19/04/2020 (Brève 1596) Lieutenant Fouad Youssouf. Lettre de Houssein Ibrahim Houmed au haut-Commissaire de l’UN-HCR à Genève avec copie au bureau d’Addis-Abeba (en FR et ENG)

___________ Version Français – English version below

Paris, le 21/04/2020

A
Monsieur Filippo GRANDI
Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les Réfugiés
Palais Wilson- 52 rue des Pâquis
CH-1201 Geneva, Switzerland

Objet : Demande d’intervention auprès du Premier Ministre Ethiopien ABIY Ahmed
pour accorder la demande d’asile du Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI

Monsieur Le Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les Réfugiés,

C’est en tant que citoyen Français originaire de la République de Djibouti et militant des droits de l’Homme que je viens par la présente solliciter auprès de votre haute bienveillance de bien vouloir faire pression auprès du Premier Ministre Ethiopien pour empêcher l’extradition du Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI et pour lui accorder son droit d’asile puisqu’il remplit parfaitement les conditions.

Cet officier Djiboutien a fui la dictature de Monsieur Ismael Omar Guelleh, Président autoproclamé de Djibouti pour demander l’asile politique à l’Ethiopie. Il devait être protégé conformément à la convention de 1951 et au Protocole de 1967 relative à la protection des réfugiés.

Or, contre toute attente, nous avons appris que le Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI se trouverait dans une prison éthiopienne et que de surcroît une menace d’extradition pèserait désormais sur sa tête comme une épée de Damoclès. Pourtant, l’Ethiopie est connu pour avoir une longue tradition d’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile et en janvier dernier, ce pays a adopté des lois progressistes. Pourquoi le Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI est-il alors emprisonné ?

Le Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI doit être protégé par le principe du non-refoulement, tel qu’il est effectivement formulé dans divers instruments internationaux, comme en témoigne en particulier le paragraphe 1 de l’article 33 de la Convention de 1951 relative aux réfugiés qui est libellé comme suit :

« « Aucun des Etats contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ».

 Par voie de conséquence, le Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI doit être libérer et ne pas faire l’objet de mesure d’expulsion vers Djibouti où l’attend la mort certaine.

Monsieur Fouad YOUSSOUF ALI est un officier intègre qui n’aspire qu’à la bonne gouvernance et au respect des droits de l’Homme dans son pays.

S’il est difficile de savoir avec exactitude la nature des tortures qu’il a subies, des abus de pouvoir et d’autres vexations répétées qu’il a dû endurer, j’ai des raisons de penser que les propos qu’il rapporte sont irréfutables.

L’avènement d’un Président autoproclamé chef d’Etat à Djibouti en 1999, Monsieur Ismael Omar Guelleh a radicalisé le régime djiboutien au point que certaines pratiques sont quasi quotidiennes dans mon pays d’origine;
–        la violence exercée sur les opposants politiques, en particulier les femmes et les enfants depuis 1999-2000
–        les arrestations répétées des membres actifs de l’opposition légale ;
–        les intimidations et les menaces du régime sur les personnes jugées critiques par rapport au pouvoir en place (menaces  de licenciement et souvent licenciement abusif) ;
–        l’impossibilité de s’exprimer librement en République de Djibouti (tous les organes de partis d’opposition Djiboutienne ont cessé de publier leurs journaux internes) ;
–        la difficulté de vivre décemment parce que le grand employeur du pays étant l’Etat, une fois mis sur la sellette, vous êtes condamnés à la misère.

Aujourd’hui la République de Djibouti possède une assemblée nationale composée à 100% des membres d’un seul parti, du moins d’une pseudo-coalition de partis, dont les membres sont d’abord désignés par le président de la République.

Les élections présidentielles de 2005 ont été boycottées par l’ensemble de l’opposition. Au mois de février 2007, l’opposition djiboutienne a décidé de ne pas se présenter aux élections législatives parce les conditions élémentaires d’une élection libre, transparente et démocratique ne sont pas réunies dans le pays. En 2013, l’opposition a subi un holdup électoral ! L’opposition n’a pas accès à la presse nationale, totalement inféodée au parti politique dominant. Voilà quelques caractéristiques générales du pays d’où vient Mr Fouad YOUSSOUF ALI.

La demande de statut de réfugié politique de Mr Fouad YOUSSOUF ALI est motivée par le fait qu’il est victime d’un régime autoritaire, d’une hiérarchie militaire du clan présidentiel qui est allée jusqu’à exercer sur lui des actes de violence et de torture qui l’ont contraint à fuir son pays.

Ses allégations me paraissent d’autant plus fondées qu’il s’agit d’un militaire appartenant au clan Fourlaba ;

Le Clan Fourlaba, répertorié à tort comme l’ennemi du régime, est dans le viseur du Président autoproclamé car il le considère comme étant proche du MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique), un parti ayant pignon sur rue, qui fut  très populaire et œuvrant pour la démocratie.
Or aujourd’hui, le MRD est réduit à une structure vide et désossée. Premièrement, son président a fui le pays et s’est réfugié en Belgique. Ses cadres ont dû faire leur mea-culpa auprès du régime, ceux qui ont refusé de prêter allégeance au régime ont fui la république de Djibouti, réduits au chômage et à la précarité. Ses militants et ses sympathisants de base ont sombré dans le mutisme car la moindre critique du régime entraîne souvent le licenciement de l’ « opposant (e) ».
Et pour souligner l’étendue de son pouvoir, l’actuel chef d’Etat autoproclamé djiboutien punit toute la famille de la personne récalcitrante : dès les premières heures qui ont suivi la défection du lieutenant Fouad, c’est l’ensemble de sa famille, particulièrement ses enfants de bas âge, sa femme et surtout sa mère âgée qui ont subi des interrogatoires musclées et des tortures physiques et psychologiques dans les locaux du SDS (Service de documentation et de sécurité) la police politique du régime. 

A cause de ses convictions politiques, Fouad YOUSSOUF ALI a fait l’objet de plusieurs arrestations arbitraires, et puis des intimidations et de menaces sur sa personne ainsi que sa famille. C’est exactement de cette façon que les agents de renseignements djiboutiens agissent.

Je constate, aujourd’hui, qu’il est surtout victime d’une discrimination clanique parce qu’en tant que ISSA FOURLABA, il ne pouvait plus exercer son métier.

Contre ce clan, Le régime du tyran Ismaël Omar Guelleh a imaginé une riposte machiavélique d’une grande cruauté depuis sa prise de pouvoir: pour calmer leur ardeur, il fallait tout simplement les éliminer. C’est ainsi que de nombreux officiers ISSAS appartenant à cette tribu FOURLABA ou à d’autres clans issas ont perdu leurs vies dans des circonstances non encore élucidées car non assujetties à enquêtes du parquet. Parmi les plus célèbres de ces officiers ou ministres, se trouvent

– Le Général de Division, Yacin YABEH GALAB, Chef d’Etat-Major de la Police
– Youssouf ALI CHIRDON, Ministre de l’Intérieur
– Capitaine CAMUS
– Colonel Abdi BOGOREH, Chef d’Etat-Major de la Gendarmerie
– Colonel Nasser ADEN GUIRREH, défénestré en présence du général Zakaria
– Colonel Omar BARREH, Chef d’Etat-Major de la Défense tué dans un     simulacre accident

Si je vous écris Monsieur le Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les Réfugiés,  c’est dans la mesure où il relève de votre champ de compétence d’intervenir auprès des Etats car le HCR a un rôle de « gardien » de la Convention de 1951 et de son Protocole de 1967. Conformément à la législation, les États doivent coopérer avec nous pour veiller à ce que les droits des réfugiés soient respectés et protégés.

Je sollicite votre intervention, Monsieur le Haut Commissaire, auprès du Premier Ministre éthiopien, le Docteur ABIY Ahmed, Prix Nobel de la Paix pour que la demande d’asile politique soit accordée sans délai au Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI.

Houssein IBRAHIM HOUMED
Professeur de Philosophie,
Militant des droits de l’Homme

_____________ English Version

Subject: Request to intervene with the Ethiopian Prime Minister ABIY Ahmed to grant Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI’s asylum request

The United Nations High Commissioner for Refugees,

It is as a French citizen from the Republic of Djibouti and human rights activist that I hereby come to ask your kindness to pressure the Prime Minister of Ethiopia to prevent the extradition of the Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI and to grant him his right of asylum since he fulfills the conditions perfectly.

This Djiboutian officer fled the dictatorship of Mr. Ismael Omar Guelleh, self-proclaimed President of Djibouti to seek political asylum in Ethiopia. He was to be protected in accordance with the 1951 Convention and the 1967 Protocol relating to the protection of refugees.

Against all odds, we have learned that Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI would be in an Ethiopian prison and that, moreover, a threat of extradition would now hang over his head like a sword of Damocles.

Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI must be protected by the principle of non-refoulement, as it is effectively formulated in various international instruments, as evidenced in particular by paragraph 1 of article 33 of the 1951 Convention relating to refugees which reads as follows:

None of the Contracting States shall expel or return, in any way whatsoever, a refugee to the borders of the territories where his life or liberty would be threatened because of his race, religion, nationality, his membership of a certain social group or his political opinions ”.

– Mr. Fouad YOUSSOUF ALI is an honest officer who aspires only to good governance and respect for human rights in his country.
If it is difficult to know with exactitude the nature of the tortures which he underwent, the abuses of power and other repeated vexations which he had to endure, I have reasons to think that the remarks which he reports are irrefutable.
The advent of a self-proclaimed President of State in Djibouti in 1999, Mr. Ismael Omar Guelleh has radicalized the Djiboutian regime to the point that certain practices are almost daily in my country of origin;

– the violence exerted on political opponents, in particular women and children since 1999-2000

– the repeated arrests of active members of the legal opposition;

– intimidation and threats by the regime against people deemed critical of the government (threats of dismissal and often unfair dismissal);

– the impossibility of expressing themselves freely in the Republic of Djibouti (all the organs of Djiboutian opposition parties have stopped publishing their internal newspapers);

– the difficulty of living decently because the big employer of the country being the State, once put in the hot seat, you are condemned to misery.

Today the Republic of Djibouti has a national assembly composed of 100% of the members of a single party, at least of a pseudo-coalition of parties, the members of which are first appointed by the President of the Republic.

The 2005 presidential elections were boycotted by the entire opposition. In February 2007, the Djiboutian opposition decided not to stand for parliamentary elections because the basic conditions for a free, transparent and democratic election are not met in the country. In 2013, the opposition suffered an electoral holdup! The opposition does not have access to the national press, totally subservient to the dominant political party. These are some general characteristics of the country where Mr. Fouad YOUSSOUF ALI comes from.

The request for political refugee status of Mr Fouad YOUSSOUF ALI is motivated by the fact that he is the victim of an authoritarian regime, of a military hierarchy of the presidential clan which has gone so far as to carry out acts of violence on him and who forced him to flee his country.

His allegations seem to me all the more justified since he is a soldier belonging to the Fourlaba clan;

The Fourlaba Clan, wrongly listed as the enemy of the regime, is in the sights of the self-proclaimed President because he considers him to be close to the MRD (Movement for Democratic Renewal), a very popular and popular party. working for democracy.

Today, however, the MRD is reduced to an empty and boneless structure. First, its president fled the country and took refuge in Belgium. Its executives had to make their mea-culpa with the regime, those who refused to pledge allegiance to the regime fled the republic of Djibouti, reduced to unemployment and precariousness. Its activists and its basic sympathizers have sunk into silence because the slightest criticism of the regime often leads to the dismissal of the “opponent (e)

And to underline the extent of his power, the current self-proclaimed Djiboutian head of state punishes the whole family of the reluctant person: from the first hours after the defection of Lieutenant Fouad, it is all of his family , particularly his young children, his wife and especially his elderly mother, who were subjected to heavy interrogation and physical and psychological torture on the premises of the SDS (Documentation and Security Service), the political police of the regime.

Because of his political convictions, Fouad YOUSSOUF ALI was the subject of several arbitrary arrests, and then intimidation and threats against him and his family.

This is exactly how the Djiboutian intelligence agents act.

I see today that he is mostly the victim of clan discrimination because as an ISSA FOURLABA, he could no longer exercise his profession.

Against this clan, the regime of the tyrant Ismaël Omar Guelleh imagined a Machiavellian response of great cruelty since taking power: to calm their ardor, they simply had to be eliminated. Thus, many ISSAS officers belonging to this FOURLABA tribe or to other Issa clans lost their lives in circumstances which are not yet clarified because they are not subject to investigations by the prosecution. Among the most famous of these officers or ministers are

– General of Division, Yacin YABEH GALAB, Chief of the Police Staff
– Youssouf ALI CHIRDON, Minister of the Interior
– Captain CAMUS
– Colonel Abdi BOGOREH, Chief of the Gendarmerie
– Colonel Nasser ADEN GUIRREH, defenestrated in the presence of General Zakaria
– Colonel Omar BARREH, Chief of the Defense Staff killed in a simulated accident

If I write to you, the United Nations High Commissioner for Refugees, it is to the extent that it is within your field of competence to intervene with States because the UNHCR has a role of “guardian” of the Convention 1951 and its 1967 Protocol. Legislation requires states to cooperate with us to ensure that the rights of refugees are respected and protected.

I request your intervention with the Prime Minister of Ethiopia, Dr. ABIY Ahmed, Nobel Peace Prize winner, so that the request for political asylum is granted without delay to Lieutenant Fouad YOUSSOUF ALI.
Thank you for your interest in my request and kindly accept, Sir, the assurance of my highest consideration.

Houssein IBRAHIM HOUMED
Professor of Philosophy,
Human rights activist

Copy UNHCR office in Ethiopia