29/01/07 (B380) AFP Cri d’alarme de l’Union africaine pour sauver la Somalie du “chaos” (Info lectrice)

Par
Béatrice DEBUT

ADDIS ABEBA (AFP) – La Somalie, où le gouvernement tente d’établir
son autorité après la chute des islamistes, risque de replonger
dans le chaos si la force africaine de paix, qui cherche désespérément
des soldats, n’est pas déployée rapidement, a prévenu
lundi l’Union africaine (UA).

"Si
les troupes africaines ne sont pas mises en place rapidement, ce sera le chaos",
a mis en garde le président de la Commission de l’Union africaine (UA),
Alpha Oumar Konaré dans son discours d’ouverture à Addis Abeba
du 8e sommet de l’organisation panafricaine.

Le Conseil
de paix et de sécurité de l’UA avait annoncé le 19 janvier
le déploiement "dans les plus brefs délais" d’une
force africaine de paix, dont le principe avait déjà été
accepté… deux ans auparavant par l’organisation continentale.

Mais aucun
soldat africain de la paix n’a encore foulé le sol somalien, faute
d’hommes et de moyens financiers. Il faut attendre quelques "petites
semaines", promet le commissaire de l’UA pour la paix et la sécurité,
Saïd Djinnit.

"J’en
appelle à une mobilisation des troupes africaines", a lancé
M. Konaré.

"Nous
avons besoin de 8.000 soldats. Aujourd’hui, à peine 4.000" sont
prêts à être déployés, a-t-il expliqué,
précisant que seuls le Nigeria, l’Ouganda, le Malawi et le Ghana avaient
accepté d’envoyer des soldats en Somalie, pays où une mission
de paix de l’ONU au début des années 90 avait tourné
au désastre.

De son
côté, l’organisation régionale d’Afrique de l’Est de l’Autorité
intergouvernementale pour le développement (Igad) a exprimé
dimanche soir son "inquiétude" sur le fait que "de nombreuses
promesses de la communauté internationale n’aient pas été
honorées".

Elle a
demandé à la communauté internationale "de débourser
les fonds sans délais et sans pré-conditions politiques".

Une référence
implicite à l’Union européenne (UE) qui a "conditionné"
le financement de la force de paix à des "gestes forts" du
gouvernement somalien vers la réconciliation nationale, alors que les
autorités somaliennes ont fermé jusqu’à présent
la porte du dialogue avec les islamistes.

M. Konaré
a d’ailleurs insisté lundi sur la nécessité pour le gouvernement
somalien de s’ouvrir, faute de quoi la force de paix africaine en Somalie
(Amisom) se trouverait dans une position intenable.

"Un
gouvernement fort est un gouvernement qui accepte le dialogue. Le piège
pour nous serait d’être dans une logique politique tronquée où
l’ouverture se fera seulement au profit des partisans", a-t-il prévenu.

"Il
ne faut pas que nos forces de paix apparaissent comme des forces d’occupation
parce qu’on risquerait une internationalisation du conflit", a-t-il mis
en garde.

La Somalie
est ravagée par une guerre civile depuis depuis la chute du dictateur
Mohamed Siad Barre, en 1991. Mais la déroute au début de l’année
2007 des islamistes, chassés par les troupes éthiopiennes et
gouvernementales somaliennes, représente, selon la communauté
internationale, une occasion unique pour ce pays de la Corne de l’Afrique
de connaître enfin la paix.

Jusqu’à
présent cependant, les promesses de dons pour l’Amisom se font au compte-gouttes:
les Etats-Unis se sont engagés à verser 14 millions de dollars
et se sont dit prêts lundi à transporter par avion les troupes
de l’Amisom, l’UE a promis 15 millions d’euros si le gouvernement joue la
carte de l’ouverture, l’Algérie va mettre à la disposition de
l’Amisom 12 avions selon M. Konaré, …

Avec l’Amisom,
l’UA, qui cherche à résoudre les crises qui secouent le continent
africain, joue gros pour son image, selon les observateurs qui rappellent
que la mission de paix de l’UA au Darfour (Soudan), sous-financée et
mal équipée, s’avère incapable de rétablir l’ordre.