15/11/09 (B525) Yémen Express (2 articles en Français)

____________________________ 2 – UNICEF

« Des enfants sont morts »

Les combats qui touchaient déjà la province du nord du Yémen s’étendent maintenant à l’Arabie Saoudite. Les droits les plus essentiels des enfants sont bafoués. Sigrid Kaag, directrice du bureau régional Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’Unicef, pointe du doigt cette crise aux graves conséquences pour les civils.

« L’Unicef est très préoccupé par l’escalade du conflit du nord du Yémen, les combats se sont maintenant étendus à l’Arabie Saoudite. 240 villages y ont déjà été évacués et 50 écoles fermées, se désole Sigrid Kaag. Le nombre total de personnes déplacées par ce conflit depuis 2004 dépasse aujourd’hui les 175 000 contre 150 000 il y a quelques semaines. La plupart d’entre eux n’ont toujours pas accès à l’aide humanitaire de base et nombreux sont ceux qui ont dû subir plusieurs déplacements. »

« Le nombre de personnes déplacées dans le camp d’Al-Mazrak dans le gouvernorat de Hajjah a plus que doublé en quatre semaines, atteignant aujourd’hui 15 000 personnes. Et 28 000 personnes vivent en dehors de ce camp, poursuit Sigrid Kaag. Durant ces trois derniers mois, les enfants affectés par le conflit au nord du Yémen ont vu tous leurs droits les plus essentiels violés.

Le manque d’accès à l’eau potable, à la nourriture, à l’hygiène met leur santé et leur bien-être en danger, menaçant leur survie. Une situation qui ne pourra qu’empirer avec l’arrivée de l’hiver.»

L’appel de l’Unicef

« Des enfants sont morts dans le camp d’Al-Mazrak : la malnutrition, un problème déjà chronique au Yémen, atteint des records alarmants, déplore Sigrid Kaag. Plus de 600 enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère et bénéficient aujourd’hui d’un traitement. »

« Etant donné les ressources disponibles dans la région, il n’est pas concevable que les enfants du Yémen meurent de malnutrition. Une action urgente et une aide renforcée sont indispensables, plaide la responsable du bureau de l’Unicef dans la région. L’Unicef appelle toutes les parties à s’assurer que les enfants sont protégés de la violence et qu’ils bénéficient de l’assistance dont ils ont besoin. L’Unicef renouvelle son appel pour un accès immédiat, sûr et sans entraves aux populations affectées et pour une ouverture de corridors humanitaires sécurisés pour fournir aux civils innocents tout le secours dont ils besoin d’urgence. »

____________________________ 1 – Ilouban.info avec AFP

Yémen: les Houthis peut-être tentés par le modèle du Hezbollah libanais

Les rebelles chiites du nord du Yémen pourraient être tentés de marcher sur les traces du Hezbollah libanais, selon des analystes à Sanaa qui s’interrogent sur les objectifs véritables des combattants zaïdites en lutte depuis 2004 contre le pouvoir central.
Farès al-Sakkaf, qui dirige le Centre des études de l’avenir, un organisme indépendant, évoque la perspective d’une formation politique flanquée d’une aile militaire avec un noyau d’administration locale. “Les Houthis n’annoncent pas leurs intentions réelles. Ils disent que l’Etat les empêche de pratiquer leur foi, et que c’est pour se défendre qu’ils ont pris les armes”, déclare cet analyste à l’AFP.

“Mais après six campagnes de combats avec l’armée depuis 2004, je pense qu’ils cherchent à avoir un parti politique avec une aile militaire qui pourrait trouver sa place sur la scène politique”, comme le Hezbollah au Liban, dit-il.”Le réveil” des chiites au Yémen ressemble à celui des chiites du Liban même si “les Houthis ne sont pas une création de l’Iran”, souligne M.Sakkaf.

Le zaïdisme, branche du chiisme, a commencé, selon lui, à se politiser lorsque le premier chef de la rébellion, Hussein al-Houthi, a lancé “une réinterprétation des textes religieux de sa communauté pour leur donner un contenu revendicatif”. “Ses petits fascicules, largement diffusés, ont dessiné un projet politique” articulé autour de la défense de l’identité zaïdite et de l’hostilité à l’Occident, explique M. Sakkaf. Allié du pouvoir pendant la période d’ouverture démocratique des années 1990, Hussein al-Houthi a commencé à déranger par son activisme croissant, et c’est une opération pour arrêter cet ancien député qui a déclenché la rébellion en 2004.

Cet activisme, le fait d’un groupe appelé “les jeunes croyants”, une aile dure créée par Hussein al Houthi au sein du parti zaïdite modéré Al-Haq, s’est manifesté par un accueil houleux réservé au président Ali Abdallah Saleh lors d’une visite dans le nord en 2003. Il a culminé avec une manifestation monstre et violente dirigée contre l’ambassade américaine à Sanaa en protestation contre l’invasion de l’Irak la même année. Sur le terrain, les rebelles dégradent, selon de nombreux récits, tous les symboles l’Etat mais tentent aussi de créer le noyau d’une administration locale avec des juges, une collecte de l’impôt et la protection des civils zaïdites.

Mohammed al-Dhahiri, professeur de sciences politiques à l’université de Sanaa, ne croit pas toutefois à une ressemblance entre les Houthis et le Hezbollah. “Ils sont différents idéologiquement”, estime-t-il pour l’AFP, notamment parce que les Houthis ne vénèrent que cinq imams et que les chiites libanais en révèrent douze. “La géostratégie n’est pas la même”, poursuit-il, expliquant que les Houthis peuvent difficilement justifier leur combat par la “résistance à Israël”.”On surestime la force des Houthis là où il faut parler de la faiblesse de l’Etat”, dont les projets de développement ont été freinés par les rivalités entre tribus puissantes, faisant le lit de la rébellion, selon cet analyste.

Pour Mohammed Yahia al-Sabri, un dirigeant de l’opposition, “il n’est pas exclu que les Houthis cherchent à contrôler une partie du territoire pour pouvoir négocier une portion du pouvoir”. “Le pays chiite yéménite, négligé et où l’Etat est peu présent, ressemble en effet à la zone chiite libanaise, mais personne ne peut dire avec certitude que les Houthis ont les capacités du Hezbollah et son organisation à moins que quelqu’un veuille qu’il les ait”, déclare-t-il, en allusion à l’Iran.