pour éviter que ce pays ne sombre dans le chaos et ne devienne une autre Somalie, c’est-à-dire un cauchemar pour la communauté internationale, avertissent officiels yéménites, diplomates et experts à Sanaa.

“Regardez les Somaliens: ils sont trois millions et ils créent des problèmes pour le monde entier”, a déclaré le vice-Premier ministre yéménite pour les Affaires économiques, Abdel Karim Ismaïl Al-Arhabi, dans une interview à l’AFP.

Il se référait à la multiplication spectaculaire des attaques de pirates somaliens contre des navires dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien, qui perturbent le trafic maritime international dans une région stratégique.

Nation pauvre et guerrière

Le Yémen se trouve face à la Somalie, sur la rive nord du Golfe d’Aden.

“Les Yéménites sont 24 millions et ce sont de rudes guerriers. Et comme les Somaliens, ils n’ont rien à perdre”, assène d’une voix posée Abdel Karim Ismaïl Arhabi, un technocrate de 56 ans portant moustache et fines lunettes, également ministre du Plan et de la Coopération internationale.

Pays misérable, le plus pauvre du Moyen-Orient, le Yémen est pourtant “habitué à la pauvreté”, commente un diplomate sous couvert de l’anonymat. Mais la crise aidant, sa situation économique, déjà précaire, s’est encore aggravée.

Modeste producteur de pétrole (moins de 300.000 barils/jour en 2008), le Yémen tire néanmoins 70% de ses recettes budgétaires de ses exportations de brut. L’effondrement récent des cours l’a durement frappé.

Mais pour la plupart des experts, les problèmes les plus graves sont ailleurs: le manque d’eau et un taux de croissance démographique quasi-exponentiel, puisque estimé en 2008 à 3,46%. Deux-tiers de la population ont moins de 24 ans.

Pénurie en eau

“Le pire, c’est l’eau”, affirme Ali Saïf Hassan, directeur du Forum de Développement politique, un institut de réflexion indépendant. “Dans 20 ans, il n’y aura plus d’eau dans l’ensemble du district de Sanaa”, une région montagneuse où vivent actuellement deux millions de personnes.

Parmi les solutions possibles pour sauver le Yémen de l’abysse, Abdel Karim Ismaïl Arhabi mentionne “l’intégration” du Yémen au Conseil de Coopération du Golfe, le bloc régional qui regroupe les six monarchies pétrolières du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar).

Mais rares sont ceux qui y croient, compte tenu de la différence énorme de niveau de vie (de un à 20 entre le Yémen et l’Arabie) et aussi car ces monarchies conservatrices ne verraient pas forcément d’un bon oeil l’entrée dans leur club d’une République dont le système politique repose sur des élections, même très imparfaites.

Pire qu’en Afrique

L’aide étrangère constitue pour l’heure la seule bouée de sauvetage pour le Yémen. “Nous avons besoin de plus d’aide publique au développement”, martèle Abdel Karim Ismaïl Arhabi.

Le Yémen, dit-il, reçoit actuellement environ 13 USD par habitant, alors que sa “situation est pire que celle d’Afrique”. Mais en cette période de récession mondiale, l’avenir de l’aide publique est sombre.

Fin 2006 à Londres, une conférence de donateurs a enregistré des engagements d’aide d’un montant total de 5,7 milliards de dollars, mais plus de deux ans plus tard, “20% seulement des promesses ont été réalisées”, selon un expert.

Alors, le Yémen peut-il couler ?

Pour la communauté internationale, les enjeux sont énormes. “La seule solution pour que le Yémen s’en sorte, c’est que le monde entier se penche sur son sort et qu’au lieu d’attendre que le pays sombre dans le chaos comme la Somalie, il l’empêche d’y tomber”, résume un diplomate. “Je ne vois pas comment on peut laisser ce pays aller à la dérive”.