Articles

22/12/07 (B427) LE FIGARO : Les pirates ont trouvé leur royaume, le Puntland

Envoyé spécial à Mogadiscio, Adrien Jaulmes

Dans cette région autonome de Somalie, les navires marchands et les migrants suscitent de plus en plus la convoitise de gangs organisés.

Bienvenue au Puntland, pays mythique de la myrrhe et de l’encens, et, plus récemment, des trafiquants d’êtres humains et des pirates. Le Puntland tire son nom du mythique pays de Punt, d’où les pharaons égyptiens faisaient venir les parfums les plus rares. Mais l’essentiel de sa réputation moderne vient plutôt aujourd’hui de la piraterie et du trafic d’immigrants clandestins qui prospèrent le long de ses côtes.

Cet État autoproclamé situé à l’extrémité de la Corne de l’Afrique n’existe pas officiellement, ce qui ne veut pas dire grand-chose depuis l’éclatement, il y a dix-sept ans, de la Somalie en plusieurs entités, semi-autonomes ou totalement indépendantes.

À la faveur de cette anarchie généralisée, les clans somaliens de la Corne ont abandonné la pêche pour des activités beaucoup plus lucratives. Le Puntland est ainsi devenu l’un des principaux points de transit des migrants clandestins d’Afrique de l’Est. Pour la plupart somaliens et éthiopiens, ces émigrants payent des passeurs pour traverser le golfe d’Aden jusqu’au Yémen, d’où ils espèrent gagner les riches émirats pétroliers du Golfe.

La région de Bossasso, la principale ville portuaire du Puntland, est devenue ainsi un point de ralliement pour tous ces voyageurs, qui embarquent dans des boutres surchargés pour une périlleuse traversée. Chargés au maximum de leur capacité, ces bateaux sont parfois pris en chasse par les garde-côtes yéménites. Les passeurs peuvent jeter par-dessus bord leurs passagers, qui ont déjà payé leur traversée, plutôt que de risquer l’arrestation. Il arrive aussi à ces embarcations surchargées de chavirer ou heurter un récif. La semaine dernière, le naufrage de deux de ces bateaux a provoqué la noyade de 200 personnes. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a annoncé la semaine dernière que 2007 avait été «une année tragique dans le golfe d’Aden», avec plus de 1.400 morts et disparus pour 30.000 émigrants environ ayant traversé le golfe d’Aden. Mais ces drames ne découragent pas le flux de migrants.

L’autre activité en vogue au Puntland est la piraterie. À bord de petits bateaux rapides, des groupes armés surgissent à l’aube ou au crépuscule, parfois à plus de cent milles nautiques des côtes, pour arraisonner les bâtiments marchands qui entrent en mer Rouge ou en provenance du canal de Suez.

Rivalités claniques

Le nombre d’attaques a tellement augmenté au cours de l’année écoulée que l’Organisation maritime internationale conseille à présent aux navires de croiser à plus de 300 milles des côtes somaliennes. La marine nationale française assure à présent avec un aviso l’escorte des cargos du Programme alimentaire mondial qui acheminent les céréales à destination des immenses camps de réfugiés de la région de Mogadiscio.

La dernière victime en date des pirates est le Golden Nori, cargo chimiquier battant pavillon japonais. Arraisonné le 28 octobre, alors qu’il faisait route avec une cargaison de benzène depuis Singapour vers Israël, le Golden Nori a été sauvé par un navire de guerre américain déployé dans la région pour lutter contre al-Qaida. Les embarcations des pirates ont été coulées au canon, selon la marine américaine, et les assaillants forcés d’abandonner leur prise.

En août dernier, le Danica White, un navire danois, avait été en revanche retenu par les pirates, avant d’être libéré avec son équipage contre une rançon d’un million et demi de dollars.

Le gouvernement du Puntland reste presque impuissant à contrôler ces activités illégales. Le Puntland a proclamé son autonomie en 1998, sept ans après que le Somaliland, autre région séparatiste, s’est déclaré indépendant d’un État plongé dans la guerre civile.

D’une composition clanique plus homogène que le sud du pays, le Puntland et le Somaliland ont ainsi échappé à la guerre civile dévastatrice qui a ravagé la capitale somalienne et déplacé des centaines de milliers de personnes.

Son premier président, Mohammed Youssouf, est devenu depuis l’an dernier celui du gouvernement fédéral de transition, l’autorité provisoire mise en place à Mogadiscio après la chute du régime des Tribunaux islamiques. Mais la malédiction des rivalités claniques, qui a transformé la Somalie en un prototype d’État en faillite malgré l’homogénéité culturelle, ethnique, religieuse et linguistique de sa population, continue de peser sur l’avenir du pays. Et, en l’absence de pouvoir central, permet à toutes sortes d’activités criminelles de prospérer.

22/12/07 (B427) LE MONDE : Somalie: nouvelle offensive du Conseil de sécurité pour une force de l’ONU.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé mercredi son appel à poursuivre les travaux préparatoires au déploiement éventuel d’une force de paix de l’ONU en Somalie.

Dans une déclaration non-contraignante, le ministre des Affaires étrangères italien, Massimo D’Alema, dont le pays préside le Conseil ce mois-ci, a demandé au Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon de rendre compte d’ici au 8 février de l’avancée des travaux préparatoires à la mise en place éventuelle d’une force de l’ONU qui pourrait succéder à la force de l’Union africaine.

Le Conseil a salué l’exposé lundi de l’émissaire de l’ONU en Somalie, Ahmedou Ould-Abdallah, mais n’a pas fait de commentaire sur sa proposition de renforcement de la force de paix de l’Union africaine dans ce pays.

La force de paix de l’UA, l’Amisom, “doit rester opérationnelle et son efficacité renforcée”, a dit l’émissaire de l’ONU.

Dans un rapport publié le 8 novembre, M. Ban avait estimé que le déploiement d’une force de l’ONU n’était pas “une option réaliste et viable” et préconisait plutôt d’envisager “d’autres options”, dont l’envoi d’une force multinationale composée par une coalition de pays volontaires.

Le Conseil a aussi exprimé sa “grande préoccupation” sur la situation humanitaire en Somalie. Il a appelé “toutes les parties en Somalie à assurer un accès sans entrave à toute l’aide humanitaire et à remplir leur responsabilité et leurs obligations en vertu du droit humanitaire international”.

L’UA souhaite déployer 8.000 hommes au total en Somalie pour aider à stabiliser le pays après 16 ans de guerre civile. Mais l’Amisom, déployée depuis mars à Mogadiscio, est en sous-effectif et sous-financée. Cette force ne compte aujourd’hui que 1.600 à 1.700, en provenance d’Ouganda.

L’UA souhaite que l’ONU prenne le relais de l’Amisom à la fin de son mandat, fin 2007.

La Somalie, pays de la Corne de l’Afrique, est en guerre civile depuis 1991. La capitale, Mogadiscio, est le théâtre d’attaques meurtrières constantes depuis la débâcle, il y a dix mois, des islamistes, qui ont perdu les régions qu’ils contrôlaient depuis la mi-2006, du fait d’une offensive de troupes éthiopiennes venues soutenir le gouvernement de transition somalien.

L’ONU est déjà intervenue en Somalie, au début des années 90, et en garde un douloureux souvenir: l’opération s’était soldée par un fiasco avec la mort de 151 Casques bleus.