27/02/11 (B593) DJIBOUTI, ATTENTION DANGER ! (Par Bouh Warsama)


Retrouvez l’intégralité des chroniques
de Bouh Warsama : lien

DJIBOUTI
ATTENTION DANGER !

Paris doit consolider l’éveil démocratique du pays
avec l’opposition politique
et la jeunesse car la saison
des tempêtes a déjà commencé.

Bouh Warsama

A l’heure où les quinze pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU se réunissaient à New York pour se pencher sur un projet de résolution avertissant Mouamar Kadhafi qu’il « pourrait » être (observez le conditionnel utilisé officiellement et non « sera ») poursuivi pour crimes contre l’humanité par la Cour Pénale Internationale, les mercenaires d’Ismaïl Omar Guelleh et de Kadra Mahamoud Haïd – sous la gouverne d’Hassan Saïd Kaireh – déferlaient tels des barbares de la répression dans les rues des quartiers de la capitale.

Ils défonçaient et défoncent encore aujourd’hui les portes des habitations pour se saisir de tout ce qui peut ressembler à un opposant politique à IOG ; de tout ce qui pourrait être un manifestant, et ce, dès l’âge de 11 ans …

– Osons le dire ! Depuis le 18 février 2011 au soir, la capitale de Djibouti est le théâtre des pires actes de répressions policières.

Ce sont de véritables fléaux quotidiens qui se succèdent les uns aux autres en générant des centaines d’arrestations, d’incarcérations et de tortures exclusivement pour servir d’exemple aux autres et faire ainsi « baisser la tête » aux populations, si possible, loin des regards réprobateurs des Occidentaux.

Nul n’est besoin de balles pour torturer et tuer, le tout étant de le faire à l’abri des regards…et des « fouineurs » !

Surtout à l’abri des regards des militaires occidentaux et tout particulièrement français qui ont pleine conscience de ce qu’il se passe réellement à Djibouti sous le régime Guelleh/Haïd mais qui ont la sacro-sainte « obligation de réserve » qui est celle de « fermer leur G….. ».

Alors les militaires se taisent mais ne baissent pas la tête et témoigneront en temps et en heure.

– Mais Djibouti, c’est où ? C’est loin de Tripoli ?

Ouf, enfin ce n’est pas trop tôt ! Serait-on tenté de clamer fort et haut : « Mouamar Kadhafi…pourrait être poursuivi pour crimes contre l’humanité ? On attendait cela depuis si longtemps mais la déplorable politique du pantalon baissé était passée par là et avait fait obstacle… ! ».

Enfin ! Nous voici rassurés, quel soulagement pour les « bonnes consciences » occidentales soudainement horrifiées par les massacres en Libye…mais dont la vision s’arrête au bord de la Mer Méditerranée.

Autant dire aux portes de l’Europe donc des logis des « bonnes consciences » si peu dérangées par les évènements gravissimes qui se passent là bas, au loin, à Djibouti ; y compris par le génocide lancé contre les populations du nord du pays et qui perdure depuis plus de 30 années.

Souvenons-nous des massacres par bombardements au napalm perpétrés sur les populations Afars (vieillards, femmes et enfants) de Yoboki et d’ailleurs. Il y a de cela un peu plus de 15 années, des centaines d’humains sans défense furent sacrifiés au nom d’un « diplomatiquement correct » qui ne voulut pas voir la vérité.

Ismaïl Omar Guelleh a depuis tiré la leçon de ce qui avait failli coûter son trône à Hassan Gouled.

Finis les bombardements au napalm – napalm offert gracieusement à l’époque par Saddam Hussein au Général Zakaria Cheick Ahmed – aujourd’hui il faut soigner son image, masquer les vérités qui perdurent.

Alors on élimine les opposants un à un ou par petits paquets dans les prisons ; rarement plus de trois en même temps.

Des prisonniers « disparus » dont nul n’entendra jamais plus parler et dont les familles, les enfants espèrent toujours le retour ou des hommes décédés suite à une crise cardiaque, rupture d’anévrisme, mort subite…suicide.

Le panel des possibilités est large dans ce domaine et il restera toujours la solution de payer la famille pour l’aider financièrement afin d’éviter toute réclamation.

Les « bonnes consciences » occidentales sont peu concernées par le sang versé sous les matraques de la répression (le sang djiboutien serait-il d’une autre couleur ? Donc de peu d’importance ?), à peine touchées émotionnellement par les centaines de manifestants incarcérés et torturés, par les femmes violées dans les geôles, par les jeunes souvent tout juste sortis de la petite enfance et marqués à vie par les sévices car pris en otages pour faire taire les familles ; puis maltraités à la prison de Gabode et dans les cellules des Commissariats ou de la Gendarmerie du méprisable « Colonel tortionnaire » Zakaria.

En Occident, les « bonnes consciences », particulièrement élyséennes, sont bien peu contrariées par les dizaines de disparitions de pères de familles – opposants politiques – lors d’incarcérations pour un simple « délit d’opinion », dans ce petit pays du bout du monde écrasé de soleil mais si loin de la France, si loin là bas, derrière l’horizon !

– Comme nous l’avons souvent dit et répété, du haut du Palais de l’Elysée et de Matignon, même sur la pointe des pieds, on ne voit pas Djibouti et ce qu’il s’y passe !

Pourtant lors des deux grandes guerres du siècle dernier, la mère patrie « La France » n’avait pas hésité à brandir ses trois couleurs pour enrôler dans ses armées ses soldats d’Afrique, ses enfants du soleil pour en faire des « Combattants de première ligne » aptes à défendre avec honneur le territoire national ou les envoyant la nuit, dans les pires conditions climatiques, en escouades pour harceler les lignes défensives ennemies, nettoyer le terrain et « bouffer du fasciste, de l’envahisseur » !

Des hommes, trop souvent soldats oubliés et leurs descendants dont le seul crime a toujours été de demander le respect de leurs Droits républicains, de leurs droits d’êtres humains tout simplement.

Des hommes et leurs enfants qui en désespoir de cause, las des discours trompeurs et de l’oubli insultant dans lequel on les tenait encore récemment, las des dictateurs et de leurs clans tribaux mafieux qui s’accaparent tous les pouvoirs et le reste dans leur pays, se sont levés pour accompagner le courage d’un jeune tunisien (AMIN) et qu’il faudra écouter ou …supprimer pour ne plus les entendre.

– Ismaïl Omar Guelleh utilise les mêmes méthodes que Kadhafi mais peu osent aller « fouiner » dans ses affaires et les dévoiler sur la place publique, au grand jour !

Acculé aux pires extrémités alors que le glas marquant la fin inéluctable de son régime tyrannique retentit dans tout le pays et ne cesse de raisonner bien au delà des frontières, IOG est plus que jamais attentif sur ce qu’il se passe en Libye.

Il a pleine conscience que les condamnations verbales, menaces pénales et, peut être, embargo sur les livraisons d’armes ne sont, au final et le plus souvent, que des coups d’épée dans l’eau émanant de l’ONU.

Comme Kadhafi, le tyran djiboutien possède déjà du matériel de guerre en quantité suffisante, complaisamment fourni depuis bien des années par les USA, la France et les pays occidentaux ; tout récemment par la Chine.

Un matériel de guerre lui permettant de « hacher menu » toute l’opposition, voire même toutes les populations qui s’opposeraient à lui à Djibouti.

Quant aux mercenaires étrangers au pays, il les paie grassement en détournant les Aides internationales…au Développement.

De surcroît, n’oublions pas qu’IOG a été récemment cité, une nouvelle fois, dans un rapport d’experts de l’ONU comme étant le ou l’un des principaux trafiquants d’armes à destination de la Somalie.

Etat voisin au sein duquel il veille, depuis la chute de Syad Barré – en janvier 1991 – à y générer et à y maintenir financièrement tous les antagonismes et les combats qui, par évidence, sont une source de revenus importants.

Le président djiboutien, autoproclamé par deux fois, agit impunément en toute occasion et se pense être protégé par une présence militaire importante des Occidentaux à Djibouti ce qui, sur ce dernier point, reste à démontrer car il semblerait bien qu’IOG et Paulette, sans foi ni loi, en sont arrivés à déranger outre-mesure le « diplomatiquement correct » et les sacro-saints principes du monde occidental.

Aux sommes, transférées sur des comptes situés dans des paradis fiscaux et prélevées sur les finances de l’Etat viennent s’ajouter les avoirs de la Banque Centrale de Djibouti (BCD) – qui se chiffreraient en milliards de Francs Djibouti – qui sont eux aussi ouvertement escroqués par les clans Haïd/Guelleh depuis des années.

Véritable pillage organisé, connu des Occidentaux, accompagné de corruptions de hauts fonctionnaires djiboutiens et …”étrangers”mis en évidence récemment par les Services de Renseignements français – la DGSE, Direction Générale de la Sécurité Extérieure – à partir des comptes de la Banque Centrale de Djibouti.

La méthode est bien connue ! C’est, entre autres, celle de l’effacement de lignes complètes de crédits qui concernent des emprunts d’Etat, des Aides internationales en provenance de l’UE et des Aides Publiques au Développement (ADP) affectées à Djibouti par l’Elysée, via Matignon.

– Le Palais de l’Elysée aurait-il les bras ballants ?

Du haut de son balcon et après que dans d’autres temps Paris ait tant protégé le tyran Ismaïl Omar Guelleh dans l’affaire de l’assassinat du juge Bernard Borrel en octobre 1995 à Djibouti (nous allons bientôt savoir POURQUOI !), allant même jusqu’à lui remettre la légion d’honneur sur le parvis du Palais de l’Elysée, de la même façon que ledit président français d’alors avait longtemps regardé le siège de Sarajevo tout en ignorant le massacre de Srbrenica, il ne faudrait pas qu’une fois encore la France reste paralysée, les bras ballants face au drame djiboutien.

N’en déplaise à tous les populismes, aux électoralismes à vocation tribaliste, les Djiboutiennes et les Djiboutiens attendent du Palais de l’Elysée non point des discours sur les Droits de l’humain mais des actes forts pour accompagner et consolider l’éveil démocratique de leur pays car la saison des tempêtes a déjà commencé et ne s’arrêtera qu’avec l’avènement d’une véritable ouverture à la démocratie.

Si la jeunesse djiboutienne a ceci de beau au point qu’elle peut admirer le courage sans comprendre, avec raison elle exige qu’on exige la Liberté.