06/09/09 (B515) Nouvelles de Somalie (4 articles en Français)

____________________________ 4 – Le Figaro avec AFP

Somalie: négociations avec les insurgés

Le gouvernement somalien est engagé dans des contacts directs avec les insurgés extrémistes dans le but de mettre fin à un cycle meurtrier de violences dans le pays. “Le gouvernement maintient ses plans de réconciliation et nous avons commencé à discuter avec les groupes rebelles du Hezb al-Islam et des shebab,” a déclaré le ministre Ali Ahmed Jama somalien des Affaires étrangères, devant des journalistes à Mogadiscio.

“Certains d’entre-eux ont déjà rejoint le gouvernement et nous espérons que notre mission pour (parvenir à ) une réconciliation plus vaste sera bientôt fructueuse”, a ajouté le ministre somalien. “Nous travaillons étroitement avec toutes les communautés et le pays sera bientôt sous le contrôle du gouvernement”, a-t-il dit.

Ces déclarations surviennent après un accalmie relative dans les combats qui ont dévasté la capitale somalienne depuis que les shebab, un groupe qui s’inspire d’Al-Qaïda, et le mouvement plus politisé du Hezb al-Islam ont lancé une offensive militaire le 7 mai dernier.

___________ 3 – IRIN (Centre Info ONU) – Article conseillé (***)

ANALYSE: Qui affronte qui en Somalie?

En Somalie, les conflits se succèdent depuis 1991, date à laquelle le gouvernement du président Mohamed Siad Barre, aujourd’hui décédé, a été renversé par les forces de l’opposition. Jusqu’en 2006, les combats opposaient principalement des chefs de guerre appartenant à différents clans, qui se disputaient des territoires et des ressources. Ces affrontements incessants ont conduit à l’une des plus graves crises humanitaires du monde.

En 2006, à Mogadiscio, de violents combats ont opposé des groupes islamiques à une force née de l’alliance des différents chefs de guerre, se terminant par la défaite de cette dernière. Les milices islamiques, regroupées au sein de l’Union des tribunaux islamiques (UIC), ont au départ bénéficié d’un soutien considérable des civils et des milieux d’affaires, les Somaliens étant lassés de l’insécurité régnant dans les zones contrôlées par les chefs de guerre, notamment la capitale.

L’UIC comptait dans ses rangs à la fois des éléments radicaux – al-Shabab – et des membres modérés, mais les radicaux représentaient une petite minorité. De juin à décembre 2006, sous le contrôle de l’UIC, Mogadiscio, ainsi que d’autres régions du sud et du centre de la Somalie, ont connu un calme sans précédent.

En décembre 2006, les forces éthiopiennes, soutenues par les Etats-Unis – qui considéraient l’UIC comme une organisation terroriste – sont entrées en Somalie et ont mis en place, à Mogadiscio, le gouvernement fédéral de transition (TFG), qui avait été créé en 2004 après deux ans de négociations au Kenya, mais qui n’avait eu jusque là aucune existence effective.

Suite à cet événement, des affrontements sanglants ont eu lieu entre les forces restantes de l’UIC, c’est-à-dire notamment al-Shabab et ses partisans, et les forces alliées de l’Ethiopie et du TFG. Des centaines de milliers de civils ont été forcés de fuir leurs habitations.

En décembre 2008, les Ethiopiens se sont retirés de la Somalie, laissant à une Union Africaine bien modeste (l’AMISOM) le soin de défendre le gouvernement.

En janvier 2009, un accord de paix a été signé à Djibouti entre le TFG, soutenu par les Nations Unies, et une faction de l’opposition, l’Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie (ARS), conduisant à la création d’un parlement qui élut Sheikh Sharif Sheikh Ahmed comme président du TFG. L’ancien président de l’UIC était considéré par beaucoup comme un islamiste modéré.

Les Somaliens étaient nombreux à espérer que l’élection du président Ahmed et le retrait des troupes éthiopiennes mettraient un terme à la violence et inaugureraient une nouvelle ère de paix dans le pays. Ce ne fut pas le cas.

Le président Ahmed a été confronté à l’opposition d’une faction dissidente de son propre mouvement, l’ARS, dirigée par son ancien allié, Sheikh Hassan Dahir Aweys. Ce dernier, qui était basé à Asmara, en Érythrée, est revenu en Somalie pour y créer le Hisbul Islami (Parti de l’Islam).

L’accord de paix de Djibouti a également été rejeté par al-Shabab, qui s’était depuis longtemps séparé de l’UIC.

Alors qu’auparavant, les luttes pour le pouvoir en Somalie étaient dictées par un système clanique complexe, le conflit actuel correspond, en apparence du moins, à une guerre entre des groupes ayant différentes interprétations de l’Islam.

Les protagonistes

Les forces du TFG comprennent des combattants qui servaient autrefois différents chefs de guerre, des anciens membres de l’UIC, des milices claniques et des forces formées par les Ethiopiens. Le commandement centralisé de ces groupes disparates étant faible, malgré les efforts du gouvernement, ils ont beaucoup de difficultés à mener des attaques coordonnées. Des affrontements entre ces différentes unités ont été rapportés.

Pour le TFG, al-Shabab représente la principale menace. Ce groupe, qui est classé par les Etats-Unis parmi les organisations terroristes, est accusé d’avoir des liens avec Al-Qaeda. Il contrôle une grande partie du sud et du centre de la Somalie, dont certaines parties de Mogadiscio. Al-Shabab serait dirigé par un personnage obscur se faisant appeler Abu Zubeyr. D’après des sources somaliennes, son vrai nom serait Ahmed Godane, et il serait originaire de la région sécessionniste du Somaliland. Il se fait principalement entendre via des messages enregistrés transmis aux radios somaliennes. L’objectif proclamé du groupe est de propager l’Islam à travers le monde.

Ce mouvement a été accusé d’avoir enlevé et assassiné des membres du gouvernement et des journalistes, et de s’être livré à d’autres activités criminelles.

Une des idées maîtresses de la rhétorique officielle d’al-Shabab est que l’appartenance à un clan et l’origine géographique ne devraient jouer aucun rôle dans les questions de commandement, et que n’importe quel Somalien devrait pouvoir devenir « émir », c’est-à-dire général, dans n’importe quelle région du pays. Or cette politique ne semble pas être appliquée dans le centre de la Somalie, où seuls les locaux obtiennent le grade d’émir.

Al-Shabab considère que le président Ahmed a trahi la cause islamique et que lui et son gouvernement sont des « Murtadin » (apostats). Le groupe défend l’application stricte de la Sharia.

Comme al-Shabab, Hisbul Islami combat aussi le TFG, mais il ne semble pas qu’il soit impliqué dans des enlèvements ou des assassinats. En outre, les deux groupes ont des préoccupations différentes. Hisbul Islami est tourné vers l’intérieur et s’intéresse aux affaires locales plutôt qu’aux enjeux internationaux, d’après des analystes somaliens. M. Aweys, son leader, considère l’accord de paix de Djibouti comme une trahison. Le groupe serait soutenu par l’Erythrée, ce que cet Etat nie systématiquement.

Hisbul Islami assure qu’il cessera le combat si toutes les « forces étrangères », y compris les troupes de l’AMISOM (voir ci-dessous), quittent la Somalie.

Ahlu Sunna Waljama est une secte soufie, considérée comme plus modérée qu’al-Shabab en matière d’interprétation de l’Islam. Ce groupe a rejoint le conflit fin décembre 2008, délogeant al-Shabab des villes de Guri-Eil et Dusamareb, dans la région de Galgadud. Cette milice contrôle aujourd’hui tout le Galgadud, dans le centre de la Somalie.

Ahlu Sunna Waljama est divisée en deux branches. La première, créée par les chefs religieux soufis, bénéficie du soutien de l’Ethiopie. Cette branche se concentre essentiellement dans les régions du centre. L’autre est dirigée par d’anciens chefs de guerre, qui utilisent apparemment cette appartenance pour se refaire un nom. Cette deuxième branche, qui est basée principalement dans le sud, dans les régions de Gedo, Bay et Bakol, a des liens avec le TFG.

Les forces africaines

L’AMISOM, composée principalement de troupes ougandaises et burundaises, est présente dans le pays depuis 2007. Jusqu’à récemment, son rôle consistait uniquement à protéger le président, le premier ministre et les infrastructures vitales telles que l’aéroport et le port de Mogadiscio. Ces derniers mois, les troupes de l’AMISOM ont été forcées de participer au conflit, car elles ont été attaquées par des insurgés. D’après les Somaliens, ces troupes bombarderaient à l’aveuglette en réponse aux attaques, une accusation qu’elles récusent.

Les troupes de l’AMISOM, qui comptent environ 5 000 hommes, sont soutenues par les Etats-Unis et les Nations Unies, et se concentrent à Mogadiscio.

Troupes éthiopiennes

En janvier 2009, l’Ethiopie a déclaré que toutes ses troupes s’étaient retirées de Somalie. Depuis, la présence de troupes éthiopiennes a été signalée dans certaines régions du centre du pays, mais l’Ethiopie nie ces affirmations. Des sources locales de Beletweyne ont dit à IRIN que des forces éthiopiennes étaient entrées dans la ville le 28 août, et qu’elles n’en étaient pas parties.


______________________________ 2 – Le Temps (Suisse)

«Je n’ai plus d’espoir pour la Somalie»

Vanessa Dougnac

Les regards sont sombres et les mains s’accrochent aux grillages de l’enceinte.

A l’entrée du camp de Dadaab, les derniers réfugiés arrivés de Somalie se massent en silence. Au péril de leur vie, ils ont voyagé de trois jours à trois semaines pour rejoindre le camp qui, depuis dix-huit ans, surgit telle une anomalie dans la brousse aride du Kenya, près de la frontière somalienne.

Menacés par les combats et la sécheresse qui sévissent dans leur pays, ces réfugiés viennent rejoindre le flot des 289 000 Somaliens qui s’entassent dans le plus grand camp de réfugiés du monde. Ce matin, les arrivants sont si nombreux que seuls 300 enregistrements seront traités par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

6.500 arrivées par mois

Car Dadaab est au bord de l’asphyxie. En Somalie, l’intensité des combats, qui opposent les insurgés islamistes radicaux aux forces gouvernementales du président Sharif Cheikh Ahmed, ne cesse de décupler, et l’insécurité alimentaire liée à la sécheresse de s’aggraver. Au rythme croissant de cette crise humanitaire, 6500 réfugiés arrivent chaque mois à Dadaab depuis le début de l’année.

Et les récits des réfugiés ne présagent pas d’accalmie. «Il n’y a plus aucune sécurité dans le sud de la Somalie», explique Ismael Abdullah, 25 ans, qui veille sur sa mère malade transportée dans une brouette. Lui est parti sur les routes six jours plus tôt pour fuir sa ville de Bu’aale et la violence des islamistes radicaux d’Al-Shabab.

«Avec la milice du Hezb-al-Islamiya, les combattants d’Al-Shabab sèment la terreur. A cela s’ajoutent des disputes entre les clans tribaux, explique-t-il. Les hommes d’Al-Shabab sont plus forts que jamais et contrôlent toute la ville. Ils imposent des taxes et recrutent à tour de bras.»

Ibrahim Barealliu, 45 ans, vient quant à lui de Baardheere où son père, un homme religieux, a été exécuté par Al-Shabab. «Je n’ai plus d’espoir pour la Somalie», souffle-t-il. Non loin, quatre femmes sont assises sur un banc, se réconfortant en se tenant la main. «J’arrive de Mogadiscio, dit la plus âgée.

Là-bas, c’est la guerre. Il y a quinze jours, mon mari et mes deux enfants ont été tués par des tirs.» Les quatre femmes essuient leurs larmes avec le pan de leur voile. «Pardonnez-nous, s’excuse l’une d’elles, c’est trop douloureux de raconter ce qui nous est arrivé à Mogadiscio.»

______________________________ 1 – Les Afriques

Somalie : Les insurgés rejettent l’appel au cessez-le-feu pendant le Ramadan

Les insurgés ont rejeté l’appel lancé le 23 août dernier par le gouvernement en faveur d’un cessez-le-feu pendant le mois du Ramadan et accusent le président Sharif Sheikh Ahmed de chercher à utiliser la religion comme une couverture pour réarmer ses troupes.

« Nous n’accepterons pas de cessez-le-feu.

Ce mois sacré sera un triomphe pour les moudjahidin et nous allons combattre l’ennemi », a déclaré le leader de Hizbul Islam, Sheik Hassan Dahir Aweys.

De son côté, Bare Adan Khoje, le commandant d’Al Shabab pour la région de Gedo dans le Sud-Ouest, estime que « la demande du président ne signifie pas qu’il a le respect du Ramadan, mais c’est uniquement pour réarmer ses milices pro-occidentales ».