01/08/09 (B510)  16ème anniversaire de l’arrivée des premiers réfugiés djiboutiens à Addis Abeba. Hommage à tous ceux qui sont morts en Ethiopie, abandonnés par leur patrie et ignorés par le HCR, l’Ethiopie et la communauté international. (Lettre ouverte du Comité des réfugiés djiboutiens d’Addis Abeba)

________________________________ Note de l’ARDHD
Sous 24 ou 48 heures, nous publierons la liste des personnes décédées, qui est évoquée dans cette lettre. Le travail de restranscription est relativement long et il ne sera achevé qu’en fonction des disponibilités des membres de l’équipe.

Mais nous tenions à publier cette lettre et cet appel dans les meilleurs délais, aussitôt que nous l’avons reçue, même si elle date de plus d’un an, au moment de l’affaire Hasna.
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Comite des Refugies djiboutiens

Addls le 12 mal 2008

Au President de I’ARDHD


Objet: Listedes réfugiés djiboutiens, décédés en Ethiopie.

Monsieur le Président,

Vous trouverez, ci-dessous, la liste des réfugiés djboutiens qui sont morts sur le sol éthiopien depuis leur établissement dans ce pays en 1993.

C’est le résultat d’un travail difficile et minutieux car personne n’a jamais tenu de registre d’Etat-civil pour les réfugiés djiboutiens en Ethiopie .

Il est impossible d’en garantir l’exhaustivité car nous avons été contraints de faire appel à la mémoire des membres du Comité des réfugiés pour lister toutes les personnes qui ont péri durant ces quinze dernières années

Par exemple, nous sommes dans l’incapacité de dresser un bilan exact des nourrissons et des bébés décès qui ont perdu la vie en bas âge. La majorité des personnes qui sont répertoriées ont été “détenues” dans les localités de la région 2 (État National et Régional Afar) où les soins médicaux sont très rares, pour ne pas dire inexistants.

Signalons, dans celte région abandonnée depuis longtemps à son compte par les régimes successifs, qu’il n’y a qu’un seul centre hospitalier digne de ce nom dans un rayon de 700 km et qu’il est censé répondre aux besoins d’une population estimée à trois millions d’âmes : cet hôpital est débordé et souvent saturé.

Et pourtant, c’est le seul hôpital. Il est en charge des soins médicaux pour une zone de 150.000 km2 (plus du quart de la France) et en plus il est considéré sur le plan budgétaire comme le parent pauvre de l’Éthiopie. C’est vrai dans différents domaines car cette région est connue pour abriter des foyers où les moustiques prolifèrent à la saison des crues. (Malaria, Diarrhée, Choiera ou Tuberculose font de nombreuses victimes. Tout ceci est aggravé par les dérèglements climatiques accompagnés de nouvelles calamités atmosphériques qui provoquent des ravages supplémentaires parmi les hommes et le bétail au moment des inondations saisonnières.

Dans ces conditions, les réfugiés n’ont pas eu d’autres choix que de partager le sort du reste de population locale. C’est d’ailleurs toujours le cas, puisque le UN-HCR a fermé sa représentation sur place depuis 200l !!

Aujourd’hui, plus de 3000 personnes sont abandonnées a leur sort dans la région Afar. Elle subsiste dans la précarité le plus absolue. L’Administration régionale, consciente du problème avait attiré, à plusieurs reprises l’attention du UN-HCR sur la situation de ces populations, mais sans ne jamais obtenir la moindre réaction.

Combien d’enfants chétifs, combien de vieillards affaiblis par la sous-alimentation et les maladies ? Combien de femmes ont succombé aux conséquences d’accouchement dans des conditions rudimentaires ? Tous ont payé et payent encore un lourd tribu au refus d’assistance par la communauté internationale et au détournement des aides par l’Armée éthiopienne.

Depuis 1998, le stock des médicaments est stocké dans des hangars à Doubte. Il est approvisionné annuellement par le UN-HCR.

Malheureusement il a commencé à être réquisitionné par l’Armée nationale quand elle se battait contre l’Erythrée.

La situation est encore plus difficile quand l’accès aux traitements, qui était déjà en crise, est contrôlé par le bureau de représentation de l’ARRA. Cette administration étatique éthiopienne est censée subvenir à la protection et à l’assistance sanitaire des réfugiés. Elle a aussitôt suspendu la possibilité de transférer les malades vers les centres médicaux d’autres localités situées sur les haut- plateaux et qui sont mieux approvisionnées.

Durant la guerre, les déplacements ont été soit restreints, soit interdits : c’est alors que les décès des mères et des nourrissons ont été les plus nombreux.

A titre de preuve, nous vous adressons, en même temps, que la liste des défunts, une copie du rapport du représentant des réfugies djiboutiens de l’époque (Cf : rapport de tournée juin98). Il évoquait l’urgence d’organiser une assistance sanitaire et il demandait clairement aux responsables de l’ARRA et du UN-HCR de procéder à l’évacuation des camps situés à proximité des zones de conflit.

En conclusion, il est de notre devoir de lancer un appel à la Communauté internationale et aux Organisations de défense des droits de l’homme pour qu’elles prennent en compte la situation de ces personnes (dont le nombre est estimé à trois mille âmes).

Leur reconnaissance en tant que réfugiés est un préalable nécessaire, sinon toute assistance humanitaire leur sera retirée et ils continueront à vivre dans le dénuement le plus total, victimes des calamités et des épidémies, sans aucune ressources financières, sans soin et sans moyen pour envoyer leurs enfants dans des écoles.

Nous demandons à tous les Organismes qui interviennent en faveur des Droits de l’homme à ce qu’ils interviennent sans délai, auprès des différentes Agences des Nations Unies pour que toutes ces familles obtiennent la reconnaissance officielle de leur statut de réfugies, qu’elles soient enregistrées par le UN-HCR et qu’elles bénéficient des mêmes droits d’assistance et de protection, que ceux qui sont accordés à tous les autres réfugiés, issus de différentes nationalités.

Depuis bientôt 10 ans, elles en sont arbitrairement privées..

Comité des réfugiés djiboutiens
Mohamed Ismaël Ahmed
Mohamed Hassan Ali
Ail Moussa Seik