25/04/11 (B601) Disparition du sultan (amoyta) Ali Mirah : Le dernier grand nationaliste afar (1922-2011) (Par Ali Coubba Président d’Uguta-Toosa)

Le sultan Ali Mirah (1) est décédé le 24 avril 2011 à Addis-Abeba, à l’âge de 89 ans. Intronisé à de 22 ans amoyta (roi) de l’Awsa dans des circonstances marquées par la crise de succession au sein de la famille, il a vu le jour à Sahilé (Saacile), à proximité de la ville d’Aysa’iita, siège de son pouvoir. Ali-Mirah Hanfaré Aydahisa a succédé à son oncle Mahmmad Yayyo Mahammad (1927-1944). Il a été amoyta d’Awsa durant 67 ans ! Si l’on trace à grands traits son long règne interrompu par la révolution éthiopienne en 1974 et amoindri à partir de 1945 par l’immixtion du pouvoir central éthiopien dans l’organisation administrative du pays afar, trois faits méritent d’être cité.

Rayonnement politique

Les deux premières décennies de son règne furent marquées par la présence et les conseils de son vizir, Yayyo Hammadou (1892-1972), que le sultan appelait affectueusement “le vieux” (cf. Aramis Houmed Soullé). La collaboration entre le jeune monarque et son conseiller réalisa un rêve que tous les sultans afar avaient nourri.

Au début de 1970, en recourrant à la diplomatie, aux relations matrimoniales et à l’autorité administrative déléguée par Haylé Sellassié, le sultan d’Awsa avait réussi l’exploit rare de devenir le porte-parole de tous les pouvoirs traditionnels afar (chefferie Debne et Wéima, Ba’adu, Dok’a, Téru et Biiru, etc.). Ce ne fut pas un mince exploit. Sa notoriété considérable résidait dans le fait qu’il se trouvait à la jonction de tous les grands courants politiques de l’époque. Nationalismes éthiopien, érythréen, afar, somali, oromo, etc.

Réformes économiques et sociales

Les réformes économiques et sociales entreprises à partir de 1960 en collaboration avec la société d’exploitation Awash Autority Valley, ont ses détracteurs et ses admirateurs. Grâce aux revenus colossaux tirés de l’exploitation agricole et aidées en cela par la compagnie Mitchell Cotts, des milliers de familles afar avaient passé d’une société de pénurie à une société d’abondance.

Les pasteurs-agriculteurs vivaient en rentiers; le niveau de vie de la population d’Awsa explosa. Sur le plan social, homme pieux, l’amoyta s’est beaucoup investi dans l’enseignement de l’islam. “J’ai placé mon règne sous le signe de l’affermissement de la foi musulmane”, (p. 103) reconnaît-il. Avant que la révolution éthiopienne ne mette un terme à ses projets, il nourrissait un vaste programme de création d’écoles coraniques et de mosquées un peu partout dans le pays afar. Il a livré de courageuses campagnes contre la consommation du khat. Une grande dignité et noblesse se dégageaient de sa personne.

Dernier monarque afar de l’Awsa ? (2)

Sur le plan politique, le sultan Ali Mirah a connu trois régimes dans son pays, l’Ethiopie. L’empire éthiopien sous l’autorité féodale de Haylé Sellassié qui disparaît en 1974. Le socialisme du négus rouge, Menguistou Haylé Mayram, qu’il a combattu avec le Front de libération Afar (FLA) jusqu’à sa chute en 1991.

Puis le système fédéral institué par le front populaire de libération tigré (FPLT), sous la direction de Meles Zénawi. A son retour au pays, en 1991, se contentant du rôle d’autorité morale, il n’a assumé aucune responsabilité politique. Sa disparition n’en pose moins la question épineuse de la succession qui avait, à la mort de son grand-père Mohamed Hanfaré Illalta (1826-1902), affaibli le sultanat au point de le mettre dans la dépendance de l’empire éthiopien naissant.

Maintenant que le sultan Ali Mirah est mort, on pourra parler de son destin, apprécier avec plus d’objectivité ses réalisations et ses échecs. Paix à son âme. A-t-il assuré le développement et l’émancipation de son peuple ? Fut-il un monarque moderne ou un despote, un “réactionnaire des plus notoires” (p.119) ?

Quelles que furent ses erreurs, Ali Mirah avait pendant son règne une légitimité considérable au sein de son peuple, une légitimité sanctionnée par deux cents ans d’histoire. Même décrié par la jeune génération des années 70, rebelle et révolutionnaire, qui critiquait son conservatisme, personne ne remettait en question son nationalisme afar et la constance remarquable et farouche avec laquelle il défendait les intérêts de son peuple. Il fut le dernier grand nationaliste afar, comme il fut le dernier grand roi de l’Awsa.

Peut-on dire la même chose du gouvernement actuel de la région autonome afar et de son président, censé représentés les intérêts de leur peuple ?

Ali Coubba
président de Uguta-Toosa

(1) Cf. Aramis Houmed Soullé, Deux vies dans l’histoire de la corne de l’Afrique. Mahamad Hanfaré (1861-1902) et Ami Mirah Hanfaré, 1944, …), Addis Abeba, 2005. (Merci à Aramis Houmed d’avoir écrit ce témoignage précieux).

(2) Les Sultans afar de Djibouti (Rahayta, Tadjoura et Gooba’ad), il est vrai brisé par le colonialisme français, ne paraissent moins des attardés mentaux à côté d’Ali Mirah.