09/06/2022 (Brève 2089) FIDH : Musellement de l’opposition, violations des droits humains : inquiétude à Djibouti

________________ Note du Président de l’ARDHD
L’équipe de l’ARDHD se réjouit d’apprendre que la FIDH soit sortie (enfin ?) de son long silence sur la situation à Djibouti. Il est vrai qu’elle avait significativement contribué au clonage institutionnel en reconnaissant un soi-disant Président de la LDDH, qui ne publie pratiquement que des messages sur Twitter que sur la politique interne française et rien sur Djibouti, ni surtout sur les emprisonnements injustes d’opposants, alors qu’il avait été longtemps considéré comme l’avocat des victimes du régime.

Il semblerait que la FIDH reconnaisse aujourd’hui les actions de la véritable LDDH, présidée par Omar Ali EWADO
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Paris, Nairobi, Djibouti, le 8 juin 2022. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) s’inquiètent du non-respect des principes de l’état de droit, de la démocratie et des droits humains de la part du régime de Djibouti. Les puissances qui possèdent des bases militaires sur le territoire de ce pays d’Afrique de l’Est doivent faire plus et mieux pour s’assurer du respect des droits fondamentaux des djiboutien·nes.

Au pouvoir depuis 23 ans, et alors que la question de sa succession est en jeu, le Président Ismaïl Omar Guelleh poursuit et intensifie le musellement de toute opposition politique.

++ Des partis politiques d’opposition menacés ou dissous

Les partis d’opposition font face à des menaces constantes, lorsqu’ils ne sont pas contraints à disparaître.

C’est le cas du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), dissous en 2008 par décret présidentiel. Malgré la décision de 2020 du Comité des Nations unies pour les droits de l’homme, exigeant l’annulation de ce décret, le pouvoir en place empêche toujours le ré-enregistrement du parti. Il empêche ainsi à ses membres le libre exercice de leur activité politique.

En décembre 2021, à Djibouti-ville, quatre militant·es d’un autre parti d’opposition, le Rassemblement pour l’action, la démocratie et le développement écologique (Radde) ont été arrêté·es sans ménagement par la force publique à l’occasion d’un sit-in non violent devant l’Assemblée nationale. Ces méthodes d’arrestations brutales visent clairement à intimider ceux et celles qui souhaitent manifester leur mécontentement. L’utilisation par les services de sécurité de techniques de surveillance à la fois physique et par le biais d’écoutes téléphoniques, contraignent les défenseur·es des droits humains au silence.

++ Des libertés et des élections restreintes

La restriction des droits et libertés de l’opposition politique et des défenseur·es mais aussi de l’ensemble de la population civile est profondément alarmante.

Les élections, que ce soient les élections présidentielles ou communales, ne sont pas libres à Djibouti. Boycottées par la population, leur taux de participation ne s’est élevé qu’à 3 %. Cela n’a pas empêché le parti au pouvoir, l’Union pour une majorité présidentielle (UMP) de se féliciter d’une victoire écrasante. Ce dernier a en effet raflé 219 des 220 sièges au Parlement.

Témoin de la dérive autocratique du Président, celui-ci a, en violation totale des textes en vigueur, procédé à la nomination du maire de la ville de Djibouti, bafouant le processus électoral.

++ Des violences par les forces de l’ordre
Depuis près d’un an, cette dérive anti-démocratique s’accompagne d’une recrudescence des violences commises en toute impunité par les forces de l’ordre, documentées par la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH).

Trois personnes au moins sont décédées des suites de ces violences, alors qu’elles manifestaient leur mécontentement et désespoir en raison des pénuries.

- Ferouze Mahamoud Abdillahi, une veuve de 32 ans et mère de quatre enfants en bas âge, a été tuée par des tirs militaires à balles réelles à Ali-Sabieh-ville le 29 mars 2022, lors d’une distribution de vivres par le Programme alimentaire mondiale (Pam) dans un enceinte d’un camp de l’armée djiboutienne.

- Djama Mohamed Ismaïl, dit Charmarké Charmarke, a été retrouvé mort le 26 mars 2022 au commissariat de police de Balbala Cheik Moussa, en banlieue populaire de la capitale djiboutienne. Son cas rappelle la mort, aux mains de la police de Djibouti-ville, d’un autre jeune, Gadidche Ladieh Omar, le 11 septembre 2019 .

- Aden Adaweh Abdillahi, un jeune homme d’une vingtaine d’années, est, lui, décédé le 9 mai 2021 des suites d’une blessure policière par balle réelle, reçue à la tête le 26 juin 2020 à Djibouti-ville lors d’une manifestation pacifique.

De nombreux·ses blessé·es sont également à déplorer :
- Dahir Abdi Ofleh, grièvement blessé par balles réelles au ventre le 18 mars 2022 à Ali-Sabieh, au sud-est du pays ;
- Souleiman Ali Bogoreh, blessé par balles réelles à la jambe le 18 mars 2022 à Ali-Sabieh, au sud-est du pays ;
- Farhan Abdi Guelleh, blessé par balles réelles au dos le 18 mars 2022 à Ali-Sabieh, au sud-est du pays ;
- Ismaïl Houssein Waberi, été blessé un an plus tôt, le 18 janvier 2021 dans la même région d’Ali-Sabieh, par balles réelles par la police. Il porte encore aujourd’hui les séquelles de ces blessures.

++ Un climat de peur et des arrestations arbitraires
Le pouvoir a instauré un climat de peur tant les arrestations arbitraires sont presque quotidiennes. La police et la gendarmerie poursuivent des campagnes d’intimidation à l’encontre de la population. À titre d’exemple, alors qu’elles réclamaient simplement de l’eau dans la rue,