16/03/2000 – Discours d’Aden ROBLEH, Président du PND, pour la fête du mouton

PARTI NATIONAL DEMOCRATIQUE
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LIBERTE – RESPONSABILITE – SOLIDARITE
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B.P : 10204
Tel : 34 21 94
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DJIBOUTI
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Discours de M. ADEN ROBLEH AWALEH,
Président du Parti National Démocratique (PND),
à l’occasion de la fête de l’AÏD AL ADHA (fête du mouton)

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Jeudi 16 Mars 2000
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Militantes, Militants,
Chers frères et sœurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer la grande fête de l’Aïd Al Adha. Prions Dieu d’exaucer nos vœux. Nos vœux les plus chers, pour nous autres membres du PND, c’est de voir notre pays vivre dans la concorde nationale et la paix. Il semble que dans ce but un accord ait été conclu entre le FRONT POUR LA RESTAURATION DE L’UNITE ET DE LA DEMOCRATIE (FRUD) et le pouvoir en place, accord intervenu, en France, le 7 février 2000. C’est un événement qui mérite d’être salué. Bien entendu nous nous en réjouissons. Il s’agit d’un acte de sagesse. La question qui se pose est de savoir si le pouvoir en place a signé cet accord avec toute la sincérité requise. L’avenir le dira. Notre souhait le plus cher est de voir l’application de cet accord aller à son terme.

La vérité est qu’aucun accord ne peut sortir notre pays de la situation catastrophique où il se trouve que si ledit accord repose sur le système démocratique. Pour nous les membres du PND il n’y a pas de salut pour la personne humaine en dehors de la démocratie. Tout accord qui ne prend pas en compte cette vérité est voué à l’échec.

Le PND est un parti très jaloux de sa liberté d’action. Aucune pression de quelque nature que ce soit n’a de prise sur lui. Notre parti a toujours brandi haut et fort ses convictions. Il est connu aussi par nos concitoyens comme un parti doté d’une grande capacité d’analyse. Il n’est pas inutile de rappeler ici les pertinences de ses analyses à propos d’un certain nombre d’événements.

1) à propos de l’accord dit d’ABA’A

Nous avions dit à l’époque que la partie qui avait signé cet accord avec le pouvoir en place avait le choix entre deux solutions : soit se fusionner avec le parti au pouvoir et dans ce cas l’accord n’était ni plus ni moins qu’un tremplin pour assouvir les basses ambitions de quelques transfuges du FRUD, soit elle créera un parti politique d’opposition qui veillera scrupuleusement sur l’application des termes de l’accord (qui n’était pas mauvais en soi), et dans cette hypothèse, avions-nous dit, la démocratie en sortira grandie. On sait aujourd’hui la triste fin qu’a connu l’accord d’ABA’A

2) à propos de la négociation avec AHMED DINI AHMED

Le PND est le premier parti à avoir proposé le dialogue avec AHMED DINI alors que le pouvoir en place considérait ce dernier comme un ” terroriste ” ou ” l’ennemi numéro un “. Nous avions dit qu’AHMED DINI représentait la direction légitime du FRUD. Nous avions demandé également la libération de tous les prisonniers politiques.

3) à propos du conflit Ethio-Erythréen

Nous avions condamné la rupture des relations diplomatiques avec l’Erythrée. Nous nous réjouissons que cette erreur soit corrigée. Nous pensons que notre pays doit observer une stricte neutralité dans les conflits régionaux tout en nouant avec les pays de la région des relations économiques et commerciales intenses.

4) à propos de la Somalie

Nous écrivions :
” …Tout se passe comme si nous étions obligés de renier notre identité ethnique. Il est impensable que les médias d’Etat présentent les somaliens comme de simples voisins … Les djiboutiens ont une dette à honorer à l’égard de la République de Somalie. Il faut savoir que sans elle notre pays ne serait pas indépendant. Ils n’ont ménagé aucun effort pour que notre peuple recouvre sa dignité “. Fin de citation. Nous nous réjouissons que les médias d’Etat soient revenus à de meilleurs sentiments à l’endroit de nos frères de sang somaliens.

J’ai rappelé ici quelques unes de nos analyses mais vous savez que beaucoup de nos réflexions et analyses se sont révélées incontournables.

L’accord qui vient d’être signé ne produira les effets escomptés que si l’instauration de la démocratie est effective.

LES BASES DU SYSTEME DEMOCRATIQUE

Il y a la nécessité absolue pour notre pays de mettre en place des institutions fondées sur le système démocratique, seule voie susceptible de lui permettre d’atteindre la concorde nationale, la stabilité politique et sociale ainsi que le développement économique.

Le système démocratique implique, pour fonctionner, l’existence d’un certain nombre de principes fondamentaux, à savoir :

1) le multipartisme non limitatif sans lequel il ne peut y avoir de pluralisme des opinions ;
2) la mise sur pied d’un mécanisme garantissant des élections libres et honnêtes ;
3) la décentralisation qui est un moyen permettant aux citoyens de participer pleinement à la gestion des affaires publiques ;
4) la libre formation d’associations à caractère professionnel, social ou culturel ;
5) l’existence de médias libres et indépendants.
6) L’existence d’institutions judiciaires indépendantes

Ces principes ne doivent pas être assimilés à un simple discours comme c’est le cas actuellement. Ils doivent être acceptés par tous les partis politiques comme un serment.

La concrétisation de ces principes ne doivent pas être différée. Leur application immédiate permettra de décrisper la situation et créer une atmosphère politique saine qui sera non seulement appréciée à l’intérieur du pays mais aussi à l’extérieur. Il est primordial qu’un jeu démocratique s’instaure immédiatement après la signature de l’accord de fraternité qui vient d’être signé. Plus l’application de l’accord sera différée plus la dynamique de réconciliation risque d’être cassée.

Il faut donc :

1) mettre en place le multipartisme intégral (par le biais d’une modification de la constitution) ;

2) procéder à la mise sur pied du mécanisme électoral qui consiste à la création d’une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), les pouvoirs de celle-ci étant :
a) de vérifier la liste électorale établie par le ministère de l’intérieur,
b) de distribuer les cartes électorales,
c) de nommer les présidents des bureaux de vote,
d) de superviser le déroulement des élections,
e) d’effectuer le décompte des résultats,
f) de proclamer les résultats.

3) élaborer et adopter un code électoral fondé sur des critères objectifs et précisant les règles du jeu électoral. Ce code électoral doit notamment permettre une représentation équitable des différents secteurs de l’opinion ;

4) procéder à l’organisation d’élections législatives anticipées ( en procédant à la dissolution de l’Assemblée Nationale par le biais d’une modification de la constitution) ainsi que des élections régionales et municipales.

5) signature par tous les partis politiques d’une ” charte politique d’honneur “les engageant à accepter les règles du jeu démocratique et de résoudre les
éventuels conflits politiques par le dialogue.

Je termine mon allocution par une note moins heureuse. Je vous informe que notre frère AMIR ADAWEH et ses compagnons ne sont toujours pas libérés pour l’Ethiopie. Nous ne comprenons pas pourquoi ces djiboutiens sont détenus dans des conditions effroyables et ce depuis neuf mois. Ils n’ont fait de mal à personne. L’Ethiopie avait pourtant déclaré se réjouir de l’accord de réconciliation intervenu à Paris entre le FRUD et le gouvernement djiboutien, accord qui a abouti à la libération de la grande majorité des détenus politiques djiboutiens. Ce qui est extraordinaire et incompréhensible c’est que le pouvoir en place à Djibouti ne puisse pas se préoccuper du sort de ces compatriotes. Je rappelle que les geôliers ethiopiens ont gravement blessé par balle et de sang froid notre frère AMIR.

ADEN ROBLEH AWALEH
Président du PND