22/04/11 (B600) Le journal de la Flibuste – Recrudescence de la piraterie maritime en 2011 – un cargo italien capturé en mer d’Arabie – L’OMI déplore l’utilisation des marins comme bouclier humain – l’ONU juge nécessaire une réponse globale à la piraterie – le monde est en train de perdre la bataille de la piraterie – deux Russes parmi les marins relâchés en Somalie – le Conseil de sécurité de l’ONU envisage de créer des tribunaux somaliens – Des armateurs français s’arment contre la piraterie (8 articles)

______________________ 8 – Le Moci

22/04 Recrudescence de la piraterie maritime en 2011

Sophie Creusillet

La piraterie maritime a atteint un niveau record. Le Bureau international maritime (BIM) a recensé 142 actes de piraterie au cours des trois premiers mois de cette année, contre 67 durant le premier trimestre 2010. Une forte hausse, principalement due à l’hyperactivité des pirates opérant aux larges des côtes somaliennes, où 97 attaques ont été enregistrées, contre 35 l’an passé.

« La piraterie est l’une des conséquences de 20 ans de crise politique en Somalie », a déclaré le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Somalie Augustine Mahiga, au cours de la conférence internationale sur la lutte contre la piraterie qui s’est déroulée le 19 avril à Dubaï. Pour M. Mahiga, la lutte contre ce phénomène qui coûte chaque année entre 3,5 et 8 milliards de dollars aux armateurs du monde entier passe « avant tout par une approche politique », et non par une solution militaire.

Depuis la chute du gouvernement de Siad Barre en 1991 la Somalie est en proie à un profond chaos. L’anarchie des seigneurs de la guerre a nécessité l’intervention des Nations unies de 1992 à 1995. Au cours de ces vingt dernières années les attaques de navires se sont multipliées au large des côtes de la Somalie et du Yémen. Pour y remédier, l’Onu a créé une force militaire, la Combine Task Force 151, chargée de lutter contre la piraterie. La Force maritime européenne Atalante, dont la France a pris le commandement pendant quatre mois d’août à novembre 2010 (voir photo), a été également crée à l’automne 2008. En vain.

______________________ 7 – Ria Novosti (Russie)

21/04 un cargo italien capturé en mer d’Arabie

Un cargo italien avec 22 membres d’équipage à son bord a été intercepté par des pirates en mer d’Arabie, au large d’Oman, a rapporté jeudi l’agence de presse Ansa.

Selon l’agence, le navire Rosalia d’Amato se rendant du Brésil en Iran, a été attaqué par les pirates à 400 milles au sud d’Oman. L’attaque n’a pas fait de victimes au sein de l’équipage qui compte six Italiens et seize Philippins.

Le 11 avril, le Conseil de Sécurité de l’Onu a approuvé à l’unanimité la résolution 1976 prévoyant un ensemble de mesures visant à stabiliser la situation politique et économique en Somalie. La résolution appelle notamment à étudier d’urgence la possibilité de créer des tribunaux spéciaux somaliens pour juger les personnes soupçonnées de piraterie au large des côtes du pays et en haute mer, y compris une cour somalienne extraterritoriale spécialisée.

La Somalie, partagée entre différentes factions hostiles depuis la chute du dictateur Mohamed Siad Barre en 1991, n’arrive pas à réprimer elle-même la piraterie au large de ses côtes. Reconnue par la communauté internationale comme l’unique organe de pouvoir légal, le Gouvernement fédéral de transition (GFT) ne contrôle qu’une partie de Mogadiscio, le reste du pays étant administré par des entités autonomes refusant de se soumettre aux autorités centrales.

______________________ 6 – Afrique en Ligne avec Pana

20/04 L’OMI déplore l’utilisation des marins comme bouclier humain

L’Organisation maritime internationale (OMI) a condamné mardi l’utilisation des marins comme bouclier humain après la poursuite de la détention par les pirates somaliens de sept membres d’équipage d’un navire récemment libéré suite au paiement présumé d’une rançon. L’OMI a indiqué dans un communiqué que ‘six officiers et un membre d’équipage du navire M/V Asphalt Venture sont détenus dans un endroit inconnu après que le navire et le reste des membres de l’équipage ont été libérés par les pirates somaliens jeudi dernier, près de sept mois après le détournement du navire.’

‘L’utilisation des marins comme bouclier humain dans des actes de piraterie – l’un des crimes les plus odieux contre l’humanité en mer – est totalement inacceptable”, a souligné le communiqué.

Le communiqué de l’agence survient dans un contexte où la communauté internationale est de plus en plus préoccupée par le problème de la piraterie, notamment au large des côtes somaliennes.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a indiqué mardi que la Trust Fund mise en place pour soutenir les initiatives des Etats qui luttent contre la piraterie au large des côtes somaliennes nécessitait plus de ressources pour mener à bien son mandat.

Le fonds a approuvé 12 projets d’une valeur de 4,3 millions de dollars américains depuis sa création au mois de janvier de l’année dernière, y compris un projet médiatique pour propager des messages contre la piraterie dans la région et d’autres initiatives pour renforcer l’application de la loi et la justice pénale en Somalie, au Kenya et aux Seychelles.

Dans un message lancé en son nom par la Conseillère juridique des Nations unies, Patricia O’Brien, lors d’une cérémonie de soutien à la Trust Fund à Dubai, Ban Ki-moon a indiqué que ce fonds offrait l’opportunité de traduire en actes concrets les préoccupations régionales et globales.

______________________ 5 – Radio Chine avec XINHUA

19/04 l’ONU juge nécessaire une réponse globale à la piraterie

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé lundi à une réponse globale à la piraterie au large des côtes de la Somalie, affirmant que la menace était une conséquence de l’insécurité généralisée, de l’absence d’un gouvernement national stable et du sous-développement dans ce pays de la Corne de l’Afrique.

“La piraterie n’est pas une maladie d’origine hydrique. C’est un symptôme de la situation sur le terrain, dont la situation politique et sécuritaire en Somalie”, a déclaré Ban Ki-moon dans un message à une conférence sur la piraterie à Dubaï, dont le thème est “Menace mondiale, réponses régionales : forger une vision commune face à la piraterie maritime”.

“Notre réponse doit être globale et complète, englobant une action simultanée sur trois fronts : la dissuasion, la sécurité et la primauté du droit, et le développement. Nous devons travailler avec les autorités de la Somalie, et nous devons intégrer nos efforts de lutte contre la piraterie dans une solution globale pour la Somalie”, a ajouté le secrétaire général dans ce message, qui a été lu en son nom par la secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires juridiques, Patricia O’Brien.

Selon Ban Ki-moon, les travaux du Groupe international de contact sur la piraterie au large de la côte de la Somalie sont essentiels pour faciliter les discussions et la coordination entre les États, les organisations, le Gouvernement fédéral de transition somalien, les administrations régionales du pays et diverses marines nationales qui mènent des opérations militaires.

Le Groupe de contact a été établi en 2009, en vertu d’une résolution du Conseil de sécurité, pour faciliter les discussions et la coordination des actions entre les États et les organisations régionales pour réprimer la piraterie.

Ban Ki-moon a rappelé que son ancien conseiller spécial sur les problèmes juridiques liés à la piraterie au large de la Somalie, Jack Lang, avait expliqué comment la Somalie et la communauté internationale pouvaient légalement intensifier les efforts de lutte contre le piraterie. Une des mesures préconisées par M. Lang est la consolidation de l’aide internationale pour augmenter la capacité carcérale.

“Certaines de ses recommandations sont déjà mises en uvre, mais à une échelle modeste, avec l’aide de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) », a souligné le secrétaire général.

Il a également rappelé aux participants de la conférence de Dubaï que le Conseil de sécurité avait décidé la semaine dernière d’examiner d’urgence la création de tribunaux spécialisés en Somalie pour juger les pirates présumés à la fois en Somalie et dans la région, une des recommandations de M. Lang.

_______________________ 4 – CyberPress (Canada) avec AFP

18/04 le monde est en train de perdre la bataille de la piraterie

Le monde est en train de perdre la bataille contre les pirates, a prévenu lundi le ministre des Affaires étrangères du gouvernement somalien de transition au premier jour d’une conférence à Dubaï, soulignant que la piraterie ne peut être éradiquée que sur terre.

«La course entre les pirates et le monde est en passe d’être gagnée par les pirates», a déclaré Mohammed Abdulahi Omar Asharq devant la conférence sur la lutte contre la piraterie.

«Il est clair que la piraterie ne peut être éradiquée que sur terre, où elle croît et persiste», a dit le responsable somalien.

Même constat chez le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis, Abdallah ben Zayed al-Nahyane: «toute action sur le terrain ne peut être efficace sans que de réels changements aient lieu sur le plan de la sécurité et la stabilité sur le terrain en Somalie».

Pour régler le problème des pirates basés en Somalie, il faut que ce pays puisse vivre dans la paix et la prospérité, estime aussi le directeur de l’entreprise émiratie DP World, troisième opérateur portuaire mondial, Sultan Ahmed ben Sulayem, co-parrain de la conférence avec le ministère émirati des Affaires étrangères.

«On se concentre actuellement sur des solutions à court-terme, des solutions en mer à la menace des pirates», souligne-t-il. Mais «il est de plus en plus clair que la communauté des nations doit penser à long-terme, et sur terre».

«Car une économie stable et prospère est la solution efficace au problème de la piraterie, qui est le résultat de l’absence d’opportunités pour gagner de l’argent honnêtement, de structure, de sécurité et d’espoir d’un futur stable», a ajouté le directeur de DP World.

Au premier trimestre 2011, un nombre record d’actes de piraterie ont été répertoriés, avec 142 attaques menées essentiellement dans l’océan Indien par des pirates somaliens fortement armés, selon des chiffres fournis mi-avril par le Bureau Maritime International (BMI).

Sur les 142 attaques enregistrées au premier trimestre 2011, 97 ont été attribuées aux pirates somaliens, contre 35 pour la même période de 2010. Les forces navales internationales mènent des efforts conjoints contre les pirates somaliens.

_______________________ 3 – Ria Novosti (Russie)

13/04 deux Russes parmi les marins relâchés en Somalie

Deux Russes se trouvent à bord du navire allemand MV Beluga Nomination relâché mercredi par les pirates somaliens, ont rapporté mercredi les médias allemands se référant à la compagnie maritime Beluga Shipping GmbH, basée à Brême (nord de l’Allemagne).

Selon l’antenne balte de l’Union professionnelle des marins russes (RPSM), il s’agit d’habitants de Saint-Pétersbourg et de Kaliningrad.

Le cargo Beluga Nomination battant pavillon d’Antigua-et-Barbuda a été capturé fin janvier par des pirates somaliens en mer d’Oman, à 100 km au large des Seychelles. Son équipage comptait 12 personnes – des citoyens d’Ukraine, de Russie, de Pologne et des Philippines.

Trois marins sont morts au cours d’une tentative de libération du cargo. Deux autres hommes ont réussi à s’échapper. Ils ont été récupérés par un navire de guerre danois, l’Esbern Snare, qui participe à l’opération anti-piraterie de l’OTAN Ocean Shield.

_______________________ 2 – Radio Chine avec XINHUA

12/04 le Conseil de sécurité de l’ONU envisage de créer des tribunaux somaliens

Dans une résolution adoptée vendredi, le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé d’étudier la possibilité de créer des tribunaux spéciaux somaliens afin de juger les personnes accusées de piraterie au large de la Somalie.

Le Conseil souhaite « étudier d’urgence la possibilité de créer des tribunaux spéciaux somaliens pour juger les personnes soupçonnées de piraterie, aussi bien en Somalie que dans la région, y compris une cour spécialisée somalienne extraterritoriale, comme il ressort des recommandations contenues dans le rapport du conseiller spécial du secrétaire général pour les questions juridiques liées à la piraterie au large des côtes somaliennes ».

Le Conseil de sécurité prie le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, de lui présenter, dans un délai de deux mois, un rapport sur les modalités de ces mécanismes de poursuite et d’assistance apportés par la communauté internationale.

Dans un rapport, le conseiller du secrétaire général de l’ONU pour les questions juridiques liées à la piraterie au large des côtes somaliennes, Jack Lang, proposait notamment la création de deux « juridictions spécialisées », l’une au Puntland, l’autre au Somaliland, ainsi que la construction à court terme d’une prison dans chacune de ces deux régions, et d’autre part la mise en place pendant une période de transition « d’une juridiction extraterritoriale », qui pourrait être basée à Arusha, en République-Unie de Tanzanie, où siège déjà le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Jack Lang évalue à environ 25 millions de dollars le prix de ces initiatives. Un coût qu’il a qualifié de « relativement modeste par rapport au coût total de la piraterie estimé à 7 milliards de dollars ». Soulignant l’importance « essentielle » du soutien international pour la formation des juges, procureurs, avocats et gardes pénitentiaires somaliens, le conseiller souligne que « l’ONU, mais aussi l’Union africaine, l’Union européenne et d’autres organisations devraient y contribuer ».

Dans sa résolution, le Conseil de sécurité « souligne qu’il faut enquêter sur ceux qui financent, planifient et organisent les attaques perpétrées par des pirates au large des côtes somaliennes ou en tirent illicitement profit et engager des poursuites à leur encontre, sachant que les individus et entités qui incitent à commettre des actes de piraterie ou les facilitent à dessein s’en rendent eux-mêmes coupables au regard du droit international ».

Les membres du Conseil exhortent « tous les États, y compris les États de la région, à ériger la piraterie en infraction pénale dans leur droit interne, en soulignant qu’il importe d’ériger en infraction pénale l’incitation à commettre des actes de piraterie, la facilitation de ces infractions, l’entente en vue de les perpétrer et les tentatives dans ce sens ».

Pour le Conseil de sécurité, « l’instabilité que connaît la Somalie est une des causes profondes du problème de la piraterie et des vols à main armée au large des côtes somaliennes et contribue à ce problème, et souligne qu’il faut que la communauté internationale mène une action sur tous les fronts pour s’attaquer à la piraterie et à ses causes profondes ».

Enfin, les membres du Conseil demandent aux États, à l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), au Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie et aux organisations régionales d’aider le gouvernement fédéral de transition et les autorités régionales en Somalie « à créer un système de gouvernance et à instaurer l’état de droit et des contrôles de police dans les secteurs infestés par la criminalité où sont menées des activités terrestres liées à la piraterie ».

_____________________________ 1 – Les Echos

5/04 Des armateurs français s’arment contre la piraterie

Casques et gilets pare-balles pour les navigants en passerelle, hommes armés employés par des entreprises privés: certains armateurs ont pris des mesures choc face aux attaques dont sont victimes les navires de commerce.

Des hommes armés, employés par des entreprises privées, à bord de navires de commerce d’armateurs français – mais ne battant pas pavillon français -, c’est désormais une réalité. «Nous avons mis des équipes armées sur quelques lignes», a témoigné, ce mardi, le général Pierre de Saqui de Sannes, conseiller institutionnel France, Afrique et Moyen-Orient chez CMA-CGM, lors d’une conférence de presse à l’issue de l’assemblée générale d’Armateurs de France.

«Nos bateaux ont essuyé depuis le début de cette année onze attaques, qui ont toutes échoué, mais nous sommes aujourd’hui obligés d’équiper nos navigants en passerelle de casque et gilet pare-balles et de tirer des fils barbelés autour des ponts», a-t-il poursuivi, pointant du doigt les lignes particulièrement exposées au large de l’Afrique orientale sur l’océan Indien.

«Sensibiliser les Etats»

«Le problème de la piraterie est en train de bouleverser le commerce mondial dans cette zone», a alerté Christian Garin, président de la fédération patronale, qui demande au président de la République, Nicolas Sarkozy, de profiter d’être à la tête du G20 «pour sensibiliser les Etats à la sécurité du commerce mondial.

A cette insécurité, mettant en danger l’intégrité des équipages, s’ajoutent, en ce début 2011 pour les armateurs français, les incertitudes sur la reprise mondiale et la volatilité des taux de fret, du fait de la surcapacité de la flotte.

Ainsi, dans le transport de produits secs en vrac (charbon, fer, céréales…), le seuil des 5.000 dollars par jour était enfoncé fin février-début mars, à un niveau de taux de fret où les coûts opérationnels ne sont même pas couverts. Tout comme celui dans le transport de pétrole brut descendu sous les 10.000 dollars par jour fin janvier. Jouant aux montagnes russes, ils sont toutefois fortement remontés depuis.

«Des inconnues nombreuses»

Quant au transport de conteneurs, «2011 devrait être moins florissante» que 2010, estime Armateurs de France. Dans ce secteur, Drewry, l’analyste indépendant britannique, calcule cependant que les opérateurs devraient dégager des bénéfices cumulés de l’ordre de 8 milliards de dollars, certes inférieurs à ceux de l’an dernier, mais loin des pertes estimées à 20 milliards en 2009, au plus fort de la crise.

«La volatilité semble plus que jamais, de mise et les inconnues demeurent nombreuses», a souligné Armateurs de France, à commencer par l’évolution du prix des carburants.