02/06/11 (B606) LDDH : rapport à l’OMCT sur la situation carcérale en République de Djibouti


Le Président

 

RAPPORT A L’OMCT
DU 1er JUIN 2011

SUR LA SITUATION CARCERALE
EN REPUBLIQUE DE DJIBOUTI

Présenté par Jean-Paul NOEL ABDI Défenseur des Droits Humains

Ayant passé récemment presque deux semaines dans la sinistre prison de Gabode (du 9 au 21 février 2011), je dois apporter mon témoignage à l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), aux Organisations Internationales des Droits de l’Homme, à l’Observatoire des Prisons et à l’Observatoire des Droits de
l’Homme, je vous soumets un Rapport sur la situation carcérale en République de Djibouti.

A maintes reprises, la Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) avait soulevé non seulement les cas de détention arbitraire, mais aussi les détentions abusives de plusieurs dizaines de prisonniers présumés « criminels, violeurs, trafiquants d’armes, trafiquants de drogues etc ».

Parmi ces dizaines de prisonniers en « détention provisoire »,
certains d’entre eux attendent leur jugement depuis l’usurpation du pouvoir en
1999.

Pourtant une bonne partie des présumés criminels reconnaissent leurs crimes lorsque je les ai rencontrés et que j’ai passé deux nuits avec eux.

Garde à vue


Lors d’une précedente convocation, l’ancien tortionnaire de la Gendarmerie, qui avait menacé de me torturer alors qu’il était lieutenant, officier de la police judiciaire de la Gendarmerie, se rappelle bien de ma réponse après ses menaces, quand je lui avais rétorqué poliment: « Vous êtes libre de disposer de ma vie, mais je n’ai rien
d’autres à déclarer ».

Après deux heures de détention, le temps de contacter le Procureur Djama Souleiman à cette période Procureur de la République. (Selon un autre gendarme), sans être inquiété, je fus relâché par le Lieutenant Ali Aden, qui a dit, en rigolant : « que c’est ton cousin qui t’a relâché ».

Ce même Lieutenant est passé Capitaine après cette arrestation et ma mise en garde à vue de quelques heures, et il est devenu le patron de la prison de Gabode.

Incarcération à Gabode

Alors que j’ai été une nouvelle fois incarcéré à Gabode (récemment), il est venu en personne dans la
cellule Afar pour me transférer dans la grande salle de 102 prisonniers sans
aucune explication.

Je suis resté pendant deux nuits dans cette grande salle, pour encore « être trimbalé »de nouveau dans la cellule Afar et cette fois avec tous les six autres détenus arbitraires emprisonnés le 9 février 2011.

C’était sa manière à lui de nous isoler (forme de torture morale), mais ce tortionnaire n’a pas été radin dans la fréquence de ses visites assorties de provocations mais c’est surtout dans son refus de transmettre à la Juge d’Instruction du Cabinet A la décision du médecin cardiologue Ougas qui a prescrit une analyse
cardiovasculaire urgente.

De là, son attention particulière à mon égard ?

Pour se justifier, il a été franc avec moi en me faisnat part des instructions qu’il avait
reçues. Il ne comprenait pas comment un « allogène comme moi puisse se permettre
de mettre en cause l’individu Ismaël Omar Guelleh, d’autant plus que cet
individu est marié avec ma petite fille tribalement parlant (awoowo en somali) ».

Cette mentalité de l’époque coloniale ne m’affecte nullement car très jeune, j’ai combattu pour mon Peuple et j’ai œuvré activement à la mise en place des institutions républicaines avec le regretté Ahmed Dini Ahmed, premier président et
ce en qualité de premier secrétaire du bureau de l’Assemblée nationale élu lors du
référendum pour l’indépendance du 8 mai 1977.

Il n’est donc pas question à mon âge avancé de renier mon passé comme l’ont fait, hélas, certains de mes « amis ».

Il faut savoir que plusieurs détenus présumés criminels sont mis en détention « provisoire », en général par le Cabinet C, Alors, ils
croupissent sans être interrogés sur le fond pour une/des affaire(s)
criminelle(s). Ces prisonniers passent des années et des années à attendre leur
jugement.

Mon passage dans cette grande salle m’a permis de constater que sur les 102 prisonniers 63 attendaient que la Cour Criminelle les convoque.

Il est difficile d’établir la liste exacte, car selon un membre du parquet, elle serait couverte par « le Secret Judiciaire ».

Pourtant cette liste doit être entre les mains de la Croix Rouge. Avant de quitter la grande salle, j’avais pris la précaution de leur dire qu’une représentante de la Croix Rouge, venue du Kenya, viendrait les voir et que c’était le moment idéal pour présenter leurs doléances à propos de “l’oubli” du ministère public.

Faut-il rappeler que dans la note d’information du 13 décembre 2010 (en annexe) sur un cas de détention abusif, je signalais qu’il s’agissait de mesures inacceptables, qui justifiaient l’envoi d’une mission d’enquête internationale.

J’ai appris, par exemple, qu’entre 2003 et 2007, trente-quatre
présumés criminels avaient été abusivement incarcérés sans aucun Jugement de la Cour Criminelle.

Les tortures morales et physiques sont appliquées régulièrement à la prison de Gabode.
Les tortures physiques sont fréquentes dans les divers centres secrets des
Forces armées chargées de la sécurité. Il convient de parler plutôt de milices à la solde
des dictateurs au pouvoir depuis plusieurs décennies.

NOEL ABDI Jean-Paul

En Annexe neuf documents sur certains crimes commis sous l’égide du dictateur Ismaël
Omar Guelleh, passibles de crimes organisés et autres crimes contre l’Humanité :

Note d’Information du 29 avril 2011. Un mort dans la Brigade de la Gendarmerie à Cheick Oman à Balbala ; lien

Liste nominative du 1er avril 2011 : Situation des prisonniers politiques exécutions, tortures et maintien illégal en détention ; Lien

Note d’Information du 13 décembre 2010. Sept ans de détention abusive, cela suffit ! Lien

Communiqué du 11 décembre 2010. L’École de la Police de Nagad est un centre de détention arbitraire à durée illimitée.Lien

Réquisitoire ouvert du 10 décembre 2010 sur les crimes du Dictateur passible de
poursuite devant les Tribunaux aux Compétences Universelles ; Lien

Diffusion d’Information du 28 novembre 2010. Les risques collatéraux de la
rencontre dans un stade de foot au Yémen ;

Note d’Information du 14 juin 2010. Crimes de disparitions forcées, drimes de
détention abusives et crimes de tortures ;

Note d’Information du 6 mai 2010. Lettre ouverte au premier Magistrat.

Note d’Information du 1er mai 2010. Solidarité au Peuple opprimé de la République
de Djibouti.