04/07/11 (B611) Chronique du Sergent Ariko. Morne célébration du 27 juin à Djibouti.

Du pain et de l’eau, demande le peuple.
Le régime cherche des sous.

J’espère surtout que toutes mes sœurs et tous mes frères, qui vivent dans les ténèbres du régime d’Ina Omar Guelleh et qui le combattent, ont quand même passé une bonne fête le 27 juin.

Et je demande à toute la jeunesse djiboutienne de ne pas baisser par les bras.

Ce sont des jeunes comme vous qui ont “viré” les deux plus gros dinosaures des pays arabes. Aujourd’hui IOG est affaibli et craintif. On sait, par exemple, que le 18 février il est venu dormir à la caserne Omar Aline pour échapper à la colère populaire.

Ce n’est que, bien après que l’orage fut passé, qu’il a regagné sa résidence d’Haramous. Ensuite il s’est d’abord vengé sur le peuple en donnant ordre à sa police et à sa gendarmerie d’arrêter les meneurs de ces troubles sociaux qui auraient pu l’emporter, comme ce fut le cas pour certains de ses pairs arabes.

La fête du 27 juin ne s’est pas bien déroulée. On peut même parler de « raté » !

L’armée a défilé.

La foule ne s’était pas précipitée pour assister au défilé. Même la gente féminine, d’ordinaire nombreuse, avait préféré bouder la cérémonie cette année.

La confiance dans le couple royal s’est réduite comme une peau de chagrin.

Après le défilé IOG s’est réfugié dans sa nouvelle voiture (il imite Sarkozy), pour se rendre au palais du peuple où il a déposé une gerbe de fleur puis récité la Fathiha pour les morts.

Un jeune qui récitait le Coran, a décidé de prolonger la lecture. Cela a fatigué le dictateur qui n’allait manifestement pas bien. Le jeune soldat du CCO a eu le micro arraché par la garde rapprochée d’IOG. Le dictateur est allé au palais présidentiel en compagnie du président somalien Cheik Sharif.

L’absence remarquée du Colonel-Berger. Reviendra-t-il vivant ??

Chacun a noté l’absence du colonel Mohamed Djama Doualeh, qui a été évacué d’urgence en France pour des problèmes cardiaques. Il se murmurait déjà que le colonel Mohamed Djama avait peur, ces derniers temps, de se faire liquider par la sécurité djiboutienne.

On sait seulement qu’il s’est écroulé dans la cour de la caserne Omar Aline alors qu’il allait inspecter les troupes motorises (peloton motards) qui sont placées sous les ordres du chef Sougueh patron des motards de la garde républicaine (officier adjoint, le sous lieutenant Ahmed Hachi).

Plusieurs faux pas à son actif !

D’abord Hassan Saïd ne lui a jamais pardonné d’avoir été giflé en public dans la cour de la présidence par ce Berger qu’il avait lui même formé.

Ensuite, après avoir pris position pour la première dame contre son « cousin » IOG, il devenait suspect aux yeux du régime. On se souvient que Mohamed Djama avait fait le déplacement à Hargeisa lors du 20ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance du Somaliland, histoire de prouver à la première dame sa soumission et sa fidélité.

IOG n’avait pas bien vu ce déplacement. C’était le faux pas qu’il attendait. Mohamed Djama avait été mis partiellement au placard lors du transfert de sa fonction de chef de la sécurité rapprochée de Guelleh à Mohamed Bidar, un ami de 30 ans du dictateur.

On pourrait se demander si le plan concocté par Kadra Haid avec l’aide d’Hachi Abdillahi Orah a bien fonctionné. Les sages de la tribu issa Mamassan Bafourlaba auraient refusé qu’un Issak (le colonel Mohamed Absieh actuel patron de l’académie militaire d’Arta la fameuse AMIA) prenne le commandement de la garde républicaine. Ils ont demandé à ce que le colonel Mohamed Djama puisse conserver le poste même s’il ne doit plus y faire que de la figuration.

On le voit sur cette photo, décorant un colonel de l’armée française qui est en instance de départ de Djibouti .

Faudrait-il l’éliminer de la scène nationale pour que l’autre puisse prendre le commandement de la garde républicaine ? L’histoire se répète-t-elle et l’arroseur devient l’arrosé ! Mohamed Djama avait utilisé la même méthode pour « piquer » le commandement du colonel Abdo Abdi Dembil alors que celui-ci était en stage de formation en France.

Le stage n’avait été qu’un prétexte pour l’éloigner de Djibouti et permettre ainsi au colonel Mohamed Djama de prendre la tête des troupes de la garde républicaine.

Actuellement en soin à l’hôpital du Val-de-grâce, les Djiboutiens pensent que ce « bon » colonel ne reviendra pas vivant. Non pas que la qualité des soins de l’hôpital soit mis en cause, mais parce qu’il est fréquent que les hauts responsables qui sont évacués sur le Val-de-Grâce ne reviennent pas vivants au pays ???

Pour quelles raisons ??? Mohamed Djama devra s’échapper de l’hôpital pour rentrer précipitamment à Djibouti et tenter de sauver sa tête et son fauteuil.

Le rejet de Guelleh et de son régime est de plus visisble

Le peuple djiboutien est fatigué des mensonges à répétition de Guelleh.

Il a boudé le vote qui lui a permis, cette fois encore, de rester à la tête de ce pays. Les pays occidentaux, qui ont d’autres chats à fouetter (en Lybie, en Irak, en Palestine, dans d’autres pays africains, en Afghanistan etc. Plus la crise de l’Euro dans certains pays européens) ont laissé faire le viol électoral.

Et pour cause ! Djibouti est l’un des derniers pays de la corne de l’Afrique qui ne soit pas troublé par une insurrection ou une guerre.

Les djiboutiens ont rejeté a 97 % le 3ème mandat. Même son de cloche au sein du RPP où la majorité UMP (dénommée par les djiboutiens « Union des Moutons contre la Patrie ») a littéralement volé en éclat. La majorité des ministres du gouvernement d’IOG (à l’exception de ceux qui sont tenus par l’argent) voyaient dans ce 3ème mandat le chèque en blanc qui allait être donné à la première dame, et ils se sont opposés à cette manœuvre illégale.

C’est pourquoi, à peine reconduit à la tête du pays, avec le soutien des perfusions américaines, le dictateur s’est retourné, d’abord contre le peuple meurtri par le manque d’eau et d’électricité, mais aussi sur sa majorité. Des ministres puissants indéboulonnables ont été mis à la porte. La propagande officielle nous racontera que l’ex-ministre de l’intérieur Yacin Elmi Bouh ainsi que celui de l’éducation Abdi Ibrahim Absieh auraient écrit au président dictateur pour lui demander de ne pas figurer dans le nouveau gouvernement !!! Boniments !!!

Ce sont des mensonges fabriqués par les renseignements djiboutiens, qui ont été lancés en ville pour faire croire que les Warabeys étaient devenus des agneaux.

Le ministre de la défense Ougoureh Kifleh, qui avait vendu ses frères d’armes, a été remercié tandis que le ministre de la région de Ali Sabieh Elmi Obseih Waiss a été carrément mis à la porte sans préavis.

Les nouveaux ministres, privés d’autorité, par les puissants directeurs centraux des administrations


Le président dictateur, sur les conseils de son bouffon Hachi Abdillahi Orah, a choisi des ministres dociles qui n’osent même pas dire un seul mot contraire à la pensée unique.

Dès le jour de leur installation, ces nouveaux ministres se sont heurtés aux puissants directeurs de l’Administration, nommés par le même régime. Ces directeurs ont le soutien soit de la première dame soit de son frère le gouverneur de la banque nationale, soit du dictateur lui-même.

Ils avaient les assurances nécessaires pour refuser de reconnaitre l’autorité de ces ministres.

Cela explique qu’IOG ait demandé lors de son discours pour la Garden-Party du 27 juin, non pas au peuple qui souffre en silence, mais aux puissants directeurs de reconnaitre et de donner une chance à ces nouveaux ministres.
Son appel serait tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour preuve, il suffit de savoir que le ministre de l’eau a demandé des explications sur les délestages, le jour même, à son directeur Youssuff Mirgane qui l’a envoyé promener en lui conseillant de s’intéresser à d’autres sujets.

Cela confirme que ces nouveaux ministres n’ont qu’une utilité : celle de faire de la figuration.

Un incident aussi significatif avait eu lieu le jour de la célébration de la fête de la police nationale, le 22 juin a l’académie de police de Nagad : le colonel Abdillahi Abdi s’est permis d’envoyer « promener » son cousin ministre Hassan Dara Ouffaneh. Le ministre avait reproché au directeur de la police national de se conduire en dictateur dans les casernes de la police, comme cela avait signalé lors d’une réunion technique des hauts gradés de la police nationale.

Le colonel Abdillahi n’a pas digéré que son cousin puisse lui dicter sa marche à suivre. Il a littéralement boudé l’invitation du J.T. de 14h où il aurait du adresser ses vœux aux policiers et policières.

Seul le ministre de l’intérieur Hassan Darar Ouffaneh a répondu présent et s’est exposé aux questions pièges des journalistes maisons de la RTD. Le colonel Abdillahi Abdi se mordait les doigts dans son académie de police de Nagad a un moment ou ses hommes des compagnies d’interventions étaient malmenées dans les quartiers de la capitale par des jeunes qui savent que leur avenir est bouché par l’irresponsable qui s’est autoproclamé chef de l’état.

Le président dictateur sait que le peuple le rejette et que l’on trouve ce rejet jusque dans les rangs de son propre parti le RPP. Après les ministres, il a décidé de se venger sur le peuple. Il a donné ordre pour que l’on joue avec la vie des citadins. L’eau et l’électricité ont commencé brutalement a cessé d’être approvisionné : les délestages se sont multipliés en nombre et en durée.

Les gens désemparés ont essayé de faire valoir leurs droits dans un état qui ne reconnait pas le Droit.

IOG a envoyé sa police avec mission d’arrêter les mères de familles qui osaient élever la voix parce qu’elle manquait d’eau dans leur maisons. Même chose pour l’électricité qui a cessé d’être distribuée.

En dépit de ces manquements caractérisés aux obligations de service public, nous n’avons eu connaissance d’aucune démission du côté des responsables ni de rappel à l’ordre de la Présidence.

Djama Ali Guelleh et Youssouf Mirgane se croient invincibles et donc intouchables.

Il a fallu que les jeunes sortent de leurs tanières et affrontent durement la police pour que le chef du régime lâche du lest.

Ca bouge aussi dans l’armée nationale

On note les mêmes signaux dans l’armée. Des unîtes auraient refusé d’obéir aux ordres du commandement suprême des armées.

Le paradoxe, c’est que cela a donné aux américains, une bonne occasion pour rappeler à l’ordre, leur protégé. (*)

Il y a eu des tractations jusqu’à la dernière minute : les promesses de galons ont été distribuées aux gradés pour qu’ils s’engagent en échange à calmer les troupes.

Ces troupes sont en ébullition depuis que le chef suprême de l’armée leur a menti. Les récents épisodes des soldats qui se sont mutinés au Burkina Faso ont suscité des vocations au sein même des forces armées djiboutiennes.

Les soldats savent que la seule façon d’arracher des concessions à ce chef têtu est de cesser d’obéir à ses ordres. Le dictateur sait que tout débordement dans l’armée pourrait être dangereux. Il a donc accepté de faire des concessions lors du dernier conseil des ministres.

Les concessions font suite aussi à une série de vols qui se sont produits à Obock où ses soldats sont venus dévaliser en pleine nuit, des boutiques.
Cette exaction commise par la troupe est un message clair envoyé au chef du régime : Il ne controlle plus totalement l’armée.

Alors, pris de panique, IOG a demandé a son chef de la sécurité Hassan Saïd, de rentrer précipitamment de Cuba où il était allé faire soigner son diabétique chronique. Hassan Saïd craint de mourir de ce diabète comme le général Lansana Conté qui avait dirigé d’une main de fer la Guinée pendant plus de 30 ans.

Hassan Saïd a débarqué un soir en provenance de Lisbonne. Il a été envoyé au front pour aller discuter avec la troupe qui est en colère. À défaut d’accuser les soldats mutins, le régime a adressé un blâme aux jeunes du SNA «Service National Adapté», qui sont envoyés de force au front de Doumera pour se faire tuer dans un conflit qui ne dit pas son nom.

Les jeunes du SNA «Service National Adapté» ont refusé le blâme et ils ont demandé a ce qu’une enquête soit diligentée par la brigade de gendarmerie d’Obock. La présidence a refusé net et au contraire, elle a ordonné à ce poste de gendarmerie d’arrêter les jeunes qui avaient osé demander une commission d’enquête (sur un régime qui a certainement des choses à cacher ???).

Plus de 30 jeunes qui servaient sous les ordres du lieutenant colonel Ibrahim Elmi Kaib, ont été arrêtés. Ils sont actuellement détenus à la brigade nord de la gendarmerie nationale. Ils risquent la prison et le renvoi de leurs corps respectifs.

(*) Depuis que l’un des leurs a été assassiné froidement par un agent double du régime dans les salines ouest (lors d’un guet-apens, selon les propres mots du chef de la section du FBI à Djibouti) les États-Unis ne savent plus comment gérer cet allié qui est mêlé dans des scandales a répétition : aide au terrorisme et à la piraterie.

Deux ennemis que les Américains ne cessent de les combattre.

Quand à l’assassinat du chef de la sécurité de l’ambassade des États-Unis à Djibouti, nous vous expliquerons les faits dans une prochaine chronique. (A suivre)