23/10/10 (B575) 17ème anniversaire de l’arrivée des premiers réfugiés djiboutiens en Ethiopie. (Par Omar Gabasse co-représentant des réfugiés)

Rapport sur la situation actuelle des réfugiés djiboutiens en Ethiopie.

Le contexte régional n’est toujours pas favorable aux Afar.

On ne peut pas dire que les réfugiés djiboutiens d’origine suscitent la compassion en Ethiopie. Il faut reconnaître que leurs cousins érythréens, pourtant considérés comme des alliés politiques temporaires, sont aussi traités comme des citoyens de troisième catégorie.

Il est probable que les qualités guerrières du peuple érythréen continue à hanter la mémoire régionale.

Aucun des peuples qui cohabitent avec eux n’arrive à se départir de préjugés hostiles à l’encontre des habitants issus du monde Afar.

Les ressortissants érythréens, quand ils sont d’origine Afar, sont cloîtrés dans des camps de fortune dans la région 2, tandis que leurs compatriotes Tigréens bénéficient des plus grandes facilités pour obtenir la réinstallation dans d’autres pays du monde.

Rappelons que ce osnt près de 18.000 Afar djiboutiens qui se sont réfugiés en 1993 en Ethiopie et qui ont été “parqués” en région 2. L’Ethiopie ne s’est pas privée pour capter l’assistance humanitaire fournie par les Nations unies … Est-ce pour continuer à bénéficer de ces fonds, que l’Ethiopie a fait une énorme pression sur le HCR pour qu’elle ne les admette pas au titre de réfugiés, mais seulement de personnes déplacées ?

C’est l’histoire, abordons maintenant les problèmes actuelles qui tracassent en ce moment les réfugiés djiboutiens. Ils concernent surtout l’attitude que l’UN HCR adopté vis à vis de cette communauté, demandeur d’asile.

Depuis les divers événements qui se sont déroulés à Djibouti : opérations de police et exactions menées par l’armée Djiboutienne contre les populations Afar soupçonnées de soutenir la rébellion du FRUD, des centaines de personnes ont été contraintes de fuir les hameaux, les villages ou les villes des districts nord de la République de Djibouti pour trouver refuge en territoire éthiopien.

Ces événements ont été peu couverts par les medias étrangers. Les journaux de l’opposition en exil et les organismes de Défense des Droits de l’Homme et en particulier l’ARDHD ont publié des articles alarmants à ce sujet.

La répression a d’abord affecté les tribus qui nomadisent à proximité du Mont Moussa-Ali avant de se déployer dans la région du Mont Siyyarou où les militaires ont pillé les biens et bétails avant de mettre systématiquement le feu aux habitations et aux campements.

Il est rapporté que, dans le secteur périphérique du Mont Siyyarou, plus exactement a Hilou, les militaires ont torturés plusieurs individus par le feu en les roulants sur des braises ardentes.

Fuyant les harcèlement des hordes à la solde du régime djiboutien, après des jours de marche et des périls, la plus grance partie de ces pères et mères de familles angoissées se sont faits déclarés auprès des autorités éthiopiennes.

Certaines familles ont été admises au statut de demandeurs d’asile par l’ARRA. A ce titre elles ont obtenu des cartes de demandeurs d’asile.

Pourtant l’ UN HCR refuse toujours de les reconnaître à partir du moment où ce sont des ressortissants Djiboutiens.

Pire même, car depuis peu, les demandeurs d’asile en provenance de notre pays sont confrontés à un discours rigide et affligeant qui leur est servi par les responsables de l’ARRA. Ces derniers leur disent que les règlent ayant été modifiées, ce n’est plus à Addis Abeba que les réfugiés djiboutiens doivent se faire enregistrer, mais Aysaita, situé à 700 km de la capitale.

On leur vante les mérites de l’état régional et national Afar qui a ouvert un camp a été ouvert spécialement pour accueillir les refugies Afar érythréens. On ajoute même qu’unbureau de l’ARRA est à leur disposition pour les accueillir et pour les enregistrer comme les autres.

Le 11 octobre, une dizaine de réfugiés djiboutiens se sont rendus à Aysaita sur la base des recommandations officielles de l’Arra, qui s’était engagée à informer ses correspondants locaux.

Quand ils sont arrivés sur place, le bureau de l’Arra leur a fourni les formulaires à remplir, mais … UN HCR a refusé catgoriquement que les Djiboutiens soient enregistrés parmi les érythréens estimant que ce n’était pas la place appropriée pour eux.

UN HCR a repis son vieux discours en déclarant que Djibouti était un pays en paix et que les réfugiés n’avaient qu’à retourner chez eux. Un retour de cinq ans en arrière.

Il faut savoir que ces onze familles ont effectué un périple de 700 km dans des conditions difficiles, sans argent et souvent sans manger pour épargner les quelques birrs éthiopiens collectés auprès de leurs frères d’Addis.

Apres avoir passé une semaine passée à errer entre les bureaux de l’Arra et ceux du UN HCR, ces personnes sont rentrées bredouille à Addis Abeba et ne savent plus quoi faire

Il convient de souligner que si l’ARRA semble avoir assoupli sa position vis à vis des réfugiés djiboutiens l’UN HCR a repris son discours de fermeté pour refuser d’enregistrer les réfugiés djiboutiens au titre de réfugiés.

Discrimination

Un autre cas typique de discrimination est celui auquel se trouvent confrontés depuis deux ans, certains des nos compatriotes. Ayant obtenu le statut de réfugieés urbains, ils bénéficient des allocations versées par le bureau du UNHCR, mais … ils se voient abusivement refuser l’accès à l’assistance sanitaire, éducative et financière.

Quand ils la réclament l’UN HCR leur dit qu’ils n’ont qu’à les envoyer dans l’un des camps.

Comment une organisation internationale peut-elle pratiquer une certaine forme de chantage “en imposant” à des familles de se séparer de leurs enfants mineurs en les envoyant dans des camps distant de plusieurs centaines de km.

Voila le traitement injuste que l’UN HCR d’Addis réserve exclusivement à un groupe de réfugiés parce qu’ils sont d’origine djiboutienne. Et les responsables leur répondent qu’ils interrogent, leur répondent avec une belle unanimité qu’ile ne font qu’appliquer une décision gouvernementale éthiopienne !

Ils ajoutent même qu’ils ne peuvent satisfaire les demandes de ces familles qui souhaitent rester dans la capitale, qu’à la seule condition qu’elles acceptent de de séparer de leurs filles et fils excédentaires.

Voila le type de discours taillé sur mesure qu’on leur répète à chaque entretien.

Sachez aussi que les réfugiés djiboutiens d’Addis Abeba n’ont pas les moyens d’habiter le centre ville. Pour se rendre au bureau du UN HCR, ils doivent souvent parcourir plus d’une dizaine de kilomètre à pied ! Et cela plusieurs fois par semaine pour tenter de remédier à la situation déplorable dans laquelle se trouvent leurs enfants.

Désormais, il est devenu inutile que les Djiboutiens essayent d’obtenir le statut de réfugiés. Certains d’entre eux ont passé avec succès l’interview d’éligibilité devant la commission mixte de l’ARRA et du UN HCR. Pourtant ils n’ont toujours pas le droit à l’assistance familiale, car une partie des membres de leurs famille s’en trouve arbitrairement exclue.

Même blocage pour les réfugiés inscrits depuis des années.

La majorité des dossiers “anciens” sont bloqués actuellement au niveau du département de la protection du UN HCR.

Sept dossiers ont été transmis pour une réinstallation. Deux familles auraient du passer des interviews avec les agents de l’immigration américaine et australienne.

Par hasard, les deux chefs de famille n’ont été avertis que le matin même, pratiquement quelques minutes avant la convocation. Sachant qu’il leur faut plusieurs heures pour se rendre au lieu de convocation, ils sont arrivés trop tard et n’ont pas pu avoir les interviews.

Pour les autres communautés, le bureau UN HCR affiche la listes des personnes qui doivent passer des interviews quelques jours avant, mais les réfugiés djiboutiens ont un autre traitement : on leur téléphone quelques minutes avant … Cherche-t-on à les exclure volontairement de toute possibilité de réinstallation ?

Omar Gabasse
Co-representant des refugies Djiboutiens en europe